Full Contact Presidency
Friday, June 29, 2007
On dit que mercredi dernier Nicolas Sarkozy est intervenu sur la chaudière de l'Elysée dont le brûleur, encrassé depuis 95, perdait chaque année un peu de son rendement. La glaciation menaçait. Il est donc sur tous les fronts. Que fait donc Fillon?
L'ère de l'hyper-présidence a commencé, au grand bonheur de la presse, marquant ainsi une rupture avec l'obscure et ténébreuse distance d'un Mitterrand ou la passivité compassée d'un Chirac que seuls les taureaux burnés du Salon de l'Agriculture parvenaient à faire frémir. Mais ne nous arrêtons pas simplement à l'anecdote. Sarko va au contact. En première analyse, on dit qu'il s'expose, qu'il prend des risques, qu'il met en jeu la fonction, comme si cette dernière devait par nature se tenir loin de l'action, dans une sorte de flou mystérieux, n'exprimant ses oracles qu'aux heures fixées par le calendrier républicain, Vœux et Fetnat, protégée par un rang serré de fusibles ministériels. C'est sans doute vrai, mais partiellement.
Revenons sur l'affaire de la réforme de l'université, sur laquelle on soupire depuis vingt ans avant d'éteindre la lumière et dormir.
Temps 1: Pécresse va au taf avec un texte dont on sait qu'il provoquera des réactions vives. On le sait. On l'a anticipé. En négociation, cela s'appelle une position de départ. Elle fixe la référence initiale, on a intérêt à la fixer le plus haut possible.
Temps 2: émois syndicaux et corporatistes de tous ordres.
(En temps normal le temps 3 tenait à un coup de fil du président demandant l'abandon du texte, suivi d'un petit remaniement ministériel.)
Temps 3: Sarko déboule, propose qu'on discute tout ça autour d'une bière, recule sur quelques détails et maintient d'essentiel.
Temps 4: Pécresse propose un texte amendé.
Temps 5, tout le monde semble plutôt content. En tout cas à court terme.
Le fait nouveau de ce rituel républicain est bien l'exposition et la mise en danger de la fonction en même temps que l'utilisation de sa force de séduction. En s'exposant directement, physiquement, Sarko force ses interlocuteurs à s'en prendre directement à la présidence, sans intermédiaire. Il fait ici jouer tout le poids symbolique de la fonction et, du même coup, valorise la partie adverse qui soudain négocie avec Dieu. La table sur laquelle chacun pose son dossier est étrangement hexagonale… Ivresse. L'émotionnel prend le pas sur le technique. Dégommer un ministre, c'est comme froisser une aile. Casser le président, c'est s'en prendre au moteur. Le jeune Julliard, sans doute déjà star des réunions familiales, pourra répondre à ses cousines, à Noël, oui, oui, il m'appelle Bruno, il est sympa. C'est vraiment Lui, Moi et la France… Les cousines battent des mains…
Sarkozy a sans doute trouvé la clé de la réforme. Dans sa poche, la sienne.
Dans l'hagiographie encore chaude des présidentielles, Ségolène Royale, Sophie Bouchet-Petersen et Nathalie Rastoin sont présentées comme la trinité générique de la stratégie victorieuse que l'on sait. Il fallait gagner la première manche, socialo-socialiste, elles ont cueilli la rose et jeté l'androcée. Il fallait piloter la campagne, elles ont été aux commandes, par petit et gros temps, jusqu'au crash final et souriant. Il fallait refonder la France, elles ont… décidé de prendre le PS. C'est courageux.
Parfois les mots détournés m'agacent. Je les trouve snobs. Le dernier en date: "logiciel". Il a fait son apparition pour stigmatiser la programmatique idéologique défaillante du Parti Socialiste. Il est maintenant partout. Il faut "changer le logiciel socialiste", lit-on dans la presse concernée, la droite ayant upgradé le sien au cours des cinq dernières années. Va donc pour Solférino-V0.2, version bêta pour cinq ans au moins, avec Windows sur l'avenir. Après, on verra. Pourquoi ne pas demander à Microsoft de s'en charger, ou à Google? Et pourquoi ne pas en profiter pour changer de disque dur quand tout plante et que la mémoire rame? Où sont les sauvegardes? La Carte Mère ayant planté les présidentielles, le bug est général, hard & soft.
