2008, année de tous les plaisirs

delices.jpgDe 2007, je garderai un bon souvenir.
La première manche Sarko Ségo, ces pages pour mettre un pied dans la digisphère et commenter le match, un livre primé, des rencontres belles et inattendues à la République des Blogs… Mais au-delà de ces vignettes un peu simples, la prise de conscience d'un tsunami culturel dont nous ne mesurons pas encore l'impact, mais qui conditionne déjà nos vies, je veux dire celui du basculement du monde politique dans un hédonisme de circonstance. J'en veux pour preuve deux faits qu'une fois encore je choisis d'extraire de l'agenda de nos deux héros.

D'abord le livre de Ségolène, dont je suis heureux d'être la plus belle histoire. Mes enfants me l'ont offert pour Noël avec, je le soupçonne, le secret espoir que je sois davantage conquis par sa plume que par, disons, sa séduction naturelle. Je l'ai donc lu en méditant face aux marées opiniâtres du Bassin d'Arcachon. Il a fait beau, merci. Dire que j'ai aimé serait excessif. J'ai trouvé qu'elle écrivait bien. Mais l'a-t-elle vraiment écrit ? Peu importe. Mais le 26 décembre vers 17h30, alors que je luttais contre le sommeil, je suis tombé sur ceci, page 99 : « J'ai perçu la misère et la colère dans les rues de Gaza. J'ai compris la souffrance des Israéliens face à l'impasse dont ils veulent sortir. Je les ai rencontrés, ces jeunes libanais, palestiniens, israéliens, je les ai écoutés et j'y ai pris un plaisir rare. » On sent que c'est dit sans la moindre hésitation palpébrale. La belle reçoit la misère du monde avec énormément de plaisir, un plaisir au moins équivalent à celui de la blonde qui, justement, se régale à la télé en croquant dans ses griottes aux soirées de l'ambassadeur. On imagine l'orgasme - la mère des plaisirs - d'une visite dans les faubourgs de Dakar ou dans les villages sinistrés du Bengladesh…  Après tout, l'accès au plaisir est une chose très personnelle, très intimes, très secrète et passer d'un premier secrétaire désespéré à un jeune libanais qui l'est tout autant peut faire du sens.

Bref, plaisir pour plaisir, nous voilà devant les informations un soir de la fin décembre et le journal débute sur Sarko visitant les pyramides, en voyage officieux, avec Carla. Ils marchent tous deux, jeunes, modernes, décomplexés, en jean, sur le grand escalier de pierres millénaires et l'ex de Raphaël (plinc-plonc) se retourne pour faire un petit cliché de son nouvel ami avec le Nikon qu'elle a trouvé dans le Falcon du tycoon. Comme elle veut que la photo soit réussie, elle s'arrête. Nicolas, lui, avance. Elle prend la photo, s'assure d'un regard que les télés de monde entier ont bien documenté la scène et regarde le résultat sur son appareil. Pendant se temps, Sarko l'a rejointe et passe à côté d'elle et, hop, petit geste qu'il faut avoir saisi, il lui met la main au cul, les Ray Bans bien dans l'axe. Comme ça. Y a pas d'autre mot. Pas la méchante claque genre viens poupoule, bouge moi un peu ces pastèques, non, un petit mouvement de la main, juste un tendre rappel, style vivement l'hôtel…

Voilà donc le fait, la tendance lourde, le retour tout monarchique du "bon plaisir" dans le champ politique. Régression ? Évolution sociétale ? Le plaisir s'affiche aussi bien dans les transports mystico-pompiers de la candidate que dans le rutilement incessant du président qui, ayant consommé en six mois à peine quelques uns des paradigmes du luxe (yacht, jet, Cap Cod, happy fews, mannequin) n'a plus qu'à s'acheter une Telecaster pour rivaliser vraiment avec les plus beaux moments d'Elvis. On me dira, ça ne date pas d'hier et Giscard avait ouvert une voie que ses successeurs n'ont pas dédaignée. Certes. Mais discrètement, avec retenue. Aujourd'hui, l'exultation des sens fait partie du discours politique, le réchauffe, lui donne la chair et l'immédiateté qui lui manquaient quand Couve de Murville parlait du monde ou quand Edgar Faure parlait des femmes. L'inversion s'est produite en 2007. Là où le politique maîtrisait la consommation des plaisirs, la consommation des plaisirs phagocyte le politique. Visez l'émotion, le sens n'est plus l'essentiel.

Donc principe de plaisir oblige, à mon tour de faire un petit cadeau de fin d'année. Une chanson, faite à la maison, qui n'a aucun sens politique, juste un cliché sur la nuit du côté du Seaport, Downtown Manhattan…  j'en mettrai en ligne quelques unes en 2008, une année où je serai moins présent sur le blog.

grammophone.jpg

Bonne année à tous.

