Commerce équitable
Sunday, September 30, 2007
Entrepreneurs, commerciaux agressifs, fins stratèges ayant accédé sans frilosité aux marchés internationaux, tels apparaissent les Talibans qui, aux yeux des grandes agences de notation, mériteraient le haut du tableau. Qui, en effet, peut bien se prévaloir de telles performances ? Une réussite qui allie avec grâce l'ambition mondiale et la tradition locale. De 2001 à 2007, le nombre d'hectares de pavot cultivés a été multiplié par vingt-cinq. 17% de croissance entre 2006 et 2007. Une part de marché mondiale qui avoisine les 93%, soit un « leader dominant » au sens bostonien du terme. 13% du PIB de l'Afghanistan. Même Google ôte sa casquette, baisse la tête et met un genou à terre ! Bravo. Une capacité d'adaptation à faire rougir nos multinationales : la paysannerie locale a bien compris que passer du blé, qui rapporte environ 500 dollars l'hectare, au pavot qui en rapporte plus de 5000, représentait un strategic shift prometteur. Pour la première fois, l'offre supplante la demande et donc - client first - les prix vont baisser !
Faisons confiance aux Talibans, cette manne financière sera bien vite réinvestie pour le développement du peuple : écoles et universités coraniques où davantage d'enfants lobotomisés pourront ingurgiter et resservir le Texte par cœur - à l'exclusion de tout autre savoir, jugé démoniaque -; hôpitaux flambant neufs où de nombreux patients hommes pourront se faire soigner par des médecins hommes qui ainsi pourront s'acheter ainsi beaucoup de filles très jeunes; une recherche dynamique bien concentrée sur le nucléaire naturellement civil avec le soutien passionné de quelques puissances occidentales. Heureuses de disposer de quelques fonds supplémentaires, elles pourront ainsi réinvestir dans l'équipement toujours plus sophistiqué de leur brigade des stupéfiants…
Enfin libre, enfin autonome, l'Afghanistan n'aura plus besoin de ses bailleurs de fonds habituels, ces quelques démocraties occidentales ou royaumes du Moyen Orient qui autrefois offraient aux combattants de quoi shooter des hélicoptères soviétiques avec des missiles de première bourre. Au prochain ball-trap, les cibles ne seront pas rouges. Non, le pays pourra négocier directement avec quelques intermédiaires faiblement pro-occidentaux.
Grâce à quoi, enfin, les people de tous les PAF et de toutes les jet-set de l'occident chrétien pourront se faire péter la radiale, la tibiale antérieure et, pour les plus souples, la sous-claviculaire - quand il ne reste qu'elle de propre.
Oui, un produit simple, un produit beau, un produit naturel. Sans OGM. Très Grenelle.
Avec le pavot, c'est le client qui mute.
Vignette: le pavot
Je suis né dans l'Aube, de parents champenois et charentais, des racines plutôt marquées qui me prédisposait naturellement à travailler un jour avec Moët-Hennessy. Ce qui arriva, plusieurs missions passionnantes pour l'esprit et dévastatrices pour mon foie, la découverte, ivre mort, des hostess clubs dans les caves de Séoul, à hurler Hotel Californa dans le karaoke privé du distributeur local, le rendez-vous du lendemain, quand je vois mes interlocuteurs bouger à la façon façon saccadée des mauvais systèmes de vidéoconférence, migraine… Tout ça pour dire que je ne suis pas animiste. Assez terre-à-terre sur fond judéo-chrétien. L'esprit de la vie, qui parcourt et relie le végétal, l'animal, l'humain et l'au-delà dans une continuité naturelle et magique, ça n'est pas mon tarot. Pourtant…
La chasse royale va bon train. A se demander qui aura le privilège d'installer le massacre dans sa cage d'escalier. On cherche en vain qui n'a pas encore tiré son missile sur la sainte, enfin révélée, enfin martyre ? Même Lionel accepte enfin - mais bien tard - d'avouer qu'il était de mon avis : Ségolène était une bavure électorale, une erreur de casting, un avatar politico médiatique issu d'une second life improbable, qui détruit aujourd'hui la matrix qui l'a engendrée, le PS. Combien faudra-t-il de livres à jaquette rose pour nous expliquer ce que nous savions tous déjà, ce que nous dénoncions alors, tancés par nos amis socialistes qui nous disaient à longueur de dîner en ville que Sarko était dangereux et que Ségo c'était - comment disait-on? - une autre façon de faire de la politique. On a vu la façon. Le PS est à terre. Même le couple n'y a pas résisté.
Nicolas Sarkozy n'a jamais vraiment subi le rejet, l'impopularité dans la durée, ces longues traversées du désert où les plus faibles rejoignent pour le compte le grand ossuaire du politique. Un peu de ridicule, certes, lorsqu'en 95 son champion pommadé s'essouffle et se fait coiffer dans le virage des Tribunes par un mangeur de pommes. Ou bien lorsque plus tard, la presse s'empare d'un petit désordre affectif et conjugal, vite réglé, mais quand même. Majoritairement impopulaire, durablement impopulaire, non, il n'a pas connu, quelle que soit la violence inefficace du récent TSS et les pamoisons de la famille Royal de Hollande.
