Image d’Epinal
Si par malheur Henri Guaino - plume et conseiller du président - tombe sur une bonne biographie de Philippe le Bel dans sa bibliothèque pendant ses vacances, il nous livrera sans doute un commentaire anaphorique sur la nature marmoréenne de l'Etat. Je suggère Avignon pour le show.
Pour autant, le discours de Sarkozy à Epinal est important. Il mérite non seulement d'être lu, mais aussi rapproché de celui prononcé par de Gaulle en 46, à Epinal également. Unité de style, unité de lieu. Lisez-les, car cela autorise deux choses: d'une part de voir dans quelle continuité historique et politique le nouveau président souhaite s'inscrire et inscrire son action future et d'autre part de sortir du "ressenti médiatique" qui domine la conversation lorsque le cas Sarko vient perturber un dîner entre amis. Ce qui est fréquent, en ce moment.
Sarkozy avait annoncé une rupture et tout montre qu'il veut la faire. En se plaçant dans l'ombre d'un Gambetta ou d'un de Gaulle, il confirme sa propre vision de la France, celle d'un pays entravé, mené au bord d'un gouffre par la complaisance de ses chefs, celle d'une société en voie de nécrose, que seul un homme providentiel à la tête d'un Etat fort saura le préserver de la chute. Cet homme, c'est lui, on l'aura compris. Et Guaino met son sens de la formule gaullienne au service de son chef. Mais les voitures qui brûlent à Bobigny la nuit ne sont ni l'attaque de Corcieux ni celle de Taintrux et quand les banlieues brûlent, on n'empile pas les cadavres de la nuit dans les charrettes. Ce qui fait que par instant, la musique est un peu solennelle… Pourtant tout le monde s'accorde sur la faiblesse de l'Etat, sur le bouchon institutionnel et le délitement du lien social. Sarkozy dit "Ce n'est pas un hasard si la réforme de l'Etat a toujours été en France le préalable à toute grande entreprise politique." Nous voilà donc à l'aube d'un nouveau D day. En confiant ce travail à un groupe d'experts compétents et représentatifs, c'est bien cela qu'il engage. Ce qui en sortira conditionnera nos trente prochaines années.
Le président veut un Etat irréprochable et moderne. Nous aussi. Ca tombe plutôt bien. Mais comment ne pas réfréner un petit rire de gorge? En parcourant la liste des personnalités qui vont plancher - toutes modernes et irréprochables – on ressent un léger vertige. Comment vont-elles le toiletter, ce Nouvel Etat, mécaniquement devenu médiateur entre les puissances régionales qui se resserrent et l'intégration européenne que le président lui-même appelle de ses vœux? Que sera-t-il dans cette interface inconfortable? Quel cas sera-t-il fait des technologies de communication, internet en tête, qui précisément organisent le lien social selon un modèle totalement inédit et que, jusqu'à présent, l'Etat n'a ni compris, ni vraiment adopté? A cet égard, le balbutiements de Royal n'ont pas été inutiles. Qu'apporte la projection historique de nos grands hommes, fussent-ils les meilleurs, sur une société à ce jour déjà maladroitement et péniblement multiculturelle? Il ne s'agit pas de nier leur histoire, mais d'en mesurer la pertinence. Que fera l'Etat face aux grandes entreprises qui ont su, au cours des vingt dernières années, s'internationaliser et, justement, s'affranchir des tutelles, pesanteurs et entraves que l'Etat n'a de cesse d'inventer, alors que lui-même ruinait le secteur qu'il contrôlait directement? En lisant et relisant ce discours, j'ai des doutes. J'ai toujours perçu l'Etat français comme affublé de trois maux : une peur (voir une haine) viscérale de la liberté par crainte de la secousse révolutionnaire, un refus calculé de l'égalité pour mieux maîtriser, à travers ses élites et son administration, l'illusion ancestrale d'une fraternité jamais réalisée dans les faits. On dit que la littérature prolifère dans les failles de la société. Certes, il n'est pas un fronton de mairie qui ne soit un pense-bête pour la République.
Allons-nous en sortir?
Vignette: image d'Epinal
Toréador a écrit :
Une différence, toutefois : a Epinal, de Gaulle avait fixé un cap. A Epinal, Sarkozy a laissé à une commission le soin de servir de boussole. Ce n’est pas du même niveau…
Posté le 16-Jul-07 à 2:33 pm | Permalink
servio-callas & sam a écrit :
je vous invite à venir me voir à:La Porte-Ronde,16 rue de la courtine;88200 Remiremont Ambassade temporaire de:La Republique Libre du Frioul…..Clémentine est née la même année que la 2eme vie des Images d’Epinal (1984) sous les traits de Denis Bailly son créateur;celà se fête il me semble;à bientôt,sincereliours;servio-callas & sam berrethau fa55@orange.fr
Posté le 22-Aug-07 à 5:55 pm | Permalink