Welcome

azur.jpgKun est chinoise, n'a pas la trentaine, est en France depuis 3 ans, MBA dans une école de commerce, stage en entreprise, puis embauchée, contrat de travail, tout…
Elle a passé la journée à la préfecture, comme chaque mois, pour aller retirer son titre de séjour, mais en se doutant bien que ce mois-ci encore, il ne serait pas prêt. Elle a l'habitude.
MAM, terrorisme international et niveau orange obligent, ce matin la queue commence dans la rue, longue, sécurité maximale. Une petite heure sur un trottoir multiculturel et s'est bouclé, la voilà dans les lieux, avec deux cents copains qui sourient tous avec bonheur et chantent Colchiques bouche fermée. Pas la peine de chercher à s'asseoir, ici on attend debout, la France ça se mérite, les gaulois, c'est pas des tafioles. Quatre heures, pas de quoi en faire une histoire, ça muscle les fessiers, qui s'en plaindrait à un mois des vacances. Naturellement, le titre de séjour n'est pas prêt. L'hyper-préposé le lui explique en quelques secondes. C'est la mutation profonde des services publics que-le-monde-entier-nous-envie et qu'il nous faut défendre bec et ongles à Bruxelles. Alors, peut-être le mois prochain, qui sait? Oui, mais elle doit voyager, Kun, retourner en Chine et revenir. Le mois dernier, on lui a expliqué - après quatre heures d'attente -  qu'il fallait qu'elle apporte son billet d'avion, faute de quoi, on ne pouvait rien faire, "repassez donc dans un mois. Comment ça vous ne saviez pas qui fallait présenter le titre de transport? Nul n'est sensé ignorer la loi, ah ah ah, non, je rigole…" Kun a un peu envie de tuer. Donc cette fois-ci, elle a le billet. Ah mais c'est pas ici, c'est l'autre bureau d'accueil, là-bas. Oui mais attendez, comme elle sera absente un mois, elle ne peut pas revenir dans un mois. Ah. Ca se complique. Bref, voilà un titre temporaire pour deux mois et la queue pour le récépissé, c'est là-bas. Bon, au revoir madame.
Va pour l'autre "accueil". Mauvaise pioche, l'heure du déjeuner, on doit attendre qu'ils reviennent, c'est couscous aujourd'hui chez la Denise. On attend debout? Pas grave, ça fait les mollets, c'est joli dans un petit jean Gucci un peu stretch. Et puis deux heures, qu'est-ce que c'est dans une vie? Comment ça il fait trop chaud? Ca commence à resquiller sur l'aile gauche. On s'énerve, mais pas trop. Pas le moment d'attirer l'attention. Les perdreaux sont dans la volière. On ne sait jamais. Bon. Les revoilà. Un peu ballonnés mais comblés. La Denise c'est la reine des boulettes. Tiens, c'est l'heure du goûter. Ca prend tous son sens, le goûter, quand on l'enchaîne sur un petit déjeuner pris très tôt, queue oblige. Mais bon, ça y est, 17 heures, Kun a le récépissé. C'est bouclé pour deux mois. Elle est contente.
Brice Hortefeux, qui a un gyrophare sur sa voiture, qui brûle les feux rouges et fait rarement la queue, Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité Nationale et du Co-développement s'exprime dans Le Monde aujourd'hui. Ca tombe bien. Il dit qu'il est le ministre des immigrés légaux.
Ca rassure Kun, elle se sent accueillie, intégrée, légale et fatiguée. 

Commentaires (6) to “Welcome”

  1. Et dire que c’était déjà la même chose sans son ministère à Brice.
    A la préfecture de Bobigny , Kun aurait attendu entre 2 rangées de CRS. Dès fois qu’elle aurait envie de s’échapper…

  2. Note inattendue dans les parages. Non pas que tu m’aies jamais donné l’impression d’apprécier Hortefeux et ses missions toutes neuves, loin s’en faut, mais tout de même… Et rends toi compte que Kun est chinoise, titulaire d’un MBA et vêtue d’un jean Gucci, ce qui en fait quasiment une blanche honoraire du point de vue du guichetier. En noire, pauvre, sans diplôme, parlant mal le français, comment serait-elle reçue ?

  3. Et Kun n’avait pas avec le jean Gucci mais le jean normal….

  4. Ah, c’est sans doute ça qui a agacé le type du guichet: avec un jean Gucci on n’a pas besoin d’avoir tous les documents.

  5. Hugues,
    A dire vrai, je ne suis pas vraiment choqué par le ministère de Brice. Immigration et codéveloppement vont assez bien ensemble. Immigration et intégration également. Le mélange d’ensemble peut être un peu choquant, certes. J’imagine qu’il a été fait à dessein. Mais je n’airai pas jusqu’à signer une pétition…

  6. Kun a tout. Mais à quel prix?

    Une journée d’attente aussi pénible qu’elle soit, n’est en réalité qu’un détail de son parcours, alors que, comme elle le dit: “Cette journée j’aurais pu la travailler”.

    Sa conduite n’est pas seulement irréprochable mais exemplaire. Et si Kun persiste, c’est parce qu’elle est persuadée qu’un jour on reconnaitra son mérite à sa juste valeur.

    Malheureusement, elle n’a pas encore intégré un grand principe de notre société: l’individualisme.

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