D’un 9/11 l’autre

intel.jpgLa radio l'a annoncé ce matin, George W Bush observera aujourd'hui une minute du silence en mémoire des victimes du 11 septembre 2001, ce qui lui donne la possibilité (i) de ne pas dire de connerie pendant ladite minute et (ii) de réfléchir au 11 septembre 1973 , ce moment d'histoire au cours duquel le général Pinochet inaugurait à Santiago du Chili - avec l'aide des USA - une façon nouvelle et vivifiante d'exercer la démocratie. Allende - dont on peu légitimement critiquer certaines options - était renversé et le « virus », son régime selon les termes d'Henry Kissinger, était extirpé. Le compte officiel des victimes de ce premier 9/11 fait état de 3,200 morts. Peace upon them. La réalité est probablement proche du double ce qui, ramené à la population américaine, porterait le nombre de victimes autour de 100,000. Sans compter les 30,000 et quelques autres qui seront interrogés courtoisement dans les prisons de la junte et qui, selon le même calcul, correspondraient à quelques 700,000 Américains. C'est ce que fait remarquer Noam Chomsky dans Interventions , une série de tribunes proposées par l'intellectuel au NY Times entre 2002 et 2007, tribunes jamais publiées parce que politiquement incorrectes dans une Amérique désireuse avant tout de venger ses morts et de casser du mahométan à Kaboul et à Bagdad. A l'irrationnel, réponse irrationnelle. Résultat sans appel.
Chomsky nous promène dans un paysage où l'Amérique dominante mais paranoïaque, par messianisme, intérêt et maladresse, a transformé en quelques décennies le monde en une poudrière atomique qui incite avant tout à profiter des vacances. Tant qu'on en a. Tout est parfaitement posé dans le livre, avec le talent polémique de l'auteur. C'est d'ailleurs une conviction que j'avais exprimé ici . A horizon de dix ans, la probabilité qu'un feu nucléaire soit déclenché quelque part, intentionnellement ou non, est très haute. Le choc du sous développement, le choc des cultures et des religions, l'accès crucial aux ressources énergétiques et la volonté américaine de les contrôler et de contrôler le monde, l'émergence de l'Asie comme puissance stratégique, la dissémination du savoir-faire nucléaire, tout cela nous mène vers un Nouveau Désordre Mondial dont les rues de Bagdad sont aujourd'hui la sanglante ébauche.

Vignette: Un porte parole de la CIA entrain de révéler les principales sources de renseignement qui ont justifié l'intervention en Irak en 2003. "Vous remarquerez que le point de vue unique du président lui donnait des raisons d'envahir que personne n'était en position de corroborer". 

Commentaires (12) to “D’un 9/11 l’autre”

  1. Malheureusement, il faut un mot de passe pour lire les articles de Chomsky dans Interventions.

  2. Le raccourci entre les deux date n’est pas signifiant. Celle de 73 s’inscrit dans une lutte globale contre l’expansion communiste,et ce, depuis 1944.
    Les USA ont été les seuls à vraiment mener ce combat et ont donc usé de méthodes plus que criticables sur un plan philosophique. Avec leur cynisme pragmatique habituel joint à leur brusquerie atavique, ils ont régulièrement mis les mains dans le camboui, pour les ressortir régulièrement et ostensiblement ensanglantées.
    Le débarquement américain s’est aussi bien fait contre le nazisme que contre l’avancée soviétique. Et Hiroshima ne s’explique que de la même façon. Ainsi que de multiples autres conflits.
    Et ce, pendant que la partie européenne du monde occidental faisait souvent preuve d’une diplomatie et d’une géo-politique très réaliste vis à vis de l’ours soviétique. Sans parler de la fascination des intellectuels pour ce modèle de société.

    Bon, après coup, on a compris, mais après coup seulement, que ce modèle portait en lui-même un virus natif probablement irrémédiable.
    Mais face au communisme montant des années 30, vainqueur dans les années 40, tromphant et impérialiste dans les années 50 et 60, les USA ont préféré la ceinture et les bretelles.

    Et dans ce contexte ils n’ont pas admis que l’Amérique latine se transforme en un gigantesque Cuba. Ni d’autres régions du monde … D’ailleurs qui sait si cela n’aurait pas profondément modifié le cours de l’histoire du monde qu’on dit prétendument ‘libre’ ? (auquel je suis bêtement attaché malgré le ‘prétendument’)
    Bien entendu, nos cowboys sont des gens pratiques, et, en bon maquereau, ils ont profité de l’occasion pour se servir sur le dos des bêtes qu’ils protégeaient des griffes soviéto-marxisantes.Tout travail mérite salaire.

