Le premier échec de Sarkozy (Par Olivier Postel-Vinay)

university.jpgLes universités se réveillent avec une nouvelle loi, promulguée au cœur du mois d'août. Valérie Pécresse a publié un "livret" qui en vante les mérites. Cette loi "porte les fondements de la réforme de l'enseignement supérieur qui se déploiera au cours des cinq prochaines années". Elle donne à l'université "les moyens et la liberté indispensables pour être plus réactive et plus agile dans la compétition mondiale de la connaissance".
L'examen à froid du texte de loi invite au scepticisme. Si certaines mesures vont dans le bon sens, l'essentiel des nouvelles dispositions consacre en effet l'archaïsme du système universitaire français.

Ce qui va dans le bon sens ? Il y a d'abord le principe de la préinscription et l'orientation des lycéens, qui devrait limiter un peu le gâchis dû à l'arrivée en masse en première année de jeunes inadaptés aux filières choisies. Il y a ensuite la possibilité, enfin entérinée, de recruter des enseignants-chercheurs sur contrat, y compris à durée indéterminée. Enfin, une série de dispositions devraient avoir pour effet de simplifier les procédures budgétaires et de favoriser la création de fondations.

Mais pour l'essentiel, le cadre reste le même. Certains des défauts héréditaires du système risquent même de se voir renforcés.

Grandes écoles et classes préparatoires restent à l'écart de la réforme. Comme les procédures de préinscription ne fourniront pas les outils d'une véritable sélection, l'université (hors médecine et autres exceptions) restera le parent pauvre de l'enseignement supérieur français. "L'objectif ambitieux de la loi est que d'ici 5 ans, les 85 universités aient pris leur autonomie", affirme le livret. Mais une université qui n'est pas en mesure de sélectionner ses étudiants ne saurait prétendre à l'autonomie. Elle est comme une entreprise qui n'aurait pas la liberté de recruter ses employés. Elle ne peut en aucun cas se placer sur le marché de la concurrence internationale. Rappelons que l'idée même d'officialiser la sélection au niveau du master a été écartée. Quant aux « 85 », c'est trente ou quarante de trop, comme chacun sait.

La nouvelle loi continue de respecter un certain nombre de fictions bien de chez nous. Il semble aller de soi que tous les acteurs doivent rentrer dans le moule d'un "code de l'éducation", d'un "code de la recherche" et d'une "carte des formations supérieures". Comme après mai 68 du temps d'Edgar Faure, donc voici quarante ans, le mot "autonomie" est d'autant plus affiché que le pouvoir central conserve ses prérogatives, exorbitantes au regard de ce qui se passe dans la plupart des pays compétitifs.

Il va de soi que le ministère ne laisse pas aux universités le droit ne serait-ce que de moduler les frais d'inscription. Il va de soi (dixit le livret) que "les diplômes conservent leur caractère national". L'autonomie d'une université ne saurait donc s'étendre à la délivrance de diplômes qui lui seraient propres (la part de la rhétorique est ici difficile à déterminer, car le texte de loi prévoit aussi des "diplômes d'établissement").

Même si la porte est désormais davantage ouverte aux contractuels, le gros des troupes d'enseignants-chercheurs reste régi par le droit de la fonction publique. Ils restent recrutés sur la base d'un concours national largement fictif, les universités se contentant de choisir sur des listes d'habilitation établies par le pouvoir central. Le pourcentage de contractuels sera étroitement encadré par les contrats quadriennaux qui continueront d'être passés entre l'Etat et chaque université. Les contractuels ne seront recrutés ni par les unités d'enseignement et de recherche ni par les départements, comme cela se fait habituellement dans d'autres pays, mais sur décision du président. Le livret de Valérie Pécresse chante "le renforcement de la démocratie universitaire". C'est se féliciter du renforcement d'un autre mal français. Le président d'université, dont les pouvoirs sont sensiblement étendus, sera élu intra muros par les membres élus du conseil d'administration. Le mode d'élection, qui implique tous les personnels et jusqu'aux étudiants, est le "scrutin de liste à un tour avec représentation proportionnelle au plus fort reste". Il garantit de jolies luttes politiques.
Ainsi conçu, le conseil d'administration n'en a que le nom. C'est une chambre des représentants, pléthorique. En dépit de quelques garde-fous en papier mâché, le risque est grand que la politisation, le clientélisme et le localisme traditionnels de l'université française soient renforcés. S'y ajoute un nouveau risque : celui qu'un ma