Défendre les inégalités

gabin2.jpgRetour d'Asie pour enchaîner sur une belle journée de grève générale en France. La semaine de travail, à Hong Kong, est souvent de soixante heures… Ca n'est pas la panacée, certes. Juste une différence qu'il faudra financer. Mais comment ? Un seul point commun avec l'Asie, j'ai passé la journée à bicyclette, entre les vélo-taxis, comme dans la concession internationale de Shanghaï en 1934. Un beau soleil de fin de saison, ça roulait très bien, merci. Juste la cuisse un peu chaude. Les chaînes avaient bien préparé l'événement, chacun y allant de son micro trottoir, les sympathisants sur France 2, les opposants sur TF1. Chacun son lot.
La fonction publique, et assimilés, a donc mis pied à terre - un élan de solidarité - pour la défense des régimes spéciaux, cet anachronisme singulier sur quoi tout a été dit, qu'une majorité de français trouve excessifs, mais que les quelques privilégiés qui en disposent trouvent assez normaux. On les comprend. Pourquoi travailler plus quand on peut gagner plus en travaillant moins ? Question de pénibilité, on dira. Dans le privé, ça n'est jamais pénible. Jamais. Un conducteur de TGV de 55 ans, on le sait, est un homme usé par les tonnes de charbon qu'il a dû enfourner dans la gueule incandescente de la chaudière, par la morsure insupportable du froid et du vent, par le bruit éruptif, insoutenable, de la vapeur sous pression, une « bête humaine » tout juste bonne à aller former les conducteurs des pays émergents, à six mille euros par mois, retraite non comprise. Un marin pêcheur en haute mer n'envierait pas son sort…Un paysan non plus
Je me suis demandé ce que défendaient les syndicats, dans cette affaire. Sans doute leur survie puisque - hormis les valises que leur passent quelques patrons arrangeants pour « fluidifier » le dialogue social - la fonction publique est leur dernier carré de sympathisants, à quoi s'ajoutent les quelques comités d'entreprises publiques obligeants qui financent les permanences. La perte d'un fond de commerce, ça fait réagir et l'élite syndico-mafieuse française a senti l'odeur du sapin. Sans doute faut-il en passer par là pour voir naître en France un syndicalisme responsable.
Pendant ce temps, pardon, le jour-même, Nicolas et Cécilia se déchirent. Vingt-cinq minutes en ouverture du 20 heures sur TF1 ! Quinze minutes pour la grève. Je l'aime ce PPDA, qui sait se pencher, comme d'autres autrefois, sur la solitude poisseuse de l'homme abandonné…. En amour, pas de régimes spéciaux.

"Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home
Come on home"

Chanson: Cecilia, in Bridge Over Troubled Waters; Simon & Garfunkel; Jan 1970.

Commentaires (23) to “Défendre les inégalités”

  1. “j ai pensé qu il valait mieux
    nous quitter sans un adieu”

    cette chanson de Richard Antony est parfaite pour le temps de cuisson d un oeuf à la coque.
    je te le dis, si cela peut aider…
    autrement y a pas de mal.

  2. Raisonnablement moutonnier, je pense comme la majorité des Français (entre 60 et 80%, selon les sondages) que les régimes spéciaux ne se justifient plus toujours par la pénibilité des conditions de travail (encore que, plutôt qu’un jugement de principe, je préférerais un examen au cas par cas).

    Pour autant, j’aimerais que le gouvernement-président se penche avec le même sentiment d’urgence mêlé d’une saine indignation et le même souci de satisfaire l’exigence de justice du plus grand nombre des travailleurs-qui-se-lèvent-tôt sur ces autres “régimes spéciaux” qui constituent l’ordinaire des revenus extraordinaires : parachutes dorés, stock options, primes extravagantes, etc. le tout non soumis à quelque obligation de résultat que ce soit.

