Wake-up call
Qui n'a jamais, la honte au front, repoussé un rendez-vous chez le dentiste en s'inventant un prétexte grossier? Celui-là ne peut comprendre le saut dans le vide qui donne à la classe politique française le vertige qu'on lui connaît aujourd'hui. On devait y passer, on y passe. Le glissement du Tout-Sauf-Sarkozy au Tout-C'est-Sarkozy, de "l'épouvantail sectaire" à l'ouverture, de douze années plutôt pépères au stress maximum, se fait avec le tact et le geste gracieux d'un arracheur de dent sur une molaire véreuse. Ca va vite, c'est un peu brutal, ça fait mal sur coup, et ça soulage ensuite. Comme si, tout au long de la campagne, un mélange d'urgence et de honte face à l'immobilisme avait nourri le désir de repousser à tout prix l'inévitable. C'est vrai, face à l'échéance, certains préfèrent mourir ou se réfugier dans une illusion d'avenir. D'autres choisissent de vivre. Le seuil a été passé. On peut espérer. La belle au bois dormant ouvre un œil.
Comment ne pas rapprocher en effet les sondages qui mesuraient il y a quelques mois à quel point le Grand Agité faisait peur - y compris dans l'électorat de droite - et ceux qui montrent aujourd'hui qu'une majorité large le soutient. Malgré ses petits mouvements d'épaules agaçants. Peur de quoi d'ailleurs? Peur de l'action? Peur du changement? Peur d'affronter la réalité? Peur de notre paralysie, notre impuissance à s'extraire de la lumière des phares? Il semble que bon nombre de responsables de gauche aient fait la même analyse et préfèrent s'occuper du pays que de la refondation d'un parti socialiste groggy, un genou sur le ring, qui se demande ce qu'il fait là, pourquoi il est seul sur le quai. Gueule de bois dans les sections.
On dit Sarkozy l'Américain. On le dit naturellement avec mépris. D'une certaine façon, oui, son premier sprint montre qu'il en a au moins les bons côtés, ce primat accordé à l'action, choix parfois risqué, cet engagement - si contre-culturel chez nous - qui veut qu'un objectif fixé soit un résultat à atteindre, et non une simple intention évoluant au gré de la complaisance des uns et des intérêts particuliers des autres…
Je me souviens de la première réunion opérationnelle entre un dirigeant américain et le patron de l'entreprise française qu'il venait d'acquérir. Il s'agissait de travailler sur le plan. Les objectifs proposés par l'équipe française étaient ambitieux. Trop ambitieux pour le yankee, irréalistes. Il s'énervait et, finalement, questionna la capacité de l'équipe à les atteindre. "Enfin… lui répondit-on, il ne faut pas non plus se crisper là-dessus, ce ne sont jamais que des objectifs…". Sueur froide du ricain. Oui, je sais, on va me servir la contre preuve irakienne. Oui. Je ne dis pas qu'ils ont toujours raison.
Ce qui innerve la politique de Sarkozy aujourd'hui n'est pas simplement la mise bout-à-bout d'une série de mesures devenues indispensables, ce qui est visé est un changement de culture, de damier, de valeurs, de tempo, un changement que le monde économique - je veux dire les entreprises - a réalisé au cours de vingt dernières années parce que sa survie en dépendait. Certains groupes, trop publics, n'ont pas vu la mort venir. Péchiney restera un grand drame du handicap culturel français. Les sphères publiques et politiques, structurellement retardataires, y viennent enfin, en voyant leur fond de commerce s'évaporer.
Il n'y a que l'odeur de la fin qui fasse changer vraiment. Parfois, le réveil est brutal.
Vignette: Illustration des Contes de Perrault par Gustave Doré; édition Hetzel; 1867.
manu a écrit :
Pour Charles the American : en français, cette langue archaïque, irakien s’écrit avec un “k”.
Sinon, toujours chapeau pour l’iconographie.
Posté le 11-Jul-07 à 10:11 pm | Permalink
Charles a écrit :
Thanx, Manu, I gotta make sure I don’ miss the spelling. Problem fixed.
Posté le 12-Jul-07 à 8:19 am | Permalink