Trahison ou Raison, Besson et les autres…

degaulle.jpg"De Gaulle trahit-il la France ou bien un gouvernement félon quand, une nuit de juin 40, il vole de Bordeaux vers Londres?" Commentez.
L'opprobre blogosphérique s'est abattue sur les "traitres" avec une violence verbale rare depuis quelques semaines. Je veux parler de ces Besson, Kouchner, Hirsch et autres amis du couple royal, qui ont choisi de s'engager dans un camp qui n'était pas le leur quelques semaines auparavant. En est-on bien sûr, d'ailleurs? On écrit sur eux ce qu'écrivait Vichy sur de Gaulle, ce que l'opinion et la pensée unique d'alors imposaient de dénoncer. Le général n'était pas "passé à droite", mais à l'Anglais. Pouvait-on faire pire?
Oui, certes, ne comparons que ce qui est comparable. Mais regardons de plus près.
Que fait Besson au PS? Depuis quelques mois, il essaie d'apporter un peu de rationalité et de mesures au sein d'un univers pour le moins chaotique et rétif au réel. D'un côté, boulevard Saint-Germain, une secte d'amazones opportunistes, cyniques et politiquement désarticulées, de l'autre, rue de Solférino, un PS ayant passé depuis longtemps la phase des soins palliatifs. Et d'un côté comme de l'autre, il ne reçoit qu'indifférence, suspicion, dédain et, finalement, mépris. Alors il tranche, brutalement, et plutôt que de gaspiller sa compétence au sein d'une bande qui la piétine, il la met au service d'une autre équipe qui, elle, conduit un projet mieux balisé. Le dilemme est simple: faut-il renoncer à ceux qui le bafouent et donc respecter ses propres convictions? Ou, à l'inverse, se soumettre à leur complaisance et renoncer à ses certitudes. Et quel choix est-il le meilleur pour le bien du pays, puisque tel est l'objectif, et que pour l'atteindre, la victoire électorale n'est qu'un moyen? A moins que par un retournement pervers des choses, le contraire soit devenu la norme… Besson a choisi ses convictions et je ne vois pas qu'on puisse le lui reprocher. Les faits ne lui ont pas donné tort et l'aveuglement où s'enferment ceux qui l'attaquent vaut à mon sens moins que sa lucidité. Sympathique ou pas, peu importe, l'homme n'a fait que rejoindre son camp.
Je ne me souviens pas d'attaques stigmatisant la trahison d'Azouz Begag. Tiens, pourquoi? La trahison ne vaudrait-elle que dans un sens? Ce qu'a vécu Besson au PS n'est pas moindre que ce qu'a vécu Begag au gouvernement. Bon point de bonne gueule contre délit de sale gueule? Qui en veut à Azouz d'avoir déserté ceux qui ne l'écoutaient pas?
Kouchner a toujours été un électron libre. Un agité sympathique et brillant, un bougeur de choses. Regardez son parcours, c'est à lui qu'il se tient, à lui seul. Il veut pouvoir agir. Alors agir où? Au PS? Autant courir dans un marécage… et ça l'épuise, Bernard. La non-décision y est devenue la loi. Elle préserve l'appareil, elle est le moniteur du coma idéologique où végètent les hiérarques dispersés. Que voit-il en face? L'action organisée, l'opportunité de faire. Au nom de quoi l'abandon d'une troïka inepte, divisée et comateuse serait-il un acte de forfaiture? La logique de la personne et du projet prend le pas sur la cause perdue, et c'est heureux. On apprend aujourd'hui que Khartoum recule d'un pas dans la barbarie qui sévit au Darfour. L'aurait-il fait aussi vite sans l'activisme du toubib? Peut-être. Peut-être pas. Mais laissons-lui le bénéfice du doute.
Ces mouvements d'hommes montrent que les clivages traditionnels et les fonds de commerce partisans ont fait leur temps. On attend des acteurs politiques qu'ils s'engagent davantage pour le pays – qui en a besoin - que pour les cliques qui les portent. Or il n'y avait de projet crédible et de dynamique qu'à droite. D'autres suivront, qui subiront le même opprobre, celle du désespoir d'un PS victime de sa propre indigence.
Ils sont les bienvenus.

Vignette: de Gaulle à la BBC; 18 juin 1940

Commentaires (7) to “Trahison ou Raison, Besson et les autres…”

  1. Oui, les Français ont fait ce type de choix, choisir ceux qui avaient un projet crédible plutôt que les appareils. C’est un peu ce que Depardieu vient de dire ce matin. Lui aussi maintenant trouve Sarkozy très bien. Le thème que vous avez choisi de traiter fait aussi penser à Saint Paul sur son chemin de Damas, ou à Clovis auquel l’évêque Rémi demanda, lors de son baptême, de “brûler ce qu’il avait adoré, et d’adorer ce qu’il avait brûlé”..