Vignette : Le Jardin des Délices (détail) ; Jérôme Bosch ; vers 1480 ; Musée du Prado, Madrid

Commentaires (30) to “2008, année de tous les plaisirs”

  1. Mais c’est quoi cette très belle chanson ?
    Je vous souhaite une année 2008 pleine de plaisirs… délicats, raffinés ou simples, vrais.

  2. La chanson s’appelle She Was. L’ai écrite en 2004 et enregistrée l’année dernière. Une basse, 2 guitares, voix. J’ai tout fait. Quelques maladresses, soit, mais j’aime bien le climat.

  3. Mon cher ‘Charles, je suis bien content de tes pensées arcachonaises, la vue sur le Bassin tout ça et des huitres d’un cru exceptionnel cette année… une autre raison de se réjouir de 2007. Je trouve que tu occultes cet appel à la “civilisation politique” de notre bon Nico, tout juste redescendu de Saqqara la main ailleurs. Tu as sans doute capté sa réponse à la conf de presse officielle avec Moubarak : question “qu’avez-vous à répondre aux Français qui s’émeuvent de votre voyage dans un Falcon Bolloré ?” “rien…” rien d’autre qu’un haussement d’épaule, pas son tic nerveux. Juste rien. Reste que cette invocation de la “civilisation politique” me laisse perplexe. Sûr que Guaino était aux manettes, on a pas fini de rire… Happy 2K8 à tous tes lecteurs. (et merci pour la jolie “she was” on attend l’Olympia).

  4. bonne année charles!

  5. Bonne année David!

  6. Personnellement, je n’ai rien à répondre à ceux qui s’émeuvent du retour de la main au cul.

    Avez vous remarqué que la RATP à annoncé la semaine dernière le maintient des régimes spéciaux ?

  7. FRANCE INTER Bonjour
    Sommes intéressés par votre blog et voulons faire interview en ligne merci de nous communiquer les coordonnées téléphoniques par retour de mail :
    [email protected]
    01 56 40 59 22
    Meilleurs voeux
    Bien cordialement

  8. Bravo pour cette délicieuse chanson, manque juste quelques belles images….
    Très bonne année!

  9. Excellent, je viens de découvrir ton site, je pense que je vais me régaler aussi !!!! :)

  10. Bienvenu(e)au club, Lau! Et bonne année!

  11. (L’anti-spam est le mot “hollande”. Rien). La belle reçoit la misère du monde avec plaisir. Ceux de Nicolas sont autres. Sur ce, je vais picoler, il n’y a que ça.

  12. Les plaisirs de Nico finiront-ils sur le net. On en rêve…

  13. Charles, tu es décidément une étonnante et délicieuse exception sur le Net. Littérature, politique, entreprise, musique. Merde, quel talent te manque-t-il ?

    Tu fais la cuisine ?

  14. Un traitement assez inégale des deux personnages.
    Vous détaillez une scène visuelle, pour monsieur Sarkozy, qui a était filmé, et qui a été vu par tout le monde (les médias en parlent tellement, on ne peut pas y couper).
    Pour Ségolène Royal, vous citez une partie tronqué de son livre, lui donnant un sens tout autre tu sens original.

    Oui les politiques peuvent prendre du plaisir à faire de la politique. C’est peut-être cela qu’il faut retenir de ce passage.

    Après, la main au cul, Sarkozy peut avoir une maitresse en publique, ce que les autres ne pouvaient pas se permettre voila tout. Ce n’est pas ce qui me choque le plus. C’est le luxe qu’il y a autour. La déchéance romaine comme l’a dit Montebourg, et cela en à effectivement les traits.

    PS : Je rejoins le commentaires du deçu, quel talent!

  15. Oui, Koz, oui, je fais la cuisine. Et j’aime ça…

  16. Etienne, Montebourg sait de quoi il parle, il ne vit pas particulièrement dans la misère…

  17. Pour être décadent il faut avoir été quelque chose. Et à mon sens, ni Montebourg ni Sarkozy ne méritent la couronne de laurier jusqu’à présent.

    balle au centre ….

    C’est étrange , je ne me souviens pas d’avoir entendu Fadela Amara à propos de la main au cul présidentielle ?
    Plus de secrets, plus de maitresses, plus d’enfants cachés, la France fout le camp……..

  18. Bonjour charles,
    Meilleurs voeux pour cette année. Et un peu déçu d’apprendre que vous serez moins présent sur la toile…
    “L’austérité” de Ségolène contraste avec le coté mise en image de Nicolas, le plaisir de l’écoute de la misère opposé à la la délectation du luxe.
    A mon idée, personne ou presque n’avait connaissance du goût de Nicolas pour le luxe avant que les caméras ne se braquent sur lui. C’est cela qui choque, en plus de l’étalage (consentie ou non) de sa vie privée.

