Fin de Partie
En 1965, la droite française porte de Gaulle au pouvoir, après qu'il ait été mis en ballotage, afin d'éviter à la France le leadership d'une gauche encore sous l'influence d'un parti communiste très puissant. Pour autant, une grande partie de son électorat est encore scandalisée par le retournement historique du général sur la question algérienne et reste profondément antigaulliste.
En 1981, Mitterrand accède à l'Elysée en s'appuyant sur l'union de la gauche. Nombre de communistes se méfient des socialistes et pourtant, disciplinés, obéissent aux injonctions unitaires d'un PC qui ne sait pas encore qu'il creuse sa propre tombe.
En 1995, encore sous le coup d'une gauche décevante et sanctionnée en 93, une partie de l'électorat, impressionnée par son discours sur la fracture sociale, vote Chirac sans être vraiment chiraquienne.
En 2002, j'ose affirmer – mais n'est-ce pas la preuve d'une analyse politique hors norme – que 80% de l'électorat ne se retrouve pas dans le programme du président qu'il élit pourtant…
Mi-juin 2007, fin du combat électoral, quels que soient les résultats du deuxième tour des législatives. Début de l'après. Un bon moment pour revenir sur la campagne. J'ai lu quelques livres d'histoire immédiate, comme on le fait maintenant. La femme fatale, analyse dure mais je crois réaliste - et d'ailleurs confirmée par beaucoup au sein même du sérial - de la façon dont Royal a conduit son action. Le sacre de Nicolas, une analyse de la campagne centrée sur les trois principaux challengers, Royal, Sarkozy, Bayrou. Très bon livre également, qui n'est complaisant pour personne. Et quelques autres moins intéressants, comme La chute de la maison Royal, un affreux petit pamphlet pas même signé, un règlement de compte inter-socialiste qui ne mérite pas d'être ouvert, Qui connaît Madame Royal ou La face Karchée de Sarkozy, qui sont des portraits ad hominem… j'en passe.
Les élections présidentielles forcent au choix, large au premier tour, étroit au second, encore qu'en 2007, on puisse considérer que les jeux ont été faits bien avant le premier tour. Il faut prendre position. Certains l'ont fait pour un candidat, d'autre l'ont fait contre. Le TSS (Tout Sauf Sarkozy) a porté à gauche des voix de refus, le TSS (Tout Sauf Ségolène) a porté à droite d'autre voix de refus. Dont la mienne.
Royal ne m'a jamais convaincu. Militant socialiste, j'aurais voté DSK, sans hésiter aux primaires. Je l'ai assez dit ici, je ne vois en la Madone Rose qu'une bulle mystico-narcissique qui avance, aveugle et seule, sous de jougs de très anciennes névroses. La médiatisation outrancière de la candidate, qui a construit sa victoire en novembre 2006, s'est retournée et nous a peut être épargné une double catastrophe: Ségolène elle-même, et celle d'un parti en déflation permanente depuis 2002, en implosion aujourd'hui.
Bayrou ne m'a jamais convaincu car n'étant plus nulle part, je ne vois pas bien où il pouvait aller. Le phénomène de déception bilatérale qui lui a fait prendre quelques sympathisants à droite et à gauche en mars ne m'a jamais vraiment convaincu. La réalité l'a ramené là où il est. Hors du cadre.
Par nature je me méfie des donneurs de leçons centristes qui le lundi tancent la droite et le mardi la gauche. Pour autant, j'ai essayé de garder de la distance, de ne pas être l'adepte bouleversé d'un Nicolas triomphant. Du moins ai-je essayé. J'ai exprimé très tôt des doutes sur le candidat UMP et cela à plusieurs reprises, sur sa dérive républicaine-ronflante, sur ce catéchisme républicain à la Guaino qui m'insupporte - même s'il est montré aujourd'hui qu'il était payant - comme m'avait irrité la promenade solitaire et larmoyante de Mitterrand au Panthéon en 81, une rose à la main, le regard embué flottant sur les gisants des héros, sans un coup d'œil pour 200 journaliste maintenus hors champ. J'ai aussi exprimé ce qui m'impressionnait chez Sarkozy, et apprécié la façon dont, par différence, il conduisait son équipe.
