Inertie médiatique et soirée télé

tsunami2.jpgLa presse est unanime. Nicolas Sarkozy fait face, depuis l'humiliante défaite de dimanche, à une situation de crise qu'il va lui falloir gérer afin d'être prêt en 2012 à inspirer et rassembler un l'électorat aujourd'hui déboussolé. La condamnation cinglante à laquelle son ancien parti fait face et le désaveu de l'opinion sont patents puisqu'il n'obtient au bout du compte que la majorité absolue. Même les classes bourgeoises et les 200 familles semblent avoir pris leurs distances.
Comment expliquer un tel phénomène? Plusieurs facteurs entrent en jeu. D'abord l'incapacité de l'UMP à reconnaître l'obsolescence de son corpus idéologique. On voit bien que depuis cinq ans l'opinion a évolué, en contact avec le monde, et s'est lentement mais très sensiblement déportée à gauche. Cette migration, que ce parti aurait pu observer si seulement il avait analysé les mouvements politiques des pays qui nous entourent, il ne l'a pas vu ou, pire, il a refusé de le voir, de le reconnaître. L'illusion d'un monde immobile n'est-il par le meilleur alibi d'un cartel de conservateurs paniqués et prisonniers de leurs réponses éculées? 
Deuxième facteur, l'incapacité des hippopotames à s'accorder et trouver une plateforme politique crédible. Les uns tirent à droite, les autres vers le centre, les autres restent dans l'eau et attendent pour mordre, la narine émergeant à peine. C'est qu'il y a du monde dans le marigot. Les couteaux ne restent pas au vestiaire. L'électeur, excédé, ne s'y retrouve plus. Aucun renouvellement ne vient donner chair à un projet mort-né, oublié alors même que l'encre achevait de sécher. Il ne suffit pas de s'opposer à l'autre et d'invoquer un Tout-sauf-Ségolène quelconque pour gagner. Le faux-nez ne fait pas le clown, il faut que le talent soit là. Il faut inventer un véritable désir d'avenir et la droite n'a pas su le faire. D'où son terrible échec. 
Troisième facteur, il ne suffit pas de proposer des synthèses molles, de congrès frileux en congrès houleux, comme François Fillon a tenté de le faire depuis quatre ans, par souci de maintenir une unité dont chacun sait qu'elle n'est que de façade, pour convaincre un électorat beaucoup mieux à même de juger que ne semblent le penser les hiérarques fatigués. Depuis toujours laboratoire d'idées et de progrès, le parti gaulliste s'est laissé bousculer sur son propre terrain, serinant à l'envie ses vieilles recettes. Le soufflé ne monte plus. A l'évidence, l'UMP pourra ne pas attendre 2008 pour désigner un chef capable d'incarner le futur et d'insuffler au parti une autre manière de faire de la politique!
Les Américains disent "face the brutal facts". Et bien oui, il faut faire face, maintenant, à cette majorité absolue qui devra, bon an mal an, trouver une plateforme crédible pour convaincre les électeurs et prendre le pouvoir en 2012.
Enfin, je ne voudrais pas, ici, abaisser le débat au niveau des ragots de la presse people, mais Nicolas et Cecilia n'ont-ils pas joué avec le feu en associant ce qui relève de la vie privée à ce qui relève du combat politique? Un couple est un couple, une aventure partagée, pas un argument ou une péripétie de campagne.

Commentaires (17) to “Inertie médiatique et soirée télé”

  1. Bonjours Charles,

    Excellente “nouvelle” à front renversé qui prouve l’inepsie de tout ce que l’on entend depuis dimanche soir. Certains opposants parlent même de la nécessité d’une pause pour un nouveau pouvoir qui n’a même pas vraiment commencé à gouverner. Rions mes frères et imposons la rupture doit se dire Sarkozy et il a bien raison.

  2. oui, oui, c’est bien tu as parfaitement intégré le discours officiel à la Copé. Et personne n’a raté le fait que l’UMP ait une majorité confortable.

    Mais il ne faut pas faire preuve de la meme auto-satisfaction que les socialistes depuis 2000 (municipales, européennes, régionales, cantonales), et prendre une victoire pour un plébiscite.

    Et regarder les points noirs de cette belle victoire : Les grandes villes dont Paris sont à gauche, et Juppé a été réélu, mais au Québec.

    Ceci dit, je pense que ce sera plus simple et efficace pour le gouvernement de ne pas avoir la majorité pléthorique et introuvable annoncée, qui a toujours tendance à devenir rebelle avec le temps.

    Et puis tu devrais être content : Sarkozy prône la rupture et les dirigeants socialistes le prennent au mot.

  3. Avez vous remarqué que S Royal annonce sa rupture avec F Hollande au nom de la transparence. Les choses sont claires…C’est bien sauf que la même Segolène s’est ingéniée à entretenir le flou pendant toute la campagne présidentielle…pour ne pas polluer le débat. car chacun sait que le débat est plus important que la transparence…Erreurun jour, vérité le lendemain. L’essentiel, c’est d’avoir toujours raison au moment où l’on parle. Un peu comme moi en ce moment (LOL).

