Full Contact Presidency

boxe.jpgOn dit que mercredi dernier Nicolas Sarkozy est intervenu sur la chaudière de l'Elysée dont le brûleur, encrassé depuis 95, perdait chaque année un peu de son rendement. La glaciation menaçait. Il est donc sur tous les fronts. Que fait donc Fillon?
L'ère de l'hyper-présidence a commencé, au grand bonheur de la presse, marquant ainsi une rupture avec l'obscure et ténébreuse distance d'un Mitterrand ou la passivité compassée d'un Chirac que seuls les taureaux burnés du Salon de l'Agriculture parvenaient à faire frémir. Mais ne nous arrêtons pas simplement à l'anecdote. Sarko va au contact. En première analyse, on dit qu'il s'expose, qu'il prend des risques, qu'il met en jeu la fonction, comme si cette dernière devait par nature se tenir loin de l'action, dans une sorte de flou mystérieux, n'exprimant ses oracles qu'aux heures fixées par le  calendrier républicain, Vœux et Fetnat, protégée par un rang serré de fusibles ministériels. C'est sans doute vrai, mais partiellement.
Revenons sur l'affaire de la réforme de l'université, sur laquelle on soupire depuis vingt ans avant d'éteindre la lumière et dormir.
Temps 1: Pécresse va au taf avec un texte dont on sait qu'il provoquera des réactions vives. On le sait. On l'a anticipé. En négociation, cela s'appelle une position de départ. Elle fixe la référence initiale, on a intérêt à la fixer le plus haut possible.
Temps 2: émois syndicaux et corporatistes de tous ordres.
(En temps normal le temps 3 tenait à un coup de fil du président demandant l'abandon du texte, suivi d'un petit remaniement ministériel.)
Temps 3: Sarko déboule, propose qu'on discute tout ça autour d'une bière, recule sur quelques détails et maintient d'essentiel.
Temps 4: Pécresse propose un texte amendé.
Temps 5, tout le monde semble plutôt content. En tout cas à court terme.
Le fait nouveau de ce rituel républicain est bien l'exposition et la mise en danger de la fonction en même temps que l'utilisation de sa force de séduction. En s'exposant directement, physiquement, Sarko force ses interlocuteurs à s'en prendre directement à la présidence, sans intermédiaire. Il fait ici jouer tout le poids symbolique de la fonction et, du même coup, valorise la partie adverse qui soudain négocie avec Dieu. La table sur laquelle chacun pose son dossier est étrangement hexagonale… Ivresse. L'émotionnel prend le pas sur le technique. Dégommer un ministre, c'est comme froisser une aile. Casser le président, c'est s'en prendre au moteur. Le jeune Julliard, sans doute déjà star des réunions familiales, pourra répondre à ses cousines, à Noël, oui, oui, il m'appelle Bruno, il est sympa. C'est vraiment Lui, Moi et la France… Les cousines battent des mains…
Sarkozy a sans doute trouvé la clé de la réforme. Dans sa poche, la sienne. 

Commentaires (4) to “Full Contact Presidency”

  1. C’est vrai la méthode est efficace mais il faut en user avec modération sur les enjeux importants, autrement il risque de banaliser la fonction et de perdre son rôle d’arbitre dans les phases finales souvent délicates
    Aux ministres de montrer qu’ils ne sont pas là par hasard

  2. Et de décrire Poutine comme “un homme ouvert” et Guy Roux “moins vieux que la charte des entraineurs”

    est on vraiment sur que les syndicats ne savent pas négocier ? Pour ma part je crois qu’ils en connaissent un rayon sur la “position de départ” et le “recul sur des détails”. Quand à la joie profonde de négocier avec dieu (plutôt le directeur commercial de dieu) ça leur passera vite.

  3. Intéressant de constater que Serge July (sur son blog RTL)semble aussi avoir été frappé par cette méthode Sarkosy en plusieurs séquences.

  4. Jean-Paul, merci, je vais aller jeter un coup d’oeil!

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