Les Bienveillantes; Jonathan Littell. Lire en vacances

blobel.jpgPour définir les techniques de lecture rapide, Woody Allen disait « Guerre et paix : ça parle de Russie ». Les Bienveillantes, 900 pages, ça donnerait « Un officier SS franco-allemand, criminel de masse, matricide et sodomite, plutôt dérangé sur un plan gastrique et intestinal, se con-fusionne avec sa sœur jumelle ».  En passant, on peut d'ailleurs dire, en évitant toute contrepèterie déplacée, que le sodomite a le cul bordé de nouille. Il s'en tire toujours. Il termine même obersturmbannfürher. Et j'arrive à le dire en mangeant des cacahuètes.
Ecrivant un peu moi-même, j'hésite toujours à gloser sur ce qu'un autre a écrit. Mais là, j'ai envie. Le bouquin a fait parler de lui et de son auteur à la rentrée dernière. Il y a eu scandale, éloges, des articles et, depuis, des livres sur le livre. Il a eu des prix. On a dit que Les Bienveillantes était un phénomène littéraire. Je le pense aussi.
Un curieux bouquin, en tout cas, un vagabondage triangulaire et souterrain  entre mort, sexe et merde, les trois exhalant leur bouquet visqueux tout au long d'un texte continu, sans retour à la marge, ou presque, qui coule comme une longue fresque excrémentielle et musicale, pour reprendre un symbolisme cher à l'auteur. On circule dans les sous-sols du corps, des villes et de l'humanité.
Un livre fascinant, c'est vrai, qui nous place d'emblée dans la position du voyeur. Car faire de nous le spectateur repu et satisfait d'une horreur méthodique, celle de la solution finale entre 41 et 45, narrée à la première personne, tel semble être l'objectif. Un livre qui, semble-t-il, veut chatouiller un peu le monstre qui sommeille en nous - dans notre sous-moi - et n'attend qu'un signe pour s'étirer. De fait, l'ouvrage fournit à la scène culturelle un équivalent littéraire au docu-fiction et à la télé réalité. En invoquant aujourd'hui la solution finale de façon parfaitement référencée, détaillée, documentée, l'auteur nous invite à découvrir qu'éliminer quelques millions d'hommes, femmes et d'enfants à coup de pelle, de gaz, de balle, d'obus, de barre de fer, de corde, de tout, quoi, ça n'est jamais que « faire bord » avec un syndrome d'élimination persistant, à commencer par celle de Régine à La Ferme, des victimes hebdomadaires de toutes les Staracs du genre ou la reconduction aux frontières des clandestins indésirables. Tout cela est donc la norme d'une société normale. On élimine dans ce livre toutes les matières possibles, par toutes les voies possibles : vomissure, diarrhée, menstrues, sperme, sueur, cervelle, viscère et, bien sûr, sang. Ca évacue à tout va, sur fond de destruction par un corps social malade d'une partie haïe de lui-même. Belle métaphore. Mais quand même…
Quand même… Littell est juif, né à New York en 1967. Le même livre, écrit par le petit fils d'un milicien aurait sans doute connu un destin différent. Il est écrit à la première personne. Ca n'