Les cuards (par Olivier Postel-Vinay)

sartre.jpg(L'idée d'ouvrir ce blog à d'autres me taraude depuis un moment. L'occasion fait le larron. Sur certains sujets, l'avis d'experts est bien utile. Olivier Postel-Vinay sait de quoi il parle. Journaliste et écrivain, il opère sans complaisance dans les milieux de la science et de la culture, depuis longtemps. On lui doit un ouvrage polémique et pertinent sur le malaise français de la recherche (Le grand gâchis. Splendeur et misère de la Science française) et, plus récemment, un ouvrage à haut risque (La revanche du chromosome X : Enquête sur les origines et le devenir du féminin). Ici, il s'interroge sur l'université. Réforme ou toilettage?)
CG 

« Sarkozy ratisse large, mais où est la profondeur ?» se demande John Vinocur dans le Herald Tribune. Le premier exemple qu'il choisit pour illustrer son propos est celui du projet de loi sur les universités. « Ce projet est finalement apparu comme ne remettant en cause rien d'essentiel, abandonnant la sélection et les réformes jugées nécessaires pour faire passer le système français d'enseignement supérieur de la médiocratie à la modernité. Des amis de Sarkozy justifient en privé l'innocuité du projet de loi en arguant que le président ne pouvait risquer de voir les étudiants dans les rues de Paris l'automne et l'hiver prochains, alors même qu'il s'apprête à affronter les syndicats en libéralisant le marché du travail».
Ces amis de Sarkozy seraient-ils les mêmes que naguère ceux de Chirac, de Jospin, de Mitterrand, de Giscard ? Consternant exemple de reproduction, génération après génération, de la couardise franchouillarde. Couardise, un mot bien français, issu du moyenâgeux «cuard» (qui a la queue basse).
Inutile ici d'entrer dans le détail d'une réforme sans lustre ni relief. D'autres l'ont fait (lire l'article d'Antoine Compagnon sur le site d'Arborescience). Quelle que soit la façon dont on retourne l'objet, il est laid. Ce texte est destiné à faire croire au bon peuple que le gouvernement réforme alors qu'il fait plaisir à deux des forces les plus conservatrices de l'université : l'aréopage de ses présidents et les syndicats d'étudiants.
L'exposé des motifs est un morceau de bravoure. On y parle du « pacte de la Nation avec son université ». L'objectif est de « refonder un service public national de l'enseignement supérieur fidèle à ses valeurs originelles et mieux armé pour les faire vivre ». Ah, les belles valeurs ! Pour le cas où celles-ci ne seraient pas claires pour tous, on enfonce le clou : « l'affirmation du caractère national des diplômes, garanti par des procédures d'habilitation inchangées, la définition par arrêté ministériel du montant des droits d'inscription… ».
Adieu la concurrence ! Adieu les belles phrases du candidat Sarkozy, pieusement reproduites sur ce blog ! Contrairement à ce que veut nous faire avaler l'exposé des motifs, il n'y a pas la moindre chance que ce texte « permette aux universités d'affronter dans les meilleures conditions la concurrence internationale ».
Au lendemain de la défaite de 1870, Renan déplorait que la France n'ait pas le « grand et beau système des universités autonomes et rivales ». La référence était alors l'université allemande. Elle est aujourd'hui l'université anglo-saxonne, mais aussi suisse, belge, néerlandaise… La France, elle, reste fidèle à ses valeurs d'avant 1870.
La Nation a bon dos.

Vignette: Jean-Paul Sartre s'adresse aux étudiants à la Sorbonne, mai 1968

Commentaires (1) to “Les cuards (par Olivier Postel-Vinay)

  1. Comme vous, j’ai été très déçu par cette réforme des universités qui n’en est plus une.
    Maintenant, je vois que NS est au pouvoir depuis moins de trois mois. Je vois comme vous le risque Chirac poindre, mais j’essaie aussi de me dire que NS a une “stratégie” et des priorités. Et qui si il ne fait pas ceci aujourd’hui, c’est pour mieux le faire demain matin… Enfin, je l’espère.

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