Le collège de François

perrais1.jpgCela remonte à la fin des années 60. François courait avec les autres et nous ne savions pas que, d'un château l'autre, il serait un jour à Matignon.
Un autre temps. Un temps où celui qui pouvait jouer le riff de Satisfaction sur la grosse corde impressionnait, celui qui connaissait le Si7ème passait pour un guitar hero. Un temps où s'opposaient durement à la récré ceux qui pensaient que porter des chemises à fleurs ou des cheveux longs était une atteinte à la  virilité obligée de l'après-guerre, et ceux qui en rêvaient. Quand le prof de grec en collait une à un élève, pas de cellule de soutien psychologique. C'était juste un gnon. Ta zoa trekeï, ça voulait pas dire connais-toi toi-même. C'est tout… Tiens, justement, à propos d'animaux, la jument du collège s'appelait Marquise, une grosse bête gris souris. Elle tirait un tombereau qui crissait dans les allées du parc, chargé de poubelles, ou de feuilles quand le froid tombait sur le collège. Nous l'aimions bien. Une vraie saloperie qui mordait comme une carne. Mais elle sentait bon, mélange de musc et de poussière qui nous faisait voyager, rêver de lycées mixtes, de parité.
A la récréation, le printemps venu, les plus téméraires chassaient les vipères hors des limites qui nous étaient assignées, un carré de forêt mal surveillé par des pions dépassés. Les vipères… Il fallait être habile et silencieux, repérer la bête endormie dans l'herbe, sous le soleil de la Sarthe, la crocheter avec un bâton fourchu, la saisir au collet ou la tenir à bout de bras par la queue - un serpent ne remonte qu'au tiers de sa propre longueur -  la mettre dans son sac et, plus tard, lui couper patiemment les crocs avec des ciseaux à bout rond. On pouvait alors la cacher et la garder. La mienne s'appelait Philaminthe. D'expérience, je peux dire qu'une vipère survit quinze jours dans un pupitre…  Les moins habiles se faisaient mordre. La sanction tombait, un sérum et quatre heures de colle, à copier du Vigny ou du Victor Hugo.
Bref, dans son collège, on fumait des Royales dans des cabanes de fortune et on chassait des vipères.
Tout un destin!

Vignette: Collège Saint-Michel des Perrais

Commentaires (19) to “Le collège de François”

  1. L’odeur de musc et de poussière dégagée par une jument vous faisait rêver aux collèges mixtes. On peut vraiment en arriver à ce degré de frustration ?

  2. Koz, quatre heures de colle à copier du Vigny après une morsure de vipère suivie d’une injection de sérum, on te dit ! Forcément, ça débous