Kadhafi et le délit de sale gueule

bacon.jpgOn ne chipotera pas. Si le SAMU social avait croisé Muhamar entrain de faire les bouquinistes un peu tard dans l'après midi, sapé comme il l'était, même sans Plan Urgence Grand Froid Orange Niveau 4, il se voyait illico proposé une place dans un foyer pour la nuit. A moins que les Enfants de Don Quichotte ne l'ait localisé avant et lui ait réservé une tente. Il en avait déjà une, on dit.

Le Guide de la Grande Révolution de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire et Socialiste (GGRGJALPS), c'est vrai, a quand même une très sale gueule, assez ravagée. A croire qu'il sortait tout droit d'une très longue prise d'otages, mais pas en tant que preneur. Un type qu'on aurait trimballé scotché sous un camion entre Beyrouth et Tripoli aurait meilleure mine. Et ça n'a fait qu'empirer depuis son dernier champoing, en mars 74. Bref, un type à qui on fait confiance au premier coup d'œil, Muhamar.

A mon avis, ils ont dû parler de ça, sous les lambris du chef. Ca rapproche. Tiens, Mumu, file moi ton burnous que je vois la tête que ça me fait… Pas mal… Et avec les Ray Ban ? Nicolas aussi a dû souffrir pendant la campagne quand la blonde en tailleur souriait aux foules, étincelante, joyeuse ou compassée. Lui, c'était moins glamour, surtout sans Cécilia - je l'ai vue au resto la semaine dernière, une vraie beauté -, mais l'affaire est entendue. Ca a dû le décevoir, le GGRGJALPS, de trouver Nico seul dans la grande maison, lui qui aime les femmes au point de vouloir les libérer toutes, tous pays confondus, après en avoir libéré huit assez récemment dans les conditions que l'on sait. Un pas dans le bon sens, ça s'appelle.

Mais au-delà du scandale très parisien de la visite, je me suis demandé s'il en aurait été autrement si Kadhafi avait été très beau. S'il avait été blond, s'il avait eu les yeux clairs, un regard à la fois vif et malicieux, un sourire à fossette, effacé dans un gentil mouvement de la tête, comme le fait si bien Tom Cruise, ou s'il avait fait des pubs pour Nespresso, s'il avait plu à la Majorité-Des-Français ? Ma conviction est qu'une vague d'indulgence populaire et représentative se serait levée car dans le secret de notre âme dominée par l'image, accroché au 20 heures et aux séries, nous savons qu'avoir une sale gueule est la première, la plus irréparable entorse aux droits de l'homme. Non mais vous avez vu sa gueule ? Et la France le reçoit !

Mais ça a quand même fait des vagues. Au point que BHL (qui est très beau) est monté au créneau ! Donc ça ne rigolait plus. Et Montebourg (qui est assez beau) dans la foulée ! Donc ça devrait vite se calmer. Rama Yade (qui est vraiment belle), elle, a rappelé à sa façon « qu'elle c'est elle et que lui c'est lui », selon la formule, troublée comme l'était Fabius quand Tonton fricotait - mais discrètement - avec Jaruzelski ou quand sa femme badinait avec Castro, « ce bon garçon » comme elle le disait avec une grâce militante… Pour être honnête, moi, ça m'a plutôt amusé cette visite Je n'ai pas eu à traverser la Seine. Nuisances limitées. J'ai aimé ces images du GGRGJALPS, au Pavillon Gabriel, radieux sous les youyous de quelques centaines de femmes libérées et majoritairement voilées.

Et c'est finalement Maître Roland Dumas, imprudent séducteur mais orfèvre en clair obscur politique, qui aura eu le dernier mot en renvoyant les Droits de l'Homme à ce qu'ils seraient donc, soit une attitude médiatique, un passage obligé du discours citoyen, un appeau stylistique destiné à rassurer la presse de gauche et ses lecteurs. Il a reproché au PS son manque de clarté, de réalisme. Certes, on s'en était rendu compte et Roland a le sens du gros contrat. On sent que tout cela, ça l'a bien fait marrer, Roland. Je me souviens de l'époque où il traitait ce pauvre Léotard de « Savonarole de banlieue » au moment même où le gouvernement socialiste planchait sur le plan Banlieue 89. Mépris ou vérité ? Allez savoir. Le GGRGJALPS, il le trouve tout à fait fréquentable. Très en rapport. Après un tel hommage, et de tels soutiens, on peut espérer que le nom de Sarkozy entrera, comme Chavez ou Castro, dans la liste des nombreux démocrates lauréats du Prix Kadhafi des Droits de l'homme. Tiens, en passant, les Chinois disent : « Le cynisme, c'est la preuve qu'il fait laisser la place au jeunes ». Et Roland n'est pas né d'hier. Il n'est pas le seul.

Il était, et res