Commerce équitable

pavot.jpgEntrepreneurs, commerciaux agressifs, fins stratèges ayant accédé sans frilosité aux marchés internationaux, tels apparaissent les Talibans qui, aux yeux des grandes agences de notation, mériteraient le haut du tableau. Qui, en effet, peut bien se prévaloir de telles performances ? Une réussite qui allie avec grâce l'ambition mondiale et la tradition locale. De 2001 à 2007, le nombre d'hectares de pavot cultivés a été multiplié par vingt-cinq. 17% de croissance entre 2006 et 2007. Une part de marché mondiale qui avoisine les 93%, soit un « leader dominant » au sens bostonien du terme. 13% du PIB de l'Afghanistan. Même Google ôte sa casquette, baisse la tête et met un genou à terre ! Bravo. Une capacité d'adaptation à faire rougir nos multinationales : la paysannerie locale a bien compris que passer du blé, qui rapporte environ 500 dollars l'hectare, au pavot qui en rapporte plus de 5000, représentait un strategic shift prometteur. Pour la première fois, l'offre supplante la demande et donc - client first - les prix vont baisser !
Faisons confiance aux Talibans, cette manne financière sera bien vite réinvestie pour le développement du peuple : écoles et universités coraniques où davantage d'enfants lobotomisés pourront ingurgiter et resservir le Texte par cœur - à l'exclusion de tout autre savoir, jugé démoniaque -; hôpitaux flambant neufs où de nombreux patients hommes pourront se faire soigner par des médecins hommes qui ainsi pourront s'acheter ainsi beaucoup de filles très jeunes; une recherche dynamique bien concentrée sur le nucléaire naturellement civil avec le soutien passionné de quelques puissances occidentales. Heureuses de disposer de quelques fonds supplémentaires, elles pourront ainsi réinvestir dans l'équipement toujours plus sophistiqué de leur brigade des stupéfiants…
Enfin libre, enfin autonome, l'Afghanistan n'aura plus besoin de ses bailleurs de fonds habituels, ces quelques démocraties occidentales ou royaumes du Moyen Orient qui autrefois offraient aux combattants de quoi shooter des hélicoptères soviétiques avec des missiles de première bourre. Au prochain ball-trap, les cibles ne seront pas rouges. Non, le pays pourra négocier directement avec quelques intermédiaires faiblement pro-occidentaux.
Grâce à quoi, enfin, les people de tous les PAF et de toutes les jet-set de l'occident chrétien pourront se faire péter la radiale, la tibiale antérieure et, pour les plus souples, la sous-claviculaire - quand il ne reste qu'elle de propre.
Oui, un produit simple, un produit beau, un produit naturel. Sans OGM. Très Grenelle.
Avec le pavot, c'est le client qui mute.

Vignette: le pavot