Recherche Grande Peur, désespérément

sarko.jpgA ma connaissance, aucun camp de concentration n'a été ouvert en France au lendemain du 6 mai, aucune nouvelle rafle, pourtant annoncée, n'a entaché l'histoire de la République. Les responsables politiques d'opposition n'ont pas été arrêtés, interrogés, passés à tabac, torturés et jetés dans les charniers de la junte au pouvoir dans l'hexagone. Leurs biens n'ont pas été confisqués et leurs familles n'ont pas été ostracisées. Les romanichels circulent. Les homosexuels ne sont pas vu imposer le port de l'étoile rose. J'ai pu voyager sans enquête préalable et je peux contacter l'international sans être écouté par la police secrète du pays.

Reste la question: "de quoi avaient-ils peur?" puisqu'en effet Sarkozy terrorisait les Français il y a quelques mois encore. Des Français paniqués qui l'ont élu ensuite. Où s'est donc terrée leur frousse? Ou bien y aurait-il en elle, secrètement, une forme masquée et larvée du désir? Comment la stratégie d'ouverture pourrait-elle fonctionner sans ce trouble amalgame qui fait que les ennemis d'hier, parfois les plus virulents, embarquent les uns sur des missions, les autres sur des strapontins, les derniers dans de prestigieuses commissions. Seraient-ils rassurés déjà, ou feignaient-ils l'épouvante alors?  Comment passe-t-on de 65% de français angoissés à 65% de Français satisfaits en moins de trois mois?
Je vois au moins deux hypothèses, mais sans doute sont-elles plus nombreuses. La première tient à l'antifascisme de la gauche, qui lui tient lieu d'identité depuis les années trente, et que la résistance des années de guerre à porté au rang de mythe fondateur (en lui apportant en passant une raison discutable mais toujours avancée de soutenir à l'Est l'un des pires régimes que l'Humanité ait connus. On peut ainsi être antifasciste et totalitaire-compatible). En 2007, soixante ans plus tard, il semble bien que la gauche n'ait eu que cela pour masquer la déshérence de son corps de doctrine. Ca n'est pas nouveau. Qui donc a cru une seconde que Le Pen gagnerait en 2002? Un ratage électoral qui, justement, a permis au PS et ses amis de ressortir leur légitimité traditionnelle, en tête de tous les cortèges. Il fallait bien cela, la victoire de Chirac - que la gauche avait d'ailleurs fascisé jusqu'à son élection - pour inaugurer cinq années de synthèses socialistes complaisantes. Entendons-nous bien, puisque le risque totalitaire n'existe plus en France, il faut le faire porter par quelqu'un. Le Pen aura été la marionnette que l'on sait, Golem mitterrandien, épouvantail prétexte des dix dernières années. Le vieux cabot s'essoufflant, il en fallait un autre. On se souvient de la campagne nuancée d'Act-up… La diabolisation de Sarkozy, par un jeu naturel de vases communicants, a permis de ressourcer ce fond identitaire rendu obsolète par les faits, par l'histoire, par la construction européenne, mais que la campagne irrationnelle, émotionnelle et quasi mystique de Royal a dramatisé encore davantage. D'une certaine façon la campagne socialiste s'est construite contre une droite qui n'a rien de totalitaire et s'est appuyée sur des fondations que l'histoire même avait ensevelies depuis des lustres. Il fallait donner un corps au fascisme pour animer les vieilles valeurs de la gauche. Ecce homo.

La deuxième hypothèse, plus obscure, tient à la reconnaissance soudaine de notre imprudence. Plus exactement, à la conscience aigüe que le déclin n'était pas seulement un éditorial dans Le Point, mais une réalité mortifère qui allait nous entraîner tous. De là ce brouet étrange où la peur et le désir font bon ménage avec le sentiment de mort et le désir de vivre. Envie d'être sauvé, double désir, fait de recours à "celui qui conduit" et de passage à l'acte. Sur ces deux points, Sarkozy dépassait Royal, cela ne fait aucun doute. L'habileté de la droite aura été de maintenir en vie la dimension messianique  de son candidat tout en  la référençant à l'Histoire. Sur ce point, et quoiqu'on pense de