A droite toute!

hollandais.jpgCertains disent « soyons La Gauche ! Revenons sur des concepts simples. » Gauche, le mot miracle, un concept fédérateur et refondateur. De quoi mettre au rancard, et sans regrets, un « socialisme » ringard, mue désertée d'une idée qui, autrefois, allait son chemin. "Oui chef, mais la route, justement, n'est plus vraiment tracée !"  "Certes, mais roulons quand même à gauche…"  "Avec une conduite à droite?"  "Pourquoi pas, c'est plus sûr, non ?"  "Oui, mais alors ça veut dire quoi, être de gauche ?"  "Facile ! La gauche est à gauche de la droite… enfin, c'est un exemple."  "C'est sûr… mais encore."  "Et la gauche est moins à gauche que l'extrême gauche qui n'est plus révolutionnaire mais simplement anticapitaliste." "Comme toute la gauche, alors ?"  "Oui, mais notre gauche à nous reste malgré tout à la gauche du centre avec qui elle pourrait faire bord."  "Quel Centre ?"  "Oui, c'est juste, enfin, plus vraiment au centre depuis que la droite s'est ouverte sur sa gauche pour déstabiliser la droite de la gauche."  "C'est adroit, non ? Mais alors où est le centre ?"  "Là-haut, le type assis tout seul, tout vert."  "Le centre est passé Vert ?" "Non, non, les Vert se recenrent, en fait, et réfléchissent sur la proportionnelle." Etc. En réalité, le référentiel idéologique de la gauche a implosé depuis longtemps. D'autres l'ont compris, outre-manche ou ailleurs, pas les socialistes français. La force idéomotrice qui animait le parti a décliné. Ne restent que les sentiments. La pétole est totale. Depuis cinq ans le bateau avançait sur son aire et faisait illusion. Ca tangue un peu. Le skipper est comateux. Certains sont malades. D'autres ont quitté le navire. D'autres ont bu la tasse, fascinés par le chant d'une sirène. Maintenant, chacun vaque à ses petites affaires. Quelques jeunes, qui y croient encore, se sont mis à plusieurs pour souffler dans les voiles du Hollandais Volant. C'est sympathique. Et dérisoire. Pour faire genre, Bertrand Delanoë, maire de Paris (Fluctuat nec Mergitur), écrit dans Le Monde que « Gestion, compétition, évaluation, ne peuvent rester en dehors de notre corpus idéologique. Certains, au PS, ne l'accepteront pas ».
Et pour cause… des idées de droite, me semble-t-il.

Vignette : The Flying Dutchman; Albert Pinkham Ryder; 1887

Commentaires (15) to “A droite toute!”

  1. Le grand désarroi qui envahit le peuple de gauche l’amène à s’accrocher désespérément à ce concept basique dont le socle émotif historique dispense temporairement de tout contenu précis.Tristement pratique pour masquer des errements désordonnés dans la topographie des idées.

    Charles’ n’est pas très charitable : quand votre référentiel idéologique a explosé, en fait, vous êtes un quasi-sinistré. Tragi-comédie à la française .
    Disons bêtement que si l’anglais est pragmatique , l’allemand lourdement réaliste, l’italien est élégamment réaliste, l’espagnol travailleur (l’air de rien), etc … alors le français est d’abord et avant tout idéologue.

    Donc deux générations sont nécéssaires pour qu’il constate (à contre-coeur) que ses idées ‘généreuses’ et ‘utopiques’ se sont fracassées sur la réalité [de ses exigences d’un certain niveau de vie ]. De là le manque de carburant dans ‘la force idéomotrice’

    Fin d’un cycle utopique , d’un illusion , d’un hiatus ? .
    Ou simple rémission ? : on voit mal le français ne pas se sentir une mission historique de ‘résister’ au soi-disant système. Et “Gestion, compétition, évaluation” auront encore pour longtemps un goût d’huile de foi de morue.

  2. Francis Fukuyama avait donc raison ?

  3. Bonjour,

    Le communisme s’est effondré en 1990. Au tour du socialisme…?

  4. L’impact de la globalisation n’a pas fini de surprendre les idéologues, en France comme à Washington. Ici (Hong Kong où je suis aujourd’hui), l’idéologie est à la corbeille, mais celle de la bourse. En dehors de l’Islam radical, qui récite son réel sourate après sourate et a réponse à tout, le flottement est plutôt général.

  5. Charles est à Hong Kong, le jour où l’A380 survole son port…Coincidence ou espionnage…Perso, je m’interroge !

  6. Ah mon cher Charles! Qu’il doit etre doux de faire partie de cette fameuse droite decomplexee… Je vous envie parfois cette aisance.
    Mais que celle-ci ne vous aveugle pas, garre a vos ailes!
    Ce n’est pas seulement la gauche que votre president a laminee, c’est toute la classe politique! Qui reste t’il? Ou est le centre aujourd’hui (bon c’est un exemple hein, parce qu’on s’en fout un peu quand meme)? Qui peut se targuer de proner une contestation serieuse, a defaut d’alternative? Qui ecoute t’on?

    La gauche se cherche? Ne vous inquietez pas trop pour elle, elle se trouvera necessairement. Et ce, juste le temps que votre droite se perde dans la facilite et l’autosuffisance de son pouvoir absolu.

    ps: Vous excuserez les defauts d’accentuation, je n’ai pas encore trouve la touche sur les claviers de mon pays d’adoption.

  7. Bonjour Charles,

    Cela faisait un moment que je n’étais pas passé par ici, mais je constate que le ton n’y a guère changé. C’est la continuité dans la rupture !