    Ne sont-ce pas là, aussi, des pratiques “qu’une majorité de français trouve excessi[ve]s, mais que les quelques privilégiés qui en disposent trouvent assez normaux” ? Mais il se trouve, il est vrai, que ces quelques privilégiés sont les fleurons du génie français, et accessoirement les “frères” et amis du gouvernement-président. On ne se chicane pas en famille, c’est une question de loyauté et de savoir-vivre (en revanche, il n’y a aucune miséricorde à avoir envers ces salauds de pauvres qui font rien qu’à s’engraisser à rien faire).

    D’après “Fortune”, parmi les vingt pdg européens les mieux rémunérés en 2006, la moitié étaient français. Voilà une information que je n’ai guère vue reprise par les médias qui nous répètent en boucle que les chefs d’entreprise français sont le lumpen-prolétariat de la mondialisation et que si ça continue comme cela, on va voir ce qu’on va voir et qu’on va tous regretter de ne pas nous être montrés plus généreux envers ces braves gens, par exemple en renonçant à nos privilèges exorbitants.

    Toujours d’après “Fortune”, dangereux organe crypto-anarcho-trotsko-altermondialiste, cette sur-représentation des patrons français n’est pas due aux performances réelles des entreprises qu’ils ponctionnent — pardon, dont ils assurent la gestion — mais au système des stock options. Le magazine note enfin que le système a été très en vogue aux USA, jusqu’à ce qu’on lui apporte de sérieux garde-fous. Ce qui n’est pas le cas en France où “modernité” et “archaïsme” sont des concepts sans contenu objectif et interchangeables en fonction de l’intérêt des plus privilégiés. Et où notre gouvernement-président vient d’ordonner à sa ministre de la justice de créer une commission pour étudier la possibilité d’une dépénalisation du droit des affaires !

    Quant au pseudo-scandale des petits arrangements de “l’élite syndico-mafieuse”, on croirait presque que le patronat français est pris en otage par un “impôt non-révolutionnaire” qui ferait passer la Corse pour une région respectueuse des us et des lois de la République. Bientôt, notre gouvernement-président nous expliquera, dans sa bienveillance paternaliste, que le démantèlement du syndicalisme est une mesure anti-terroriste !

    Tenez, cela me fait penser aux cohortes de faux-chômeurs-qui-ne-veulent-pas-travailler, aux foules de fraudeurs à l’assurance-maladie, aux hordes de RMIstes rentiers, et autres raz-de-marées d’étrangers polygames à l’ADN douteux qui se déversent à jet continu pour diluer les nobles couleurs de notre drapeau dans le marigot mélanino-excrémentiel dont ils ont entrepris de recouvrir le monde.

    Bref, comme disait ma grand-mère : “Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage”.

  3. Je suis d'accord avec vous, Antoine. La façon dont un certain patronat français gère les stock options, hors de toute reconnaissance de la performance, est contestable. L'affaire Airbus est une grave erreur. J'y vois une dérive habituelle des privilèges que s'accorde l'élite républicaine, et par ailleurs qu'elle accorde à sa piétaille, la fonction publique. Car enfin, ces patrons que vous dénoncez sont en majorité des produits de cette aristocratie républicaine des grands corps.
    Le principe des stocks, lui, ne dépend pas seulement de la loi, mais rentre dans le champ de la concurrence internationale sur les talents, une concurrence qui va se durcir terriblement avec l'émergence de nouvelles puissances. Elles n'en produisent pas, en effet, au rythme nécessaire à leur développement. Si nous voulons gonfler les rangs des talents français en exil volontaire, supprimons-les. La moralisation du système est importante, sa suppression serait une erreur.
    Oui, je crois que les syndicats français ont perdu leur base car il ont substitué à leur mission fondamentale celle de soutenir leurs amis politiques, qui les ont rémunérés (ou achetés s'ils sont ennemis) en retour. Il leur reste la fonction publique, qui pour moi est le foyer de dérives le moins contrôlé du pays. Mais les temps changent et j'en suis plutôt heureux.