Les basses ont noyé le boulevard vers quinze heures, des basses tsunamiques à décrocher les burnes d'un percheron, la Techno Parade commençait. Boum - boum - boum - boum - boum… J'étais au balcon, à regarder passer le flot, un torrent de têtes et de bras levés, agglutinés aux culs de camions bariolés, dans la vibration des baffles empilés, avec le désordre canalisé des mouettes au cul des chalutiers. Ici le pêcheur est DJ, plutôt rasé et fait route au 160, sur République Bastille. Il a du monde dans les filets. Je regardais ça de là-haut. On va attendre un peu pour aller chez Picard. "Mes observations prirent d'abord un tour abstrait et généralisateur. Je regardais les passants par masses, et ma pensée ne les considérait que dans leurs rapports collectifs. Bientôt, cependant, je descendis jusqu'au détail, et j'examinai avec un intérêt minutieux les innombrables variétés de figure, de toilette, d'air, de démarche, de visage et d'expression physionomique." dit Edgar Poe dans L'homme des foules (traduction Ch. Baudelaire).
Amusant, Yasmina Reza est l'anagramme de yesman razia et donc, à un détail près, renvoie bien à la politique d'ouverture engagée par son héros.
Les universités se réveillent avec une nouvelle loi, promulguée au cœur du mois d'août. Valérie Pécresse a publié un "livret" qui en vante les mérites. Cette loi "porte les fondements de la réforme de l'enseignement supérieur qui se déploiera au cours des cinq prochaines années". Elle donne à l'université "les moyens et la liberté indispensables pour être plus réactive et plus agile dans la compétition mondiale de la connaissance".
La radio l'a annoncé ce matin, George W Bush observera aujourd'hui une minute du silence en mémoire des victimes du 11 septembre 2001, ce qui lui donne la possibilité (i) de ne pas dire de connerie pendant ladite minute et (ii) de réfléchir au
La Chine ne menace pas que l'Europe. L'Asie aussi voit la puissance du dragon avec d'autant plus d'inquiétude que les relations de voisinage n'ont pas toujours été cordiales. La diaspora est partout, souvent puissante, victime traditionnelle de la méfiance, voire de pogroms comme aux Philippines ou en Indonésie. La voilà soudain adossée au grand frère qui non seulement ne la rejette plus, mais qui compte sur elle pour asseoir une partie de son développement international. Autrefois peu expansionniste, la Chine sinisait mécaniquement les peuples qu'elle absorbait. Aujourd'hui, héritage du timonier sanguinaire, elle se projette. Elle est ouvertement, presque violemment nationaliste.
Certains disent « soyons La Gauche ! Revenons sur des concepts simples. » Gauche, le mot miracle, un concept fédérateur et refondateur. De quoi mettre au rancard, et sans regrets, un « socialisme » ringard, mue désertée d'une idée qui, autrefois, allait son chemin. "Oui chef, mais la route, justement, n'est plus vraiment tracée !" "Certes, mais roulons quand même à gauche…" "Avec une conduite à droite?" "Pourquoi pas, c'est plus sûr, non ?" "Oui, mais alors ça veut dire quoi, être de gauche ?" "Facile ! La gauche est à gauche de la droite… enfin, c'est un exemple." "C'est sûr… mais encore." "Et la gauche est moins à gauche que l'extrême gauche qui n'est plus révolutionnaire mais simplement anticapitaliste." "Comme toute la gauche, alors ?" "Oui, mais notre gauche à nous reste malgré tout à la gauche du centre avec qui elle pourrait faire bord." "Quel Centre ?" "Oui, c'est juste, enfin, plus vraiment au centre depuis que la droite s'est ouverte sur sa gauche pour déstabiliser la droite de la gauche." "C'est adroit, non ? Mais alors où est le centre ?" "Là-haut, le type assis tout seul, tout vert." "Le centre est passé Vert ?" "Non, non, les Vert se recenrent, en fait, et réfléchissent sur la proportionnelle." Etc. En réalité, le référentiel idéologique de la gauche a implosé depuis longtemps. D'autres l'ont compris, outre-manche ou ailleurs, pas les socialistes français. La force idéomotrice qui animait le parti a décliné. Ne restent que les sentiments. La pétole est totale. Depuis cinq ans le bateau avançait sur son aire et faisait illusion. Ca tangue un peu. Le skipper est comateux. Certains sont malades. D'autres ont quitté le navire. D'autres ont bu la tasse, fascinés par le chant d'une sirène. Maintenant, chacun vaque à ses petites affaires. Quelques jeunes, qui y croient encore, se sont mis à plusieurs pour souffler dans les voiles du Hollandais Volant. C'est sympathique. Et dérisoire. Pour faire genre, Bertrand Delanoë, maire de Paris (Fluctuat nec Mergitur), écrit dans Le Monde que « Gestion, compétition, évaluation, ne peuvent rester en dehors de notre corpus idéologique. Certains, au PS, ne l'accepteront pas ».
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