Bleu

bleu2.jpgA peine un reste de shampooing qui s'évacue sur un ciel délavé, cristallin, le temps qui ondule dans les travées de vagues, la confidence d'un vent du sud, une colère iodée, parfois. Ca ne dure jamais assez longtemps. On garde les images. Des mots, lu "The Troublesome offspring of Cardinal Guzmann", de Louis de Bernière, cet anglais au nom perfide. Rêve éveillé, magnifique.
Bref, retour au bureau.
Mais pendant ce temps, Le Président installait son premier ministre (tiens, celui-là, il était en cinquième quand j'étais en quatrième, dans ce collège de la Sarthe où nous chassions les vipères à mains nues) et peaufinait son gouvernement. Nous, on ne savait rien, pas un kiosque sur l'écume. J'aurai donc tout raté. La soirée électorale et sa chorégraphie citoyenne. Et dans la foulée, Nicolas, bon demi d'ouverture, passe à Bernard (tiens, celui-là, j'étais dans l'avion avec lui, retour de Singapour, il y a dix jours, lui déjà très excité, il devait savoir, le bougre), j'aurais voulu voir la stupeur des clients, au Zinc du Solférino, allez, mettez-nous un alcool fort, pour la route… MAM vue de l'Intérieur, comme disait Gainsbourg, qui n'aura à recycler ni treillis ni rangers, Rachida, aussi brune que l'autre était blonde, à la Justice… Et Alain Juppé pour un grand ministère écologique. Et, tiens donc, Jacques à la tête d'une croisade mondiale pour le développement durable. Aucun rapport. Si ça ne refroidit pas la planète, ça, on peut laisser tomber.
Enfin la terre. Le Figaro, dévalisé. Signe des temps. Mais Libé est là, ce journal qui salit un peu les doigts et se trompe avec tant de passion, et depuis si longtemps, qui voyait dans le paso doble Ségolène (tiens, celle-là, je la voyais souvent au GEC, le soir, quand j'étais étudiant à Nancy) et de Bayrou un souffle d'ouverture assez canaille, et qui devine aujourd'hui dans l'ouverture de Sarko un braconnage douteux, plutôt racaille. Ca fait sourire. On ne se refait pas.
On se frotte les yeux partout en Europe, dit-on, et jusque dans la famille royale de Hollande, je parie. Ainsi la France pourrait changer? Un homme d'action dans l'hexagone? Trivial…
La houle encore au creux du ventre, j'entends que la gauche tangue, qu'une vague bleue se prépare… quel beau cadeau, ce bord qui se prolonge. La sirène trouvera-t-elle un rocher pour s'asseoir, elle que Copenhague inspirait tant? Ou se perdra-t-elle dans les abysses que ses amis lui préparent.
Mais qui sortira de l'onde agitée? Quelle Vénus? Quelle Athéna? J'ai mon idée là-dessus. Dans les grands couloirs pompeux du bâtiment, on conspire à voix basse, les cigarettes rougeoient dans la pénombre, on se passe des mots que l'on brûle ou qu'on avale ensuite, on fait cercle autour de faibles lampes, la relève se tisse dans le silence des alcoves. Qui donc sortira fort de la tempête? Qui donc barre le seul bateau qui ne coule jamais?
Bretrand le sait, Fluctuat nec mergitur.