  4. Royal est, en effet, plutôt transparente. Rien n’accroche la lumière…

  5. Joli contre-pied
    Il y a une chose sur laquelle on a peu insisté, le tsunami transformé en vague doit beaucoup aux infidélités du nouveau centre, l’électorat du modem s’est défoulé à 55% à gauche en grande partie à cause de cela

  6. Formidable ! 15 ministres et 17 secrétaires d’Etat ! il avait dit qu’il ne le ferait pas et il l’a fait !
    Et les socialistes sont débarrassés de Bockel ! Que des bonnes nouvelles !

  7. et j'avais oublié ! finie la parité ! Basta les sarkozettes ! Juppé n'est plus là physiquement mais son esprit reste, tout va bien.

  8. Oui, Olivier, débarassé de Bockel, de Kouchner et des autres… mais le PS garde Emmanuelli, Mélenchon, Dray, tous les bons, tous les modernes, avec une amazone qui est et se sent de plus en plus libre… Qui dit mieux?

  9. Faut bien commencer par quelques-un. Et je donne pas longtemps à Mélenchon et Emmanuelli pour aller rejoindre leurs autres amis.

    Et je ne pleurerai certainement pas sur Kouchner ou Bockel, franchement, si c'etaient eux les modernes et l'avenir, le cours de Bourse de la chemise Charvet aurait déjà explosé.

    Ceci dit avec ce gouvernement "resséré", plus nombreux que celui de Dominique de Villepin, et pas plus paritaire que celui de Jean-Pierre Raffarin, ca devrait te donner une idée sur la capacité de Sakozy à tenir ses promesses…

  10. Et pendant qu’on y est, Malek Boutih est disponible ! Vite, tous à vos téléphones !

  11. C’est vrai, la gauche est très “grandes marques” et mets exquis, si possible d’origine russe. A consommer sur son lit de glace pilée. Fabius est toujours impeccable et Guigou à donf social-glamour. Je suis sûr que les couches populaires y sont sensibles. Organisons un débat sur ce thème central. J’ai les flip-charts et la fiche-méthode.
    N’étant que sympathisant, et non militant, je préfère ne pas voir le lendemain de la formation du gouvernement pourquoi il va rater, pourquoi il est un mensonge, pourquoi il est un scandale, pourquoi il est important de donner le pouvoir à la rue, pourquoi nous sommes entrés dans les heures noires de la France, pourquoi etc.
    Je laisse à Sarkozy le bénéfice du doute et nous verrons dans un ou deux ans s’il a tenu promesse. Où en est la France. Où en est le PS. Où en est ce petit couple un peu secoué.
    La vie quoi.

  12. Et bien sur, comme d’habitude, je n’ai ni crié au scandale, ni appelé au grand soir, ni sorti de brassard noir du placard.

    J’ai juste dit que pour un mec qui s’était engagé à constitué un gouvernement resséré et paritaire, ben il n’a pas tenu sa promesse.

    Quand au PS, pourquoi ne pas lui appliquer la même attitude que celle que tu as envers ce gouvernement : il vient de perdre deux élections, laissons-lui le bénéfice du doute et un ou deux ans pour voir ce qu’il deviendra.

    Après tout, les municipales ne sont pas si loins.

  13. Vrai. Dont acte.

  14. Très très très drôle cet article. Si si. Il fallait y penser.
    Pourtant, quand vous écrivez
    “Depuis toujours laboratoire d’idées et de progrès, le parti gaulliste” alors là, c’est too much, comme on dit en “Asie”. N’en faites tout de même pas trop. L’UMP, gaulliste, et en laboratoire d’idées, en plus…trop d’ironie tue l’ironie.
    Pourquoi pas DSK en “homme moderne”, avec sa “social-démocratie” depuis longtemps aux oubliettes du schröderisme et de la blairitude ?

  15. Certes.
    Mais enfin les sympatisants non militants et les sympatiques militants de la droite n’auraient pas usé leur encre décomplexée, en long , large et travers, à vanter le méta-argument de la nécéssité d’une vague sur-bleue-triomphante, qui légitimerait définitivement l’urgence et l’ampleur des réformes (la France ne peut attendre 5 ans , merde) , que cette déconvenue à la Buster Keaton ne leur serait pas arrivée.

    Ils ont l’air de quoi, à présent, avec juste une victoire. Une victoire toute bête qui n’appelle aucun adjectif particulier ! Les voilà qui se pincent pour se rappeler qu’un chat est un chat, même mouillé !

    Crénon, personne ne leur volera leur victoire ! Même si, dans un coin de l’azur palissant qui leur tient lieu de drapeau, des nuages gris roses annoncent le début de la fin de l’état de grace.
    Déjà. Comme le temps passe vite.

    Mais cela nous aurait privé de cet excellent , perspicace et voltairien billet. Quoique , si on voulait un peu bouder notre plaisir, on arguerait que , comme le susurre Manu, ‘trop d’ironie tue l’ironie’ .

  16. Bonjour Charles,

    Ce matin je me dis que tout le monde dit que la gauche doit se refonder…Mais le hic, c’est que la gauche n’est pas une, entre ceux qui acceptent l’évolution du monde de plus ou moins bonne grâce et ceux qui rêvent du grand soir, il y a un fossé énorme.
    Logiquement la gauche ne va pas se refonder, elle va éclater….

  17. Sans parler de l’incapacité de cette droite intellectuellement épuisée à trouver du sang neuf hors de ses rangs rabougris par des siècles de mariages consanguins.

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