L’Asie Coule à Mes Oreilles*
Wednesday, May 30, 2007
Il y a, en Asie du Sud, quelque chose de profondément perturbant dans la conjonction de la moiteur de l'air, l'exubérance végétale du sol, la ligne passive et scrutatrice de la paupière supérieure, la brûlure des épices, la beauté linéale des femmes, la cruauté qui sourd et l'effervescence triviale des villes, des néons et des ports. Beaucoup, et depuis toujours, se sont perdus dans ce guet-apens narcotique sans jamais vraiment passer le rideau de bambou derrière quoi se cache la vérité de ces pays suffocants. Pour autant qu'elle existe, ailleurs que dans une bille d'opium fumée dans un quelconque Lotus Bleu. La Chine, on le dit, pourrait tousser. Le train économique ralentira, pétaradera, mais l'inertie est telle qu'il ne s'arrêtera pas. La ligne de pente joue pour elle.
Ce qu'on entend ici, c'est que l'Asie, si longtemps humiliée par les vagues coloniales, par ses désordres internes, par ses tropismes culturels de stagnation, l'Asie, donc, est en marche et, mieux, se sait en marche avec son fatalisme propre, quels que soient ses modèles. Ceux qui lui profitent seront adoptés. Sans états d'âme. Le monde est, sera vite tripolaire. La Russie, de retour sur les chemins de la puissance, se reconnaît à l'ouest dans la vielle Europe, et à l'est dans l'extrême orient.
Je me demande jusqu'à quel point l'Europe et ses vieux pays transits de certitudes et de rationalité ont mesuré ce qui se passe ici, s'ils sauront équilibrer la glissade qui aujourd'hui fait basculer le monde d'un océan à l'autre.
L'Asie consomme. Eldorado de ceux qui font produire, elle est la hantise de ceux qui produisent. Les délocalisations, qui en sont devenus le symbole malheureux, ne sont qu'un détail dans ce qui se met en place. Plus grave sera la bataille pour l'accès aux ressources, clé du développement et de la puissance planétaire. On se souvient de cette photo de Mao, mains derrières le dos, face à une immense carte du monde. Pékin, exempt de casserole coloniale, entre en Afrique, abandonnée par tous, avec l'ardeur d'un protecteur intéressé. Pour la première fois, l'empire du milieu n'absorbe pas, il s'exporte. Il est urgent d'en comprendre les méthodes.
Pour autant, les démocraties occidentales affaiblies ne remettront pas en cause les principes qui les fondent. Mais un jour ou l'autre, nous buterons sur un impossible.
Le monde sera vite dangereux.
* Alain Bashung
Vignette: Prince Malais; 1900-1910

Le 6ème prélude de Bach (ré mineur, BWV 851), tout le monde le connaît. Ca se sifflote à huit heures sur la ligne 1. Mais interprété par Glenn Gould, c'est une autre partition, simplement parce qu'exécutée sur ce tempo - maladivement rapide - la main droite n'est plus qu'une succession de trilles spectrales et que la main gauche, qu'on croyait être là comme une assise harmonique, révèle une mélodie inattendue que, sans doute, le compositeur avait entendue en l'écrivant. Quelque chose est révélé. Ainsi, il suffit donc de presser la battue et c'est le métronome qui change le sens des choses.
"L'ai-je bien descendu?"
A peine un reste de shampooing qui s'évacue sur un ciel délavé, cristallin, le temps qui ondule dans les travées de vagues, la confidence d'un vent du sud, une colère iodée, parfois. Ca ne dure jamais assez longtemps. On garde les images. Des mots, lu "The Troublesome offspring of Cardinal Guzmann", de Louis de Bernière, cet anglais au nom perfide. Rêve éveillé, magnifique.
On dit qu'à partir de quatre ans débutait l'éducation des rois, de telle sorte qu'à cinq, ils savaient déjà tout de la route tracée et de ce qui les attendait. Mazarin fait entrer Louis XIV au Conseil à douze ans. Alexandre a 16 ans lorsqu'il conduit sa première armée à la victoire. Pour autant, Louis XVI n'a pas quarante ans alors qu'il s'interroge (sans doute) en place de Grève sur les bénéfices de la charge. Mauvaise pioche…
Elle a perdu.
Un long voyage, ça permet de voyager. Je veux dire, par exemple, de finir un bon livre. Life of Pi, de Yann Martel, l'histoire extraordinaire d'un jeune indien naufragé qui dérive des mois durant sur le Pacifique, dans un canot où ont trouvé refuge un zèbre blessé, une femelle orang-outan, une hyène et un tigre du Bengale. Ca va saigner. Qui va survivre?
Fallait-il ou non organiser ce débat? Qui sait? En tout cas on aurait pu en débattre. Un débat sur le débat, en somme. Avec les partenaires sociaux, par exemple. Je m'étais dit que je ferais un billet sur autre chose, sur Pete Best et Paul McCartney par exemple. Le temps a fait son œuvre, le batteur évincé des Beatles naissants serait prêt à revoir Sir Paul, sans haine… Mais parlant de haine, ça me ramène au débat. Allons-y.
Le 1er mai sur RTL, Jacques Séguéla carabosse la ségosphère et annonce publiquement sa décision de voter Sarkozy. Jacques, lui! Le ségomaniaque de la première heure, autrefois prince du paradoxe qui, en une affiche, fit du socialisme fiévreux de tonton l'image même d'une sagesse agricole vaguement pétainiste… Lui, le sculpteur d'opinion, l'oracle des têtes de gondoles, vigile au Carrefour des idées… Lui, le verbe de la modernité, maître de la Séguésphère. Lui, Nicolas l'a appelé.
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