    Pour le Chili , s’est vraiment con, parce que cet Allende,- s’il n’avait pas été renversé ou éliminé par moins humaniste que lui- , aurait fait du bon boulot … d’ailleurs il avait une bonne tête.

    Bon , pardon charles’ , d’encombrer votre blog par ces banalités.

  3. Bonjour Charles,

    Excellent billet, bon bouquin et auteur passionnant. Le parcours de Chomsky — de la sémiologie à la contestation politique — est singulier.

    Le simple fait que cet auteur (et quelques autres) ait un poste à l’université, au MIT, (est-ce un bienfait de “l’autonomie des universités” américaines ?), puisse éditer et diffuser ses livres, soit invité un peu partout, etc., prouve si besoin était la profondeur de l’ancrage démocratique aux USA. De ce point de vue, il y a vraiment un héritage culturel différent entre l’Amérique et la vieille Europe, et singulièrement la France.

    Là-bas, on peut voir un auteur comme Chomsky publier et enseigner, alors qu’il ne cesse de critiquer très durement la politique de son pays. Ici, le Ministère de l’Intérieur convoque un éditeur en dehors de toute démarche légale pour faire pression sur lui et empêcher la publication d’un livre qui déplaît au pouvoir. Différence de culture et de tradition qui tient moins à un plus ou moins grand autoritarisme des institutions qu’à des attentes citoyennes profondément différentes. L’attitude vis-à-vis de la liberté d’expression (premier amendement vs loi Gayssot) est significatif.

    En revanche, le catastrophisme de Chomsky est peut-être (j’espère !) exagéré. Je ne suis pas convaincu que le risque atomique soit plus élevé aujourd’hui qu’aux plus beaux jours de la guerre froide. Souvenons-nous de la Baie des Cochons, des missiles de Cuba, etc. En bien des occasions, on est passé très très très près du boum final.

    Concernant l’émergence de la Chine, on peut considérer qu’elle a d’ores et déjà perdu le combat idéologique, le parti au pouvoir n’ayant plus de communiste que le nom. Mais, en effet, l’affrontement pour les ressources énergétiques et le droit au développement me semble inévitable. On voit aujourd’hui l’attitude des USA devant la prétention de l’Iran à se doter de centrales nucléaires civiles (et notre Sarkozy, adulé par les Amricains, emboîte leur pas martial). Les ressources pétrolières diminuant et, accessoirement, les impératifs écologiques devenant plus pressants), l’énergie nucléaire sera dans l’avenir le passage obligé du développement de toute grande nation. On n’entend d’ailleurs guère les protestations et les menaces américaines vis-à-vis du nucléaire chinois. Même Nicolas Sarkozy semble avoir quelque pudeur à montrer ses petits muscles face à l’Empire du Milieu, c’est dire !

  4. PS : D’où est tirée l’illustration ?

  5. @ Antoine,
    Faites une recherche sur Google images en tapant simplement Mr Fish et vous trouverez beaucoup de ses cartoons qui sont excellents dans l’ensemble.
    Sur Chomsky, curieusement il dénonce l’ostracisme qu’il doit subir de la part de la presse américaine. Et sur le risque nucléaire, l’article d’hier dans Le Monde semble donner raison à son pessismisme et fait de l’Iran le pivot du risque. C’est un bon article nunacé mais inquiétant.

  6. Merci Charles.
    Mr Fish est le pseudonyme d’un dessinateur de presse de Los Angeles (son vrai nom est Dwayne Booth). Il publie ses dessins notamment dans “L.A. Weekly”, “MSNBC” et “Truthdig and Harper’s Magazine”.
    Très anti-Bush, apparemment.

  7. Celui n’est pas mal et illustre bien aussi le sujet :
    http://relocalize.net/files/HarpersCartoon_goodconscience.jpg

  8. @ Antoine, merci pour ces données. Ce cartoonist est remarquable. Tout est drôle. Le dessin et la palette de couleurs sont très élégants.