  2. Permettez-moi d’objecter. Vous avez écrit: “Alors il (Eric Besson) tranche, brutalement, et plutôt que de gaspiller sa compétence au sein d’une bande qui la piétine, il la met au service d’une autre équipe…”. La réalité n’est pas vraiment celle-là. Plutôt que sa compétence, c’est son “identité socialiste et son coup de sang contre Ségolène Royal qu’Eric Besson a mis au service de N. Sarkozy. En contrepartie il gagne un placard doré d’où il aura bien du mal à s’extirper pour exister et servir ses convictions. Qui sait ce que fait M. Besson dans son secrétariat d’Etat? Les sphères gouvernementales et les hautes administrations croulent sous les directions des études et de la prospective. On ne citera que le CAE (Conseil d’Analyse Economique) rattaché au Premier ministre comme le CAS (Conseil d’Analyse Stratégique), la directrice générale, Sophie Boissard est également au cabinet de François Fillon. Aussi grandes soient-elles, la majorité présidentielle n’avaient pas vraiment besoin des compétences de M. Besson, aussi éminentes soient-elles.

    Quant à Azouz Begag, il n’a trahi rien ni personne. Homme de la société civile, il aura été instrumentalisé jusqu’au bout par son mentor qui l’aura fait Ministre alors qu’il n’était à l’évidence pas fait pour ça.

  3. Belle analyse, partisane mais belle analyse.

    Quand au Darfour, je doute que seule la position francaise est fait inflechir Kathoum, surtout apres avoir tenu tete a l’ONU planques qu’ils etaient sous la cape chinoise.

  4. D’accord avec cette analyse, je rêve que cette logique de cohérence et d’objectivité soit aussi suivie au niveau local mais je crains qu’à ce niveau les intérêts particuliers prennent toujours le pas sur l’intérêt général

  5. Moi aussi je rêve à ce que ce soit vrai… Malheureusement, Kouchner et Besson sont AUSSI des hommes ayant fustigé le danger Sarkozy, qu’ils rejoignent quelques semaines plus tard… Je ne suis pas pour accabler ces deux là, encore moins Hirsch ou Jouyet (?). Mais je pense qu’ils ont quand même “trahi” leur camp. C’est bien de l’avoir fait. Mais on ne peut pas se tromper sur la terminologie. Un chat est un chat! Comment va faire Eric Besson pour défendre la TVA sociale (ce qu’il est chargé de faire par Fillon…) alors qu’il est opposé à cette mesure? Je suis d’accord avec vous sur le début du raisonnement (qu’est-ce qui les incite à quitter leur parti?) mais pas avec la fin. Après tout , j’aimerais que ce genre de gouvernement puisse se faire plus souvent. Mais je ne peux m’empêcher de penser que ces gens la ne sont pas “purs” au point de ne pas avoir fait de savants calculs derrière tout cela.

  6. Il ne faut pas oublier que la TVA sociale a des partisans du côté de Strauss Kahn

  7. Mon subjectif point de vue :
    - Besson : Aucun problème à ce qu’il dénonce certains aspects de la personnalité de Ségolène, ainsi que des méthodes de fonctionnement du PS, et qu’il quitte le dit parti. Mais enfin, aller ensuite aussi vite aussi loin en si peu de temps, et finir à la soupe après avoir publié un brulôt anti-Sarko quelques mois avant, cela s’appelle un reniement. Indéfendable !, sans même aller jusqu’au terme de ‘trahison’, un peu excessif pour le calibre et le poids du bonhomme.

    Azouz Begag ? Pourquoi ne pas parler de sa traitrise ? Parce qu’il n’a pas trahi particulièrement. Ensuite parce que ce qu’il à dit est fort gênant car même si Sarko ne se réduit pas à l’image qu’en distille A.B. , il semble que cela soit vrai. Et donc à oublier pour un temps.

    Kouchner ? Compte tenu de son positionnement politique , de diverses déclarations qui le déportaient déjà assez à droite, de sa liberté d’esprit, il n’y a rien à lui reprocher. D’autant que le PS l’a toujours soigneusement stérilisé …

    “D’autres suivront, … Ils sont les bienvenus.” … Il faudrait quand même que notre Glenn Gould de la politique soit vraiment virtuose inspiré, pour en arriver là. D’ailleurs quel interêt ? Et a-t-il été porté vers la victoire par les électeurs de droite pour faire du Bayrou à paillettes ?
    Votre enthousiasme donc me laisse très dubitatif

    L’ouverture est une figure de style d’un pouvoir encore frais, pour frapper les esprits de la puissance de sa gloire . Mais l’importance donné par Nicolas à cette fioriture me parait un peu curieuse dans son excès de médiatisation .

    Car ensuite les choses sérieuses commencent.

Poster un commentaire
*Obligatoire
*Obligatoire (mais jamais publié)
 

*
Prouvez-moi que vous n'êtes pas un robot et recopiez le mot.
Anti-Spam Image