  4. J’aime assez la référence au marin-pêcheur. Pour ma part, je continue de prendre l’exemple du manutentionnaire de chez Rhodia.

  5. Excessif des deux côtés.
    Il y a ceux qui sans être des privilégiés ont une vie bien pépère et se prennent pour les damnés de la terre et ceux qui trouvent que plus que trop ce n’est pas encore assez.
    Il y a des jours où je rêve d’être suédoise dommage que je ne sois pas blonde et que je sois si frileuse !

  6. Il y a aussi le fait que, comme le disait Louis Gallois lorsqu’il était à la SNCF, les salaires y sont relativement plus faibles.

    Qu’il s’agit tout autant de stabilité des contrats dans le temps que “d’égalité” entre les français : c’est une modification unilatérale des contrats de travail, à la baisse, dont je ne connais pas beaucoup de catégories sociales qui les acceptent de plein gré.

    S’il s’agit, en plus, de financer les cadeaux fiscaux inefficaces de Sarkozy, accordés au plus privilégiés d’entre nous, ces mesures finissent par flirter avec l’indécence.

    Lisant Pascal Gobry dans Le Monde, j’admets bien volontiers qu’il y a des choses à remettre à plat dans les régimes spéciaux. Parcourant la liste des membres du groupe “contre la grève du 18 octobre” sur facebook (étudiants d’école de commerce dansant en costard cravate, jeunes filles à chapeau aux doux noms du partimoine industriel de la France…), j’ai plutôt envie de descendre dans la rue manifester.

  7. Oui, Marie-Hélène, l’hiver est très long en Chine. Visez la Thaïlande ou le Brésil, on s’y distingue en étant blond.
    Edgard, je n’ai pas le sentiment qu’il y ait continuité entre la politique fiscale récente et le vieux problème des régimes spéciaux. Ce qui m’intéresse ici est comment la structure de l’état républicain a progressivement réinvesti le territoire des privilèges tout en dénonçant, dans ses manuels scolaires toujours objectifs, les excès de l’Ancien Régime. Qu’il s’agisse de ses élites ou de ses troupes.

  8. Oui Charles, j’ai bien compris.

    Mais tape plutôt sur l’Inspection des finances et ses va-et-vient incessants entre public et privé, tu seras plus au coeur du sujet (et, certes, avec quelques amis de moins qu’en tapant sur les cheminots).

    Ce doit être un reste de 68-tardisme, mais j’ai tendance à penser que le poisson pourrit par la tête…

  9. Charles, je partage votre diagnostic sur les dérives façon ancien régime de certains corps d’Etat. En particulier, les hauts fonctionnaires, l’ENA et autres IEP, fonctionnent comme des castes où se reproduit l’élite politique et économique. Ce que Bourdieu et Passeron appelaient la “reproduction”, il y a près de quarante ans déjà et qui s’est incroyablement renforcé depuis.

    Ce que je comprends moins, c’est comment vous connectez ce constat à l’urgence de taper sur ceux qui sont en bas de l’échelle (car, quoiqu’on en dise, j’ai du mal à considérer que, malgré leurs avantages exorbitants — lesquels au juste ? —, les cheminots soient les plus scandaleusement nantis de nos concitoyens).

    Vous dites que “la fonction publique […]est le foyer de dérives le moins contrôlé du pays.” Quelles dérives ? Quelles absences de contrôle ? Vous pensez réellement que les tractations qui se chuchotent dans les couloirs feutrés des conseils d’administration des grandes entreprises privées (EADS, Total, Bouygues, Renault, L’Oréal, etc.) sont d’une transparence et d’une légalité absolues ? Sans doute est-ce dans le but d’économiser aux juges leur précieux temps (qui serait plus utilement employé à investiguer sur les malversations syndico-mafieuses des cheminots) que Nicolas sarkozy propose aujourd’hui de dépénaliser le droit des affaires ?