Mais la campagne avançant, il faut choisir et se déclarer. Restait donc Sarkozy, dans les limites que j'ai dites. J'ai donc fait le choix, comme beaucoup, sans grande passion mais avec la certitude qu'au sein des options qui s'offraient, il était le mieux à même de prendre le job et, pour la première fois, je suis vraiment rentré en campagne. Je ne regrette pas.
Je me suis beaucoup amusé.
Vignette: Paolo Uccello; La bataille de San Romano; 1438
jean-Paul a écrit :
D’accord avec vous puisque j’ai fait un cheminement semblable, mais la Présidence est quand même plus qu’un job… Quand à la partie elle-même, je crains qu’elle ne soit pas encore terminée, car elle se joue en 3 manches et il ne suffit pas de gagner les 2 premières. Il faut s’attendre à une forte opposition extra-parlementaire aux réformes, ce sera la troisième manche et elles se déroulera sur un terrain favorable à la gauche…
Posté le 15-Jun-07 à 6:46 am | Permalink
FUCHS a écrit :
J’ai voté Sarko pour les mêmes raisons, mais je te trouve un peu dur concernant Bayrou dont la qualité principale est de vouloir remettre de la morale dans l’action politique, c’est peut-être un peu naïf ou idéaliste, mais cela a du bon
Posté le 15-Jun-07 à 11:07 am | Permalink
gtab a écrit :
Comme l’écrit Ghislaine Ottenheimer: “Nicolas Sarkozy n’a peut-être pas une image de rassembleur, mais il a rassemblé beaucoup de monde.”
Posté le 15-Jun-07 à 12:37 pm | Permalink
le chafouin a écrit :
Ayant les mêmes réticences que vous au sujet de nos amis Sarkozy et Royal, j’ai préféré m’abstenir de voter pour l’un ou l’autre. Ils ne constituent pas pour moi des alternatives.. Hormis eux, le choix était mince, entre des candidats trotskystes, nationalistes, communistes, chasseurs ou poivrot (shivardi). J’ai donc voté par défaut, comme beaucoup, pour le candidat Béarnais.
Petite question : aviez-vous voté sarko dès les premier tour, si ce n’ets pas indiscret? ET si oui, était-ce plus un soutien à la droite qu’il incarne ou un refus de ségolène royal?
Posté le 16-Jun-07 à 11:45 am | Permalink
Charles a écrit :
Aux deux tours. Mon choix était fait.
Contre Royal, c’est clair. Mais pas seulement. DSK aurait pu me faire hésiter. Mais le PS était trop malade, trop décalé par rapport à l’Europe et au reste du monde développé pour que je puisse m’y associer.
Je vis dans un monde double. D’un côté l’écriture et le musique, de l’autre le business. Aucun n’est un hobby. Ma sensibilité est libérale et sociale, et non l’inverse. Je me suis donc bien retrouvé dans un discours de rupture, pour en finir avec une gauche obsolète et une droite tellement dépositionnée qu’elle était à gauche des gauches européennes…
Posté le 16-Jun-07 à 3:15 pm | Permalink
le chafouin a écrit :
Pourtant, sarkozy n’est ni libéral, ni social?
Posté le 16-Jun-07 à 8:22 pm | Permalink
Charles a écrit :
Social, libéral, nous verrons à l’usage. Pour l’instant il a le bénéfice du doute… Mais, une fois encore, il s’agissait de choisir un candidat, ce n’était pas un reférendum. Par différence, il était le plus proche…
Posté le 17-Jun-07 à 7:45 pm | Permalink
FUCHS a écrit :
Au premier tour Bayrou pour montrer qu’il y a une autre façon de faire de la politique, au deuxième Barko en espérant la rupture
Posté le 18-Jun-07 à 11:08 am | Permalink