Il y a de l'argent à faire, et ils ne le voient pas ! C'est une honte. Un simple accord avec quelques tour operators choisis, et c'est dans la poche. La fortune. Avant même que Marie-George n'y pense. Combien d'Américains, combien d'Anglais, combien de Russes et de Chinois - surtout chinois - paieraient cher pour assister en direct aux débats de refondation du Parti Socialiste français? A mon avis des milliers. Il suffit de demander à Mnouchkine de mettre ça en scène, façon Atrides, et sa cartonne sa race. Grave. On ne voit pas bien qui d'autre que le PS, dans le monde, pourrait encore débattre des principes fondateurs du marxisme-léninisme, s'invectiver sur les apports du VIIIème Congrès ou du rôle du ???????????????? ?????????????, des apports d'Epinay, de l'Union de la Gauche, de l'émergence extrêmement récente de l'économie et de la mondialisation au cœur du politique… Tout ce qui est rare est cher. Tout a un prix.
La presse est unanime. Nicolas Sarkozy fait face, depuis l'humiliante défaite de dimanche, à une situation de crise qu'il va lui falloir gérer afin d'être prêt en 2012 à inspirer et rassembler un l'électorat aujourd'hui déboussolé. La condamnation cinglante à laquelle son ancien parti fait face et le désaveu de l'opinion sont patents puisqu'il n'obtient au bout du compte que la majorité absolue. Même les classes bourgeoises et les 200 familles semblent avoir pris leurs distances.
"Hello, Mister Nicolas!" "Hi! Vladimir! How are you doin'?" "Just fine. Allez, de quoi on parle? Tu trouves la bouffe comment ici?" "Attends, on se parle vraiment. On se parle les yeux dans les yeux. On se parle en regardant l'avenir. On se parle vraiment parce qu'il faut se parler. On se parle parce que la parole est d'or. On se parle parce que… on parle… heu… du bouclier anti-missile? Non?" "Ah! fucking bouclier… OK, tovaritch, mais alors on se fait un petit toast avant, non? Tiens, justement, j'en ai de la bonne!"
En 1965, la droite française porte de Gaulle au pouvoir, après qu'il ait été mis en ballotage, afin d'éviter à la France le leadership d'une gauche encore sous l'influence d'un parti communiste très puissant. Pour autant, une grande partie de son électorat est encore scandalisée par le retournement historique du général sur la question algérienne et reste profondément antigaulliste.
"De Gaulle trahit-il la France ou bien un gouvernement félon quand, une nuit de juin 40, il vole de Bordeaux vers Londres?" Commentez.
Finalement, j'ai fait un poulet. Conservatisme. Et soirée électorale avec un plateau sur les genoux. Prêt pour le match.
Je suis allé surfer sur la vague bleue, rue de Poitou, ce matin assez tôt. Nous étions deux, dans une ambiance d'après midi pluvieuse en fin de saison à Knok-le-Zout. La dame qui me précédait glissait son bulletin dans l'urne et je me suis placé à côté d'elle, pour attendre. Il ne fallait pas. "S'il vous plait, monsieur, faites la queue", a dit la préposée. "Quelle queue?" j'ai demandé, déjà à la limite de la désobéissance citoyenne. "Ben, là!". La dame était partie. J'ai fait la queue tout seul.
Connaissez-vous Second Life? Un site internet, un monde virtuel où , en se créant un avatar (personnage imaginaire que l'internaute se construit), chacun peut circuler mieux, plus vite et plus librement que dans notre monde réel et pesant où il faut attendre des heures un taxi ou qu'une certaine catégorie du personnel s'y remette pour sauter dans un train. Bref un monde idéal où le petit devient grand, le laid devient beau, le pauvre devient riche, le confus change de sexe, où the losers now will be later to win, for the times, they are a'changin'. Encore…
Cela remonte à la fin des années 60. François courait avec les autres et nous ne savions pas que, d'un château l'autre, il serait un jour à Matignon.
Si je n'en parle pas, qui donc en parlera? En ces temps de campagne, où l'on suspecte la parole de n'être que du vent, où l'on voit l'exercice de la politique soutenu par la culture physique, je me devais de rendre cet hommage.
La mort du roi n'y aura pas suffi. Auguste Comte non plus. La France a été et reste un pays où le pouvoir est dévotement sacralisé.
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