  9. pinochet etait un salaud ayant impose au chili des annees de dictature.
    Ceci dit, votre “Allende, dont on peut critiquer certaine option” est un peu leger.
    Allende voulait, et ne s’en ait jamais cache, mettre en place au chili une “dictature du proletariat”(mode de democratie “nouveau et vivifiant” effectivement).
    Or, arretez moi si je me trompe, mais je ne vois dans l’histoire du 20ieme siecle aucune dictature du proletarait qui ne se soit pas transforme en bain de sang.
    Allende n’a jamais cache son admiration pour Staline, Mao et Castro. Il avait organise des milices se livrant a des campagnes d’executions, et des dizaines de milliers de guerilleros s’entrainaient dans la jungle pour le grand soir, avec la benediction d’Allende.
    Allende n’etait rien d’autre qu’un dictateur. (qu’il ait ete elu n’y change rien, pour memoire Hitler aussi avait ete elu. ce qui fait le dictateur est la facon dont on veut se maintenir au pouvoir, ie la dictature pour Allende)
    Quant-a l’atomisation du monde, elle serait la faute des USA, vraiment? Les USA n’ont eu la bombe que quelques semaines avant les nazis. Auraient-ils du laisser les nazis la construire en premier? c’est une opinion. Par la suite la russie, la chine, ont construit leurs propres bombes. La faute des USA? (peut etre pensez vous que la russie et la chine y auraient renonce si les USA avait abandonner la leur) Puis l’Inde, le Pakistan, la Coree du Nord. Avec l’appui des USA j’imagine.
    Quant-a la pseudo volonte des USA de “casser du Mahometant” comme vous dite. Vous n’etes pas fatiguer d’inverser les roles? Les fanatiques islamiste crient tous les jours leur haine de l’occident, voyez vous souvent sur la place publiques les occidentaux hurler leur haine du moyen orient? Ce sont sans doute les evangelistes americains qui posent des bombes dans les rues de bagdad? Il est vrai que l’amerique est intolerante, rien a voir avec l’Iran ou l’arbie saoudite, pays ou le fait de construire une chapelle est passible de la peine de mort.
    Sans les ingerence etats-unienne la sharia revelerait sans doute un visage tout different, fait de tolerance et d’amour. AAhhh!! c’est pas les talibans qui seraient permis de parler de casser de l’infidel!!!!
    Alors que les americains, a peine on leur jette des avions dans les tours, et ils s’imagine qu’on leur veut du mal!!! ils sont parano !!

  10. @Charles e.
    Certes, on peut voir les choses ainsi. Le “léger” d’Allende était un understatement… pardon. Je ne suis pas naïf.
    Quant aux Américains, je ne les blâme pas “en général”. J’en connais deux qui sont très bien. Les critiquer, ou critiquer l’administration Bush, ne signifie pas absoudre les dingues qui sont en face. Et au final, ce sont les enfants irakiens qu’on ampute. Mais la puissance américaine donne au pays un poids et une responsabilité particulière. A ce jour, nous n’avons vu qu’une irresponsabilité particulière dans l’affaire. Une affaire qui, justement, tourne au vinaigre. Je pense que Kouchner a raison de dire “préparons-nous à la guerre”.

  11. @charle e :
    Je ne sais pas si les Américains “rêvent de casser du mahométan”, en tout cas ils le font : approximativement 200 000 morts entre l’Afghanistan et l’Irak (approximativement, parce que si les GI prennent soin de dénombrer méticuleusement chacune de leur perte, personne ne se soucie de comptabliser les victimes indigènes). Les victimes étant très majoritairement des civils, femmes et enfants. De plus, vous “oubliez” que l’Irak n’avait strictement rien à voir avec le 11/09, mais j’imagine que cela vous importe peu puisque vous vous situez visiblement dans une opposition “eux contre nous” (eux = les mahométans !).

    @Charles :
    Oui, sauf sur Kouchner.

  12. Renseignements pris, mon approximation était largement sous-estimée et correspondait à la situation de 2004. Aujourd’hui, le temps faisant son œuvre, le nombre des victimes irakiennes est évalué, suivant les sources, entre 700 000 et 1 220 000 !

    Parle-t-on là d’une guerre juste, si l’on considère que la quasi-totalité de ces victimes sont des civiles innocents, que le régime de Saddam Hussein (pour lequel je n’avais aucune sympathie, faut-il le préciser ?) n’avait aucune responsabilité dans les attentats du 11/09, et que ceux-ci ont causé “seulement” 2973 morts ?

    Je sais que cela ne se fait pas de se livrer ainsi à ce que d’aucuns appellent un décompte macabre, une ignoble comparaison ou une comptabilité obscène. Mais je sais aussi que ceux qui disent cela — étrange coïncidence — sont ceux qui tuent le plus.

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