Rock Revival

jerry.jpgC'est samedi que fermera l'exposition Rock'n Roll à la Fondation Cartier. Restent donc deux jours pour ceux qui n'ont pas visité le sanctuaire. Juke Box, banane, Gibson et Cadillac. Un joli moment en 45 tours et puis s'en vont. Mais plus touchants encore que le papier jauni des affiches de l'époque, les deux cent lycéens - Sweet Little Sixteen - nés en 1991 qui papillonnent dans l'expo, un papier et un crayon à la main, à prendre fébrilement des notes sur les idoles de Papi, encadrés par quelques profs dépassés. Lagarde et Little Michard. Ouap Ba Badou Ouap Dap Dap…
« Putain, même les lavabos ! Trop relou ! » a dit celle-là en découvrant qu'en 55 à Memphis, blancs et noirs font savon à part dans les latrines publiques. Une photo de Rosa Parks, c'est qui la meuf… « C'est ouf ! » dit l'autre en voyant Jerry Lee Lewis répondre à la presse en serrant contre lui la gracile Myra Gale, sa jeune épouse de treize ans. Oui, Jerry, qui a oublié de divorcer de sa première femme avant d'épouser la nymphette, le visage à découvert, pas même passé au presse-purée comme ce con de Vico. Interpol n'a pas eu à le chercher longtemps, ni sa carrière ni son mariage n'y résisteront. Rires quand Ed Sullivan introduit Buddy Holly, bésicles, jambes grèles et sourire niais - mais déjà la strat bien en main - avant qu'il ne se crashe dans la neige avec Ritchie Valens. Photos de la carcasse calcinée de l'avion. Bouche bée, elles sont, soixante ans plus tard, devant l'effervescence pelvienne du King, elles prennent des notes sur les notes qui changeront le monde. On est encore loin d'un Iggy Pop, vomissant avec élégance derrière les amplis après s'être roulé sur des tessons de bouteille, d'une Courtney Love se masturbant sur son pied de micro un soir de concert au Bataclan - j'y étais-, d'un Lou Reed errant dans la nuit de Tribeca, après une soirée au Max, traquant quelque jeune poète coprophage dans les rues dévastées du wild side
Je me suis régalé. C'est frais, les années cinquante. Une belle exposition qui retrace l'insémination, disons la pénétration historique et frénétique du tempo afro-américain dans la matrice médusée de la musique blanche. Well, she's the girl with the red blue jeans…
J'aime la chanson et le rock en particulier. C'est pourquoi j'aime le blog que Laurent Balandras vient de mettre en ligne. Il sera vite le site de référence. Laurent, j'en ai parlé il y a peu pour la façon dont il a gentiment passé Sevran au hachoir. Ca détend. Merci. La, il nous fait à la fois cadeau de son érudition et de son goût, de sa capacité à repérer les vrais talents, ceux sur qui personne ne parie mais qu'on retrouve quelques années plus tard au pinacle, comme Olivia Ruiz dont il a contre tous soutenu le projet et la personnalité, ou les Weepers Circus, qui sont enfin en radio avec Liverpool , ce magnifique hommage aux Fab Four, Bertrand Belin, dont il fait un beau portrait sur le blog, ou Caroline Loeb qui développe son théâtre et sa pêche corrosive sur toutes les scènes de France, et de bien d'autres…
Le CD meurt et la chanson fleurit sur les Myspace du monde entier. Les officiers des majors ont des gueules d'hommes de troupe en débacle. Dur de s'arracher au Buddha Bar pour faire un peu de stratégie…
The Times, They Are a'changin'

Vignette: Jerry Lee Lewis et sa femme, Myra Gale. 1957