Déserts

tintin.jpgNicolas Sarkozy n'a jamais vraiment subi le rejet, l'impopularité dans la durée, ces longues traversées du désert où les plus faibles rejoignent pour le compte le grand ossuaire du politique. Un peu de ridicule, certes, lorsqu'en 95 son champion pommadé s'essouffle et se fait coiffer dans le virage des Tribunes par un mangeur de pommes. Ou bien lorsque plus tard, la presse s'empare d'un petit désordre affectif et conjugal, vite réglé, mais quand même. Majoritairement impopulaire, durablement impopulaire, non, il n'a pas connu, quelle que soit la violence inefficace du récent TSS et les pamoisons de la famille Royal de Hollande.
Lorsqu'en 1984, Jacques Calvet remplace Jean-Claude Parayre à la tête de PSA, la situation économique et sociale du groupe est dramatique, baisse des ventes et grèves à répétition depuis deux ans. On ne parle que du Japon triomphant,
de l'Amérique battue, de l'Angleterre qui a abandonné son industrie automobile aux nippons… Calvet prétend d'ailleurs qu'elle est devenue la cinquième île du Japon. Il s'oppose aux syndicats, fait front, et l'opinion le lynche avec une conscience méthodique et bien française. Se coucher devant les syndicats ne serait donc plus un sport patronal ? Scandale. Lorsqu'il quitte le groupe, en 1997, il est pour les mêmes l'homme qui a sauvé PSA.
Margaret Thatcher,
de son côté, fait vite l'unanimité contre elle lorsqu'elle arrive aux affaires. Elle est attaquée de toutes parts, dans son pays, en Europe. Des artistes prennent ainsi des risques politiques insensés, comme Renaud qui dénonce son intransigeance et sa brutalité. Il nous donne là une leçon de courage en politique, c'est sûr. Un jour sans doute, Soljenitsyne lui rendra hommage. Aujourd'hui, anoblie et statufiée, nul ne doute qu'elle a transformé, modernisé et sorti son pays d'un déclin engagé de longue date par la gauche locale. Le RPF ne sauve pas de Gaulle de la lassitude populaire, il faudra l'Algérie pour le ressusciter. Mitterrand n'échappe pas à la règle qui, pour exister, s'invente la pantalonade risible du jardin de l'Observatoire… on dit maintenant de lui qu'il était un grand politique. Même Johnny connaîtra le déclin, puis le retour en grâce.
Traverser un désert est une chose, ne pas se perdre dans les dunes en est une autre. Certains, comme Giscard, n'en reviennent jamais vraiment, ou en réchappent de justesse, un peu changés, un peu à l'ouest.
Alors Sarkozy ? Est-il ou non soluble dans l'opinion ? Quelles sont les courbes, les vraies, qu'épousent son moral et sa détermination ? S'aime-t-il au point de craindre de n'être plus aimé, admiré ? Il ne s'agit plus de séduire, d'exécuter du Guaino à la tribune, mais d'affronter des bastions et des fonds de commerces syndicaux et l'opinion si frivole du pays.
Nous allons savoir enfin, et c'est bien.