Sawasdee Krub

bkk.jpgEn Thaïlande à nouveau… un an après le coup d'état du 19 septembre 2006. Hasard, hasard, j'y étais également ce jour-là. Le 16, alors que je débarquais, mon client m'avait annoncé dans la voiture : « On attend le coup d'état. La presse l'annonce, peut-être pour vendredi, ou samedi… ils attendent que le Premier Ministre soit à l'étranger ». Donc pas de quoi s'affoler… Juste quelques mouvements dans les casernes. Le lundi, c'était parti. Nous devions voler le soir même vers Taïwan… un peu inquiets sur le statut de l'aéroport. Mais non, juste un ou deux chars devant le parlement - sans doute loués par CNN - les militaires allaient le lendemain rendre hommage au roi, le premier ministre annonçait qu'il ne rentrait pas au pays, et pour le reste, business as usual.
En 75 ans, la Thaïlande a connu 25 coups d'états, soit un tous les trois ans, chacun dans un style un peu différent, par lettre, ou à la radio, ou pendant la cérémonie du mariage du général en place, ou par des premiers ministres contre leur propre gouvernement - de quoi sophistiquer la méthode à l'extrême - mais toujours pour des raisons similaires : la sécurité du pays, la protection du roi, la corruption des élites politiques. Des objectifs qui expliquent en partie la passivité, voire le soulagement de la population à l'annonce du coup de l'an passé. Mais il semble que l'opinion se soit vite renversée.
Le Bangkok Post relatait hier la parution de neuf livres de science politique, une série au titre évocateur et prudent : "Constitution and Coups in Modern Siamese / Thai Politics : A Centenary Review (1912 - 2007)". La presse y voit un effort, à la fois critique et pédagogique, afin de mieux cerner quelques uns des tropismes politiques de la région (Philippines, Myanmar, Thaïlande…). Paradoxalement, l'armée a su, avant toute autre institution, tirer parti de la période de libération post coloniale en se professionnalisant alors que le reste de la société s'adaptait maladroitement aux principes constitutionnels et démocratiques qu'incarnaient les puissances occidentales développées. On craint ici les militaires pour cela, on les soutient également pour les mêmes raisons. La contestation prend des formes qui nous étonnent et nous paraissent bien dérisoires. Les images sont récentes, et dramatiques, celles d'une foule orange dans l'axe des canons… Le contexte bouddhiste n'est pas le nôtre.
Un bel exemple en est donné, en Thaïlande, par Seksan Prasertkul, cet étudiant vibrionnant, leader des manifestations et de la contestation en 1973. C'est aujourd'hui à travers la pratique du Bouddhisme Mahayana qu'il entend faire valoir son opposition et poursuivre son combat. Il n'a rien perdu de son aura politique.
Lors de mon premier voyage en Thaïlande, j'avais été touché par ce salut, main jointe, Sawasdee Krud, cette longue finale musicale et modulée, presque chantée lorsqu'elle est dite par les femmes, ce geste qui oscille entre distance, respect et soumission, tout le syncrétisme asiatique ou la violence et la douceur se répondent et s'équilibrent. Pour nous, un mystère.
On ne m'en voudra pas, parlant de Thaïlande, de m'être concentré davantage sur un trio de vieux généraux que sur les gogos girls de Nana Plazza ou de Soi Cowboy.
Mais sur elles, que reste-t-il à dire? 

Vignette: BKK, the river