    Le propre d’une idéologie — par opposition à une simple idée, doctrine ou modèle — c’est de rester à un stade non-discursif. À un moment historique donné, elle englobe la totalité des possibilités de penser. S’il vous apparaît qu’il n’existe aucune alternative à la mondialisation de l’économie libérale, il y a de gros risques pour que cela trahisse précisément la nature profondément idéologique de cette vision.

    Soutenir qu’aujourd’hui, l’idéologie dominante serait le socialisme ou le communisme ou je ne sais quel crypto-gauchisme, et qu’en revanche la confiance aveugle dans le marché et la cécité forcenée face à ses effets délétères relèverait de l’audace, de la nouveauté, de la rupture (comme dirait l’autre) ou, pourquoi pas, de la dissidence, voilà qui a au moins le mérite de l’humour ! Ce qui est frappant (et très logique, tenant à la nature même de l’idéologie), c’est que l’idéologue, c’est toujours l’autre.

    Quant à la captation de tout l’échiquier politique par Nicolas Sarkozy, c’est un élément alarmant entre tous. Réunir les références de gauche (Jaurès, le Front Populaire) et les thématiques traditionnelles de l’extrême-droite (l’immigration, l’insécurité, la patrie, les valeurs familiales traditionnelles, la restauration de l’autorité, la vie spirituelle des individus, etc.) esquisse les contours boursouflés d’un énorme parti unifié qui tend à devenir le parti unique. À en croire le Président de la République, le simple fait de pouvoir désirer autre chose que ce qu’il accomplit en personne, c’est déjà en soi (et au choix) un crime de lèse-majesté (quatre mois de prison ferme à un jeune homme qui avait insulté Nicolas Sarkozy, six mois à un SDF pour le même motif), une trahison envers le pays (qui parle par la voix de son chef charismatique) ou un signe de folie (puisque les “faits”, le “bon sens” et la “majorité silencieuse” ont la force de l’évidence, à défaut de qualités plus subtiles).

    Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski distinguent cinq symptômes du totalitarisme : un parti unique contrôlant l’appareil d’État et dirigé par un chef charismatique ; une idéologie d’État promettant l’accomplissement de l’humanité ; un appareil policier recourant à la terreur ; une direction centrale de l’économie ; un monopole des moyens de communication de masse. Toute ressemblance avec des dérives (encore embryonnaires, je vous l’accorde, par rapport à ce qu’elles pourraient devenir) actuellement constatées en France ne relèverait, bien entendu, que d’une idéologie aussi abjecte qu’obsolète (et qu’il conviendra de traiter en conséquence)… N’est-ce pas ?

  8. La gauche se trouvera, Fab#1, c’est sûr, puisqu’elle s’explore. Mais où? Et quel schéma pour quel corps (de doctrine).
    Le retour du mot “gauche” est rassurant, puisque l’axe droite-gauche ne reflète plus rien.
    Ca laisse un peu de marge.
    Non?
    Domino, oui, c’était joli…

  9. L’effondrement idéologique de la gauche ? En fait je n’y crois pas trop. L’effondrement politique de la gauche, oui, c’est un constat. Mais l’effondrement idéologique…

    Premièrement, comment voulez-vous supprimer une idéologie ? Dès qu’il y a eu une personne pour la penser, je crois qu’elle ne s’effacera jamais vraiment. L’opinion est la seule chose qui n’appartient pas au Roi rappelait Vauban à Louis XIV…

    Ensuite, si l’idéologie de la gauche s’était effondrée, pourquoi Sarkozy a t-il baissé culotte devant l’UNEF sur la réforme de l’Université, totalement incomplète ? Pourquoi le non remplacement de 0,8% des effectifs de la masse enseignante (11000 postes) fait-il scandale ? J’ai pris 2 exemples récents, il y en a beaucoup d’autres…

    On se moque de la droitisation de la gauche. Mais n’avez vous pas remarqué que depuis plusieurs années déjà la droite a repris tous les concepts de la gauche ? Par exemple, en France il n’y a aujourd’hui qu’une pensée du social, inspirée par la gauche. Il n’y a pas de vision de droite du social, sauf peut-être chez certains radicaux valoisiens.

    Enfin, moi, je suis centriste donc…

  10. Fabien, oui, je suis assez d’accord avec la gauchisation de la droite, qui ne date pas d’hier. Et c’est plutôt rassurant. Pour la droite. De même que le capitalisme moderne a su intégrer le marxisme mieux que ne l’ont fait les sociétés communistes.
    Ne pas confondre idéologie, opinion, stéréotypes. Que disent les socialistes en nous parlant de leur “logiciel”? Parlent-il simplement de l’exécution de leur méthodes?
    Lorsque les croyances qui sous-tendent, à un moment donné, une idéologie se révèlent inopérantes, l’idéologie s’efface progressivement. D’accord, il reste toujours un carré des braves pour faire tribune, mais cela reste un guignol marginal.

  11. Tiens, je suis interdit de commentaires ?

  12. Oups ! Je ne sais si les bugs viennent de mauvaises manips de ma part. Si c’est le cas, veuillez m’en excuser, Charles.

  13. Antoine, non, apparemment ça marche. Vous avez eu des problèmes?

  14. Oui, par deux fois, mon commentaire (assez long) a été inscrit avec la mention “en attente de modération”. Puis il a disparu. Puis il a réapparu, avec la même mention. Maintenant, il a à nouveau disparu…
    Je n’y comprends goutte. Cela pourrait-il provenir d’un mot interdit ? Mais, lequel ? Il n’y a évidemment rien de grossier ni d’insultant dans mon post.
    Mystère.

  15. Merci, Charles, pour avoir rectifié. Tout est en ordre à présent.

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