  10. Antoine, je ne tape pas davantage sur le haut que sur le bas de l’échelle, mais sur l’échelle en général, cette échelle du public, dont les vertus et la rigueur se sont passablement émoussés depuis les années soixante-dix. Un exemple, parmi d'autres, de la complaisance qui m’irrite nous en donné par le rapport de la Cour des Comptes. Paradoxalement quel est donc l’objectif de ce rituel sinon de montrer que l’état et ses clercs peuvent mal gérer sans être sanctionnés ? Avez-vous jamais vu un gestionnaire public devant les tribunaux à la suite de la publication du poulet annuel ? Une faute de gestion, dans le privé, se paie généralement plus cher. Quant aux conseils d’administration des très grandes entreprises que vous citez, leur imbrication clanique avec l’état n’est plus à démontrer (EADS en est un triste exemple). Je persiste en affirmant que le contrôle est insuffisant quant à la façon dont l’argent public se perd dans la complexité, l’opacité, des organisations et des réseaux publics et parapublics (syndicats, fédération, empilement de structures inutiles, associations jamais évaluées etc.) Cette complaisance redoutable économiquement n’a jamais eu pour but que d’acheter l’illusion de la paix sociale. Je pense qu’elle trouve sa limite aujourd’hui et j’espère, à cet égard, que le nouveau président agira dans l’esprit de son début de campagne et saura assainir un terrain somme toute assez fangeux. Et je n’ai pas totalement confiance, cela va de soi.

  11. Il n’y a pas de raison qu’un mauvais gestionnaire soit traduit devant les tribunaux. S’il n’a pas commis d’infraction caractérisée, l’incompétence n’est pas encore considérée comme un délit.

    Je ne suis pas du tout certain qu’”une faute de gestion, dans le privé, se paie généralement plus cher” que dans le public. Dans les deux cas, les carrières sont, sinon brisées, en tout cas compromises dans leur développement futur. Mais au plus haut niveau, il est de toute façon extrêmement rare qu’un gestionnaire soit jeté dehors, que ce soit dans le privé que dans le public. Les fonctionnaires sont protégés par leur statut, c’est vrai, mais les cadres de haut niveau du privé sont protégés à peu près aussi efficacement par le savoir-faire et les informations stratégiques qu’ils détiennent, d’une part, et d’autre part par le souci de ne pas étaler les échecs sur la place publique, notamment au vu et au su de la concurrence.
    Quant à la capacité à rebondir après un tel accident de carrière, elle penche incontestablement en faveur du privé (cf. entre autres exemples J2M).

    Une chose à propos de la volonté viscérale de Nicolas Sarkozy de moraliser la vie publique.
    Avez-vous lu que la Direction Nationale des Enquêtes Fiscales mène actuellement une enquête sur M. Bernard Laporte, pour “présomptions de détournements d’actifs, dissimulations de recettes d’établissements, majoration artificielle des charges, double comptabilité, travail au noir” ? La vogue rugbylistique ayant convaincu Nicolas sarkozy que nommer cet individu secrétaire d’Etat au sport serait une nouvelle preuve d’ouverture particulièrement populaire, croyez-vous qu’il aurait remis en cause cette nomination ou qu’il l’aurait seulement conditionnée au résultat de l’enquête ? Que nenni. Il s’est borné à dire que “la présomption d’innocence, c’est quelque chose qui doit exister” et qu’il assurait le suspect de “tout [son] soutien”. Voilà qui devrait miner encore un peu plus votre confiance, Charles, non ?

