Concours, le résultat
Wednesday, August 29, 2007
Vu du jardin la même photo donnait à peu près cela, un joli paysage de Corse où il faisait beau quand il pleuvait ailleurs. L'île, je n'en connaissais que la côte, pour en avoir exploré à peu près tous les ports et tous les mouillages, en bateau. La terre, non. Elle aussi, est d'une beauté intense et rude, de rocs et d'épines. Une gemme au doigt de la mer. Chaque jour, je parcourais Corsica Matin. Grâce à quoi j'ai pu suivre l'Affaire de la Forge. Voici les faits.
Mi-août une famille d'Anglais même pas corses passe ses vacances dans le village de Palasca, où elle possède une maison arrachée au patrimoine séculaire du peuple. A la suite d'une insultante erreur de comportement (la famille se dit gênée par les cloches de l'église qui, déréglées, sonnent la nuit, Ah come on, who cares ?), et en forme d'aimable rappel à l'ordre, quelques identitaires anonymes vandalisent leur voiture. Normal, non ? Holly shit, Dad, they fucked up the car ! Le forgeron local, un peu choqué semble-t-il par le message qu'il trouve excessif et peu lisible, placarde quelques affichettes. On y lit que pour lui le village s'est conduit lâchement. Oui, lâchement. Oh jeez, the bloke is crazy... La nuit suivante, du 12 au 13 août, sa forge est naturellement incendiée et réduite en cendre. And the shit hits the fan car on apprend dans le journal qu'en fait, il a insulté les morts. Les Anglais ne mouftent pas. Les morts non plus. Le lendemain, l'un des nombreux groupuscules indépendantistes se fend à son tour d'une déclaration publique pour prendre la défense… des incendiaires. Oui, le forgeron a bien insulté les morts - qui continuent de se tenir à distance - d'un village qui, lit-on, l'accueille courtoisement depuis à peine quarante ans ! Même pas treize générations… et il se croit chez lui. L'hospitalité, ça ne se discute pas. D'ailleurs « Il y a deux sortes de Corses, ceux qui le sont et ceux qui le seront jamais, restez donc chez vous ! » déclare Resistanza Corsa sur un forum histoire de mettre les choses au point. Nous, toujours en vacances, on parie honteusement sur la confraternité des colonisés en prenant une pointe d'accent et en se déclarant Basques.Toute la presse locale s'empare de l'Affaire. On est pour, on est contre. Puis la médiasphère nationale (TF1, Canal+, France 2, et Le Monde daté du 28 août…). Bientôt CNN…
Comment dénouer la crise ? Comment sortir de l'impasse ? Facile. En cas de crise grave, on le sait maintenant, Nicolas monte au créneau. Et justement, Nicolas arrive. A Saint Florent, pour dénoncer l'inacceptable racket qui sévit sur l'île et donc, comme l'indique immédiatement Unita Naziulale dans un communiqué à visage découvert, pour faire l'amalgame entre délinquance et nationalisme. C'est bouclé. Tout est en ordre.
Back to Paris
Pour définir les techniques de lecture rapide, Woody Allen disait « Guerre et paix : ça parle de Russie ». Les Bienveillantes, 900 pages, ça donnerait « Un officier SS franco-allemand, criminel de masse, matricide et sodomite, plutôt dérangé sur un plan gastrique et intestinal, se con-fusionne avec sa sœur jumelle ». En passant, on peut d'ailleurs dire, en évitant toute contrepèterie déplacée, que le sodomite a le cul bordé de nouille. Il s'en tire toujours. Il termine même obersturmbannfürher. Et j'arrive à le dire en mangeant des cacahuètes.
Les vacances sont un moment suspendu, un intervalle de réflexion intense, de retour sur soi. Tout stress évacué, elles permettent de s'arrêter, de revenir sur les douze mois passés, de faire le point, d'oublier Sarko, DSK, les Vélibs. Qu'ai-je appris? Qu'ai-je réussi? Qu'ai-je raté? Ai-je toujours été en accord avec ma conscience, mes quelques convictions? Ai-je vraiment progressé? Me suis-je conduit humainement et dignement avec ceux qui sont mes amis, avec tous les autres, avec Ségolène ? Ai-je consacré à ma famille le temps qu'elle mérite? Et puis fait chier, si on s'en jetait un sur le port… On fera la thérapie flash pendant le voyage du retour.
Je me suis mis au vélo, boboïsme oblige et Paris le veut. Je n'avais pas mis les pieds depuis deux ans au Centre Pompidou. Un coup de pédale hollandaise et m'y voilà. Un passage par les expositions, par le musée, par les tripes façadières du lieu, et un long moment dans la librairie. Je feuillette un ouvrage récent, Performance Art in China Today. Beaucoup de belles choses et soudain une photo vaguement dérangeante: l'artiste conceptuel 
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