Lionel et l’hallali

buffalo.jpgLa chasse royale va bon train. A se demander qui aura le privilège d'installer le massacre dans sa cage d'escalier. On cherche en vain qui n'a pas encore tiré son missile sur la sainte, enfin révélée, enfin martyre ? Même Lionel accepte enfin - mais bien tard - d'avouer qu'il était de mon avis : Ségolène était une bavure électorale, une erreur de casting, un avatar politico médiatique issu d'une second life improbable, qui détruit aujourd'hui la matrix qui l'a engendrée, le PS. Combien faudra-t-il de livres à jaquette rose pour nous expliquer ce que nous savions tous déjà, ce que nous dénoncions alors, tancés par nos amis socialistes qui nous disaient à longueur de dîner en ville que Sarko était dangereux et que Ségo c'était - comment disait-on? - une autre façon de faire de la politique. On a vu la façon. Le PS est à terre. Même le couple n'y a pas résisté.
Tout cela soulève quand même quelques questions. Comment ces hommes politiques que l'on croyait honnêtes, que l'on croyait sérieux, ont-ils pu enfourcher une telle rossinante ? Il y aurait un cruel florilège à publier aujourd'hui les panégyriques des uns, les louanges des autres, ces lithanies participatives murmurées le soir, en cercle autour des nouveaux apôtres de l'ordre juste, dans les salles polyvalentes et les maisons d'associations.

De ce sauve-qui-peut pitoyable, on verra qui survit, qui tient bon. On verra si se déjuger ainsi se paie comptant ou si, ce que je crains, l'opinion est amnésique. Et que feront les Dray, les Montebourg, puisque la cheffe n'a pas attrapé le jambon ? Ils la trouvaient parfaite.

Jack Lang pourtant, toujours innovant, humant l'air avant les autres, avait fait bloquer en août 2006 le pamphlet, alors visionnaire, où prenait déjà forme l'équarrissage général d'aujourd'hui.
La presse s'y met aussi, avec la docilité d'une chienne satisfaite (tient, Mitterrand n'avait pas tort sur tout). Les journalistes savaient. Ils l'avaient senti. Ils l'ont toujours dit, dans le secret des bonnes tables. Ils ne pouvaient pas parler, l'opinion ne pouvait pas entendre… Ils pouvaient assassiner Sarko et devaient parer la belle. Ils volent au secours de la victoire, business is business.
Paradoxe, il reste Nicolas pour dire du bien de sa challengeuse malheureuse. Peut-être même joue-t-il avec une nouvelle ouverture. Une mission sur la famille, ou sur le nucléaire iranien…
Qui sait ?

Vignette : Assiniboines hunting a buffaloo ; Paul Kane, vers 1850