Prise de distance

hermite.jpgOn dit qu'à partir de quatre ans débutait l'éducation des rois, de telle sorte qu'à cinq, ils savaient déjà tout de la route tracée et de ce qui les attendait. Mazarin fait entrer Louis XIV au Conseil à douze ans. Alexandre a 16 ans lorsqu'il conduit sa première armée à la victoire. Pour autant, Louis XVI n'a pas quarante ans alors qu'il s'interroge (sans doute) en place de Grève sur les bénéfices de la charge. Mauvaise pioche…
Et la république a remplacé la transmission lignagère par la vocation personnelle ou l'opportunité historique – certes, on peut discuter du mérite républicain, mieux vaut être fils de ministre que celui d'un bourrelier de la Creuse, ou fils de prof pour rentrer à Henri IV. Ainsi on dit qu'à quinze ans de Gaulle rend une dissertation où il se met en scène en tant que général sauvant la France (lire, à cet égard, les fabuleux De Gaulle de Jean Lacouture). Projet ou prémonition? On dit que Mitterrand commence à parler de son destin présidentiel à l'âge de quatre ans, schéma corporel à peine bouclé… Mais Pompidou, lui, arrive par hasard, Giscard par erreur. Chirac par éliminations successives. Chacun son lot.
Alors, laissons la Pucelle du Poitou à ses quelques voix jusqu'en 2012 et parlons Nicolas. Que sait-on de lui, de ses aspiration, de cette enfance dont se sont saisi les rois du divan depuis quelques semaines en se sentant les doigts. Pas grand-chose. Le petit Nicolas rêvait-il d'un destin élyséen le soir, les yeux fixés dans ceux du Bouillon? On n'en sait rien, mais on sait, pour l'avoir entendu pendant la campagne, qu'il était habité. Par la France. Par son histoire. Par son destin. Par sa singularité. En trois mois, Guaino lui a torché un panégyrique à faire pâlir les os déjà blancs d'Isocrate. Du coup, sachant ce qu'est la France, on comprend mieux qu'il éprouve le besoin de se mettre au vert quelque jours, pour se rassembler, pour mettre de l'ordrejuste (excusez-moi, c'est un réflexe, une lexicalisation involontaire et pernicieuse) dans ses idées. Où se retire-t-il? Ils n'en parlent pas beaucoup de ce côté du globe mais je suis sûr que le service de presse fera le nécessaire pour qu'un paparazzi dûment accrédité prenne une ou deux photos du prince aux pieds nus. Du prince en nu-pieds? Rincé à la chartreuse? Ou sous les cocotiers? Il l'a bien mérité, Nicolas.
Tout ça pour dire que moi aussi, par empathie, par affinité, par dévotion, par habitude aussi, je me retire pour deux semaines, comme je le fais tous les ans, seul avec un vieil ami tellement ami qu'il tolère trop d'oignons dans la salade, hors couverture GSM, sans blog, à barrer la nuit exactement au milieu de l'univers, quand la mer tourne au métal noir et qu'on a froid, qu'on se demande ce qu'on fait là, pourquoi on s'impose tout ça, l'esprit bloqué sur le petit Patrimonio qu'on savourera au mouillage dans une crique de roche rouge.
Vale! A dans quinze jours.

Vignette: L'hermite, Tarot de Visconti