  12. Vous en revenez à la “caste” dont nous parlions et qui, privée ou publique, dispose de protections que ne connaît pas l’encadrement moyen. Mais même à haut niveau, les accidents de carrière n’ont pas le même sens dans le public et dans le privé.
    Je me souviens d’une belle escroquerie à la carte SIM perpétrée par des techniciens d’un opérateur de téléphonie publique que je ne citerai pas, il y a quelques années. Ils n’avaient pas été renvoyés, oui, par crainte du scandale. Ils avaient été “déplacés”, mais comme on ne pouvait par les déplacer sans promouvoir, ils avaient été promus. J’avais trouvé cela un peu choquant. Non? Ce sont ces mécanismes qui ont affaibli l’éthique de ces organisations.
    Quant à Laporte, que vous n’aimiez pas Sarkozy ne préjuge ni de sa culpabilité ni de son innocence… Son plus grand crime, à vos yeux, ne serait-il pas, justement, d’être trop proche du président? Nous verrons donc comment les choses avancent et, dans ce cas précis, il semble que la “protection présidentielle” ne soit pas suffisante…

  13. L’anecdote que vous citez est évidemment choquante et témoigne de dysfonctionnements en partie propres à la fonction publique, c’est vrai. (soit dit en passant, l’anonymat que vous entendez préserver pour cet opérateur est très relatif : des opérateurs de téléphonie publique, il n’y en a pas trente-six; en fait il n’y en a même pas deux).

    Concernant Bernard Laporte, son premier crime n’est pas, à mes yeux, d’être trop proche de Nicolas sarkozy, c’est d’abord d’être entraîneur de rugby ! Je sais, ce n’est pas très glorieux de ma part, mais j’ai un peu de mal avec les sportifs professionnels en général (à quelques exceptions notables près) et les sportifs reconvertis dans la politique en particulier.

    Plus sérieusement, ce que je trouve inquiétant, c’est la différence de positionnement de Nicolas sarkozy, suivant les circonstances. L’homme a bâti son image politique sur la “tolérance zéro”, sur la promesse de “châtiments exemplaires” (bafouant en cela l’indépendance des juges), sur les jugements expéditifs frappés au coin du bon sens populaire (à Tarik Ramadan : “Quand tout le monde vous soupçonne, ce n’est peut-être pas le monde entier qui se trompe”), etc.

    Et là, soudainement, il assure de “tout son soutien” un individu soupçonné par la DNEF de délits “graves” et “très nombreux”. Je trouve ça un peu curieux. Pourquoi cet empressement à soutenir un possible délinquant ? Mais il est vrai que Nicolas Sarkozy est également un (très) fidèle ami du couple Balkany et que les condamations judiciaires de ce dernier n’ont jamais semblé troubler M. Propre. Mais qu’est-ce que la loi en regard de l’amitié, n’est-ce pas ?

    C’est simple, je ne me souviens pas avoir entendu Nicolas sarkozy invoquer la “présomption d’innocence” auparavant, ni pour Yvan Colonna lorsque l’alors Ministre de l’Intérieur avait annoncé en conférence de presse avoir arrêté “l’assassin du préfet Erignac”, ni pour Outreau où Nicolas sarkozy n’est intervenu qu’après coup pour réclamer la judiciarisation des juges dans l’exercice de leurs fonctions, ni pour la moitié des détenus de nos maisons d’arrêt, placés là en détention provisoire, avant leur jugement et donc présumés innocents, ni à propos de la réforme américanophile dite du “plaider-coupable” qui s’assied allègrement sur la présomption d’innocence, ni pour le supposé fraudeur de la gare du nord, présenté comme un multirécidiviste sans-papiers auteur de 22 délits graves (toutes choses fausses), ni pour le pédophile Christian Beaulieu (dans cette affaire, l’UMP a été condamnée, mais pas son chef qui était pourtant l’auteur du délit), ni à propos de la constitution du Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (pouvant conserver les profils ADN de simples suspects et non seulement de personnes condamnées), ni à propos de l’amendement Mariani qui considère a priori tout candidat à l’immigration comme un menteur et un fraudeur présumé, sans même parler des innombrables propos tenus au hasard des micros tendus et des caméras de passage à propos des voyous, racailles, musulmans, terroristes, faux chômeurs, faux malades et autres si-vous-n’aimez-pas-la-france-quittez-la, etc., etc.

