De l’état de grâce au délai de grâce
Soyons réalistes. De deux choses l'une. Soit le temps est clément, le mois d'août chaud sans être caniculaire, et le retour sera dur, comme chaque été, tous à faire face à cette pente qui file droit vers l'hiver - tout réchauffement mis à part. Alors, nous serons tristes et nostalgiques en voyant pâlir ce hâle qui nous rendait si beaux, si conformes. Soit l'été est pourri et nous rentrerons, vitupérant dans les bouchons, exaspérés dans des salles de pré-embarquement ou haletant le long de wagons surbookés. On se demandera ce que fait ce gouvernement qui ne garantit pas le soleil alors qu'avec lui tout devait être possible. C'était marqué dans la notice.
Mais plus grave, les vacances sont à la politique ce que la touche "suppr" est à mon clavier. Et dans la manip, l'état de grâce sera passé dans la corbeille. La gauche l'attend, ce nettoyage cérébral, cette lobotomie estivale qui fait qu'en réalité nous avons beau grandir, c'est bien en septembre que l'année commence.
Tout est calme. Depuis quelques jours, le PS n'émet plus que par intermittence, l'encéphalogramme de la refondation est quasi plat. "Je suis convaincu que nous devons à la fois maintenir nos valeurs socialistes et revisiter très profondément nos propositions, en les ouvrant davantage sur le monde et sur le futur" écrit Fabius sur son blog. Laurent, toujours très pertinent, crée une fois encore la surprise… Royal, elle, prend une position radicalement différente, parce qu'elle est différente, et libre. Elle dit "Il faut que les socialistes aient le courage de remettre en cause un certains nombre de dogmes pour inventer le socialisme du réel et du 21ème siècle." Ils sont d'accord sur le fond. Hollande ne s'épuisera pas sur la synthèse.
Sarkozy a démarré très fort. Personne n'en disconvient, à défaut d'apprécier. La France le suit des yeux avec l'émerveillement cruel qu'ont les enfants pour un trapéziste voltigeant sans filet. Tombera… tombera pas… On aurait tort de sous-estimer la bienveillance et la bonne humeur partagées qui président aux préparatifs des vacances. Le pas de course législatif et l'ubiquité troublante de l'Elu en ce début d'été ont charmé 75% des Français, mais pourraient se retourner contre lui quand aux premiers froids la feuille de route commencera à jaunir. Juillet n'est pas septembre. On a vu hélas qu'en plein état de grâce le gouvernement avait reculé sur certains de ses engagements, qu'en sera-t-il lorsque l'automne - qu'on nous promet chaud dans les officines syndicales - fera souffler sa bise.
Il l'a lui-même annoncée, septembre sera la vraie rupture de pente. Accrochons-nous.
Vignette: Automne; Guiseppe Arcimboldo; 1573; Musée du Louvre
carredas a écrit :
J’ai un peu de mal à éprouver de l’empathie avec le vacancier chiffonné de voir pâlir son bronzage et s’approcher le mois de septembre et son hiver annoncé.
Pour lui changer les idées à cet ex- vacancier grognon, je l’invite à venir se frotter à une réalité inconfortable, toute proche et pourtant si bien cachée, ce qui l’ attend dans les maisons de retraite ” quand il sera bien vieux au soir, à la chandelle… “.
Cela se passe aujourd’hui et chez nous, inutile d’aller chercher la misère ailleurs.
Il faut oser pousser la porte, regarder les fauteuils roulants en rang devant la télé, sentir une odeur de ” pas lavé correctement “, croiser des regards sans espoir, entendre le personnel traiter ces personnes âgées comme des enfants capricieux avec une bonne conscience égale à leur incompétence.
Je vais une fois par semaine rendre visite à des résidentes d’une de ces maisons. Il parait que c’est un assez bon établissement, comment est-ce alors dans les moins bons ?
Le grand âge n’est pas un sujet porteur dans une société qui ne parle que de jeunesse à conserver et qui escamote la mort.
Je crois que N.Sarkozy aborde aujourd’hui le problème de la dépendance et de la maladie d’Alzheimer. J’attends de voir l’impact médiatique d’un tel sujet.
Il ne s’agit pas seulement d’ argent mais aussi de regard et de considération, comment parler de mixité sociale nécessaire dans notre société quand les personnes âgées, trés âgées, font l’objet d’un tel ostracisme ?
Le grand âge, c’est un sujet qui plombe facilement une ambiance et ce n’était pas l’objet de votre billet mais je pense que vous ne m’en voudrez pas !
Posté le 31-Jul-07 à 10:49 am | Permalink
Oppossum a écrit :
Finalement cette amusante série de tableaux d’Arcimboldo est d’une très grande cruauté (à ranger dans la catégorie philosophique et moraliste des ‘vanités’).
J’aime bien ‘l’émerveillement cruel des enfants’. Espérons qu’il ne tourne pas au masochisme.
Posté le 31-Jul-07 à 10:51 am | Permalink
Oppossum a écrit :
@ Carredas
Quelle idée aussi de nous pousser à vivre si vieux lorsqu’on a pas les moyens de vivre bien. La mort a parfois du bon. (Pardon! Boutades cruelles du XVIIIe)
Posté le 31-Jul-07 à 10:59 am | Permalink
Charles a écrit :
Carredas, merci pour ce mot touchant et vrai.
Posté le 31-Jul-07 à 11:24 am | Permalink