Hantise de la désacralisation

louis_xvi.jpgLa mort du roi n'y aura pas suffi. Auguste Comte non plus. La France a été et reste un pays où le pouvoir est dévotement sacralisé.
Je me souviens que Jacques Attali, à l'époque patron de la BERD et sommé de déguerpir, trouvait scandaleux d'avoir à répondre de ses dépenses personnelles – réglées avec la carte de crédit de la banque - devant un conseil d'administration excédé. Rendre des comptes? Quelle vulgarité… Il proposait dans la foulée d'échanger ses indemnités de départ contre l'arrêt des poursuites qu'il risquait. Pitié, pas la loi, en plus… Puis il expliquait, dans la même semaine, publier son Verbatim pour l'Histoire, et justifiait avoir antidaté les entretiens d'Elie Wiesel au palais pour que l'Histoire, en somme, colle avec le "flux narratif" de son œuvre. Bref, il était au-dessus des hommes, au dessus des lois, au-dessus du temps. Qui dit mieux? Dieu, je crois.  A sa décharge, cet ami de longue date de Nicolas Sarkozy sortait d'une dizaine d'années à l'Elysée auprès de Mitterrand dont, si j'ai bon souvenir, le sobriquet était précisément Dieu. Ainsi la France a su, avec le temps et avec souplesse, passer de la monarchie absolue de droit divin à la république absolue de droit divin. La tête du roi ayant roulé dans la sciure, tout chef,  qu'il soit de parti ou d'entreprise, est devenu dépositaire d'un peu lien sacré qu'on venait de trancher. D'où l'exercice du pouvoir à la française et la fascination ambigüe qu'il entraîne chez ceux-là même qui le subissent et le désirent également.
Je me souviens aussi d'une étude, menée pour Matignon, il y a quelques années, sur l'image de la France aux Pays-Bas. Un député néerlandais m'avait dit: "C'est drôle, notre reine fait son marché et cherche à tout prix à passer pour quelqu'un de très ordinaire, et vos présidents font tout pour passer pour des princes". Notre pompe républicaine le faisait sourire.
Allez, on ne reviendra pas sur la campagne charismatique de Royal. Deux semaines de plus, et ses fans l'auraient vu léviter, une lueur diffuse lui ceignant la tête dans la pénombre des salles, ou bien rendre l'ordre juste au pied d'un chêne. N'en appelle-t-elle pas aujourd'hui à une Vague Blanche, la belle couleur des rois?
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