Défendre les inégalités

gabin2.jpgRetour d'Asie pour enchaîner sur une belle journée de grève générale en France. La semaine de travail, à Hong Kong, est souvent de soixante heures… Ca n'est pas la panacée, certes. Juste une différence qu'il faudra financer. Mais comment ? Un seul point commun avec l'Asie, j'ai passé la journée à bicyclette, entre les vélo-taxis, comme dans la concession internationale de Shanghaï en 1934. Un beau soleil de fin de saison, ça roulait très bien, merci. Juste la cuisse un peu chaude. Les chaînes avaient bien préparé l'événement, chacun y allant de son micro trottoir, les sympathisants sur France 2, les opposants sur TF1. Chacun son lot.
La fonction publique, et assimilés, a donc mis pied à terre - un élan de solidarité - pour la défense des régimes spéciaux, cet anachronisme singulier sur quoi tout a été dit, qu'une majorité de français trouve excessifs, mais que les quelques privilégiés qui en disposent trouvent assez normaux. On les comprend. Pourquoi travailler plus quand on peut gagner plus en travaillant moins ? Question de pénibilité, on dira. Dans le privé, ça n'est jamais pénible. Jamais. Un conducteur de TGV de 55 ans, on le sait, est un homme usé par les tonnes de charbon qu'il a dû enfourner dans la gueule incandescente de la chaudière, par la morsure insupportable du froid et du vent, par le bruit éruptif, insoutenable, de la vapeur sous pression, une « bête humaine » tout juste bonne à aller former les conducteurs des pays émergents, à six mille euros par mois, retraite non comprise. Un marin pêcheur en haute mer n'envierait pas son sort…Un paysan non plus
Je me suis demandé ce que défendaient les syndicats, dans cette affaire. Sans doute leur survie puisque - hormis les valises que leur passent quelques patrons arrangeants pour « fluidifier » le dialogue social - la fonction publique est leur dernier carré de sympathisants, à quoi s'ajoutent les quelques comités d'entreprises publiques obligeants qui financent les permanences. La perte d'un fond de commerce, ça fait réagir et l'élite syndico-mafieuse française a senti l'odeur du sapin. Sans doute faut-il en passer par là pour voir naître en France un syndicalisme responsable.
Pendant ce temps, pardon, le jour-même, Nicolas et Cécilia se déchirent. Vingt-cinq minutes en ouverture du 20 heures sur TF1 ! Quinze minutes pour la grève. Je l'aime ce PPDA, qui sait se pencher, comme d'autres autrefois, sur la solitude poisseuse de l'homme abandonné…. En amour, pas de régimes spéciaux.

"Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home
Come on home"

Chanson: Cecilia, in Bridge Over Troubled Waters; Simon & Garfunkel; Jan 1970.