    La liste est infinie. Nicolas Sarkozy n’a jusqu’alors jamais fait grand cas de la présomption d’innocence, mais je suis heureusement surpris de le voir soudain manifester autant de prudence, de scrupule et de respect pour la loi. Il ne nous y avait pas habitué et je ne peux que me féliciter de ce brusque revirement.
    Loin de moi l’idée, révoltante entre toutes, que cela puisse être motivé par autre chose qu’une salutaire prise de conscience.

  14. En privé et même en public les socialistes admettent qu’il faut réformer les régimes spéciaux. On peut discuter à l’infini de la manière : Jospin n’avait qu’à la faire.
    La messe va être dite, point barre.

    Les faits sont là, cruels : il faut payer, financer les avantages, petits et grands qu’on s’offre généreusement à soi même, dans un contexte où l’on a choisi de travailler moins.

    Bien sûr on pourrait commencer par attaquer, rationnellement, les gros avantages mais il est probable que ceux qui en bénéficient , disposent de moyens de persuasion et de pression convaincants puisque même les socialistes au pouvoir n’ont guère réussi à leur faire rendre gorge (Il doit y avoir une raison de fond , non ?) .
    Et il arrive un moment d’urgence comptable où l’on attaque uniquement ce que l’opinion publique laissera passer, et ce que le rapport de forces permet (C’est bête comme choux) .
    Les cheminots en survivront-ils ?

    Après ça on peut gloser et aligner toutes les critiques qu’on veut sur les incohérences du système qu’on s’est donné à nous même. On peut aussi souligner toutes celles de Sarko :
    ça fait du bien d’arroser ses petites indignations .

  15. Oui, Antoine, qu’est l’amitié au regard de la loi. On se souvient de celle qui liait Mitterrand à Bousquet… de sa loyauté au Maréchal dont il fleurissait la tombe en secret… C’est une vraie question. La mécanique sous-jacente à l’action politique reste très clanique. C’est un fait qui dépasse les frontières de l’UMP.
    Combien Baudis comptait-il d’ami lorsqu’innocent le PAF en avait déjà fait un coupable. Un type qui transpire est forcément coupable.
    Je ne sais pas qui échapperait à la liste que vous proposez, quel homme politique aurait grâce à vos yeux car le même exercice peut être fait sur chacun. Même Jospin, l’homme de la rigueur, s’est vu un jour reprocher ses incohérences de détail.
    So what?
    Sarkozy parle trop, j’en conviens. Mais au regard de la loi, cela ne suffit pas à dédouaner Laporte.

  16. “la défense des régimes spéciaux, cet anachronisme … qu’une majorité de français trouve excessifs”

    Oui, pour l’instant , mais lorsqu’ils auront compris qu’ensuite ce sera a nouveau leur tour, on verra.

  17. Oui Bob, les français haïssent les privilèges quand ils profitent aux autres, les adorent quand ils sont les leurs… Nous verrons donc…

  18. Et Sarkozy transpire beaucoup.C’est un signe qui ne trompe pas.

    la présomption d’innocence n’est pas un détail.

    Laporte est impardonnable, incompétent, clanique, incohérent, inutile. merci merci merci à Nicolas de nous en avoir débarrassé.

  19. Legab, ou comment la passion du rugby corrompt le patriotisme…

  20. Charles, je suis tout à fait d’accord avec ce que vos rappelez des amitiés mitterrandiennes. J’y ajouterais (on s’éloigne de la question des liens amicaux, mais pas de celle de la moralité de la vie publique) l’affaire du Rainbow Warrior, celle des écoutes de l’Elysée, celle du logement accordé à sa maîtresse et à sa fille illégitime aux frais du contribuable, etc. Sur ce point, mon indulgence ne va ni à gauche ni à droite.

    En revanche, je vous trouve un peu désabusé et comme résigné devant ce type de comportement, Charles. Si les citoyens s’en accomodent comme d’une fatalité inhérente à l’exercice du pouvoir, il n’y a vraiment aucune raison pour que la classe politique fasse son aggiornamento sur ce point.

    À propos de notre nouveau secrétaire d’Etat rugbyman (Ô tempo, Ô mores…) et de son présidentiel soutien, vous écrivez que “au regard de la loi, cela ne suffit pas à dédouaner Laporte”. Espérons-le…
    Mais quand je repense au précédent Guy Drut, bénéficiant lui aussi de l’amitié de son boss en des circonstances similaires, je me dis que parfois (qui a dit “pratiquement toujours” ?), cela suffit à ce que les investigations d’un petit juge fassent pschhhiiit.

    Et si, par malheur, il arrivait que Bernard Laporte soit condamné ? Oh, pas à de la prison ferme, restons réaliste, mais ne fût-ce qu’à un sévère redressement fiscal, éventuellement assorti d’une interdiction de diriger une affaire commerciale, voire une peine d’emprisonnement assortie du sursis… Que se passera-t-il alors ? Notre gouvernement-président choisira-t-il de conserver le condamné dans sa dream team (ce qu’il peut parfaitement faire, arguant que dorénavant Monsieur Laporte est au clair avec la loi et qu’il a payé ses dettes), ou bien choisira-t-il de se dédire en se débarrassant de l’encombrant personnage (qui, de plus, n’a même pas été fichu de ramener la coupe) ?

    Je trouve que l’ouverture aux repris de justice, c’est la dernière marque d’audace qui manque à ce gouvernement. Même les gaucho-droits-de-lhommistes, qui sont pourtant prompts à excuser la racaille, n’avaient pas su le faire, ça !

  21. En effet Charles, les amateurs de rugby se distinguent des amateurs de foot en placant en tête de leur priorité le jeu et les joueurs, le patriotisme vient après.
    Ainsi, Nicolas est objectivement, depuis sa dernière campagne, plus proche du PSG que du stade Toulousain.

  22. I agree with you Charles that TGV drivers are not in danger of suffering like their founding fathers that inhaled the coals that they were shoveling in the burning mouth of the steel giant. But I think that there is still a reason for special priveleges for certain industries that are especially hard on the workers. The problem in France is that when anybody wants to change anything it is either buried in generalisations or in focalisation on one small detail. The changes aren’t helped by the unions that go on strike BEFORE the negociations have started. Anybody that has ever done any negociation training realises that when they play their strongest card in the begining of the game, they can only lose. Besides this the unions lose all credibilty, nobody believes that the unions actually want to negociate in a serious way. In the public eye they are no longer the victim, but the agressor. Instead of being able to say “well we tried, but the goverment didn’t want to listen, so although we would rather not we are forced to go on strike”, they stop people (normally the poorest who take the public transports) to go to work…no mystery what that does to the feeling of sympathy or to their number of members. It isn’t a wonder that the french unions have some of the lowest membership percentages of the total workforce, they seem to be doing more harm then good.
    All in all their motivation seems to be more founded on a romantic notion of the past.
    The french goverment thats a whole different discussion, only one observation. When the goverment is not accountable how does one expect the rest of the population to obey the law or for that matter take them serious.

  23. Cela faisait bien longtemps que je n’étais pas passé par ici et c’est avec une curiosité certaine que j’ai cherché à voir si le regard de Charles avait évolué/s’était nuancé depuis les dernières élections.
    Comme j’admire la constance d’Antoine dans l’argumentation!
    La blague consistant à me faire écrire “Sarkozy” pour pouvoir poster un commentaire a achevé de consumer ma patience dans l’effort de comprendre un point de vue si radicalement différent du mien.

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