    Vous avez raison en disant : “Voilà donc le fait, la tendance lourde, le retour tout monarchique du “bon plaisir” dans le champ politique”.

    Un retour en fanfare

    D’ailleurs, Nicolas s’est octroyé le pavillon de la Lanterne comme résidence secondaire de l’Elysée, demeure traditionnellement réservé à nos premiers ministres dont l’un l’avait agrémenté d’une piscine. Le luxe existait avant, mais n’était pas aussi ostentatoire…

    Ségolène et Nicolas, ainsi que les autres formeraient-ils une nouvelle aristocratie ?
    Je me méfie des images. Après tout derrière la fonction il y a la femme ou l’homme.
    Bien a vous

  19. Bonjour Fabrice,
    curieux, je n’ai jamais trouvé Ségolène Royal “austère”, même plutôt séduisante et simplement assez “allumée”. Quant à la mise en image, il me semble qu’elle a eu son compte, pendant la campagne, et même avant. N’est-elle pas la première ministre à avoir invité la presse à la maternité pour présenter le nouveau-né aux français?
    Le luxe, oui, dans la tradition française, on le préfère secret. Il pourrait coûter cher au président.

  20. Hey Charles’

    Somethin’s just kept naggin’ at me lately: that perhaps life is in fact 2 short 4 friends to stay sore at each other 4 too long - unless U can rewind time like a broken song that refuses 2 die…

    That said, isn’t it sweet 2 see that U’re still sticking with your trade!

    Hang loose and stay close, as the ol’ man used to say.

    And may the Monkey Ape unwind.

    Oogie

  21. Hey, Zape The Ape, d'been naggin' me as well. Checking guitars and thinkin' o' the ol' pal. I'm still on business. You'd diappeared, ain't you? Thought you were "working as a cook / on a fishing boat / Right oustide Delacroix" I'll be back soon.
    Lightfinger

  22. Tried 2 answer 4 the last couple of words (hours), but somethin’ screwed up, which is probably better. So, I shall retrieve.

  23. Bonne année Charles.

    Sincèrement, je pense qu’on a le président que l’on mérite. Un petit roquet flambeur, fier de sa réussite avec “la mine de l’enfant ébloui par son rêve qu’il vient de réaliser” comme le disait de fort jolie manière Duhamel dans sa chronique de France Culture ce matin.

    Je conserve une petite tendresse stupide pour sa désacralisation du poste et pour son coté vainqueur de la Star Ac’.

    Pour ce qui est de She Was, j’aime bien l’univers de la chanson qui retranscrit avec justesse cette intimité du couple. On voit bien les vetements étalés sur le parquet, et on peut presque entendre les craquements de celui-ci lorsque la fille se lève. J’aime bien la deuxième guitare sur le pont. Je regrette juste l’interprétation un peu chargée de componction mais en même temps je ne suis pas Sinatra non plus.

    bonne année.

  24. Bonjour Cecil et bonne année.
    La décralisation, nous en avions besoin. Elle est radicale.
    She Was, je ne serai jamais chanteur, c’est clair, mais j’aime bien en pousser une de temps en temps, et nos modèles politiques poussent à ne se priver de rien… J’y reviendrai, de temps en temps.
    Pour cette semaine, un petit hommage musical au jeune couple présidentiel, tout rayonnant de son jeune bonheur. A poster ce soir ou demain.

  25. Here’s a song 4 U, Charles’. Would it ring a melody?

    Over Here, At Villa Paradiso

    Today shall be the last day of my yesterdays
    Just like schooldays come to standstill at the feet of summer
    Green towels and empty chairs scattered around the pool
    With almost everyone gone to wherever is theirs
    While my lonely heart rests its sore legs
    Over here, at Villa Paradiso

    There’s a sense of sadness behind the sun [right now]
    But so much hope on the horizon
    As black clouds are suddenly coming down
    Over here, on Villa Paradiso

    Hey sister, we could walk to the Torre tonite
    And watch the pretty girls display their golden tan…
    And why not pretend that things have not yet changed
    As you watch from above… and me just down below
    Safe in your little arms that have spread like wings around my everything
    Over here, at Villa Paradiso

    There’s a sense of cool madness behind the moon tonite
    But so many lights on the horizon
    As darkness settles down
    Over here, at Villa Paradiso

    Now some people say that it is so unfair
    That you just had your final recall
    Before they could even make their own call
    What do they care, what do they know?
    Kind, gentle fools walking on the edge of their thin knowledge
    While all I feel is your presence here and there
    And everywhere, at Villa Paradiso

    Now time has come for me to move along
    Knowing full well that from here on
    Everything is gonna be right on, and on…
    And that for you and I, dearest darling, everything is just about to begin,
    From here on, at Villa Paradiso

    There’s a sense of greatness behind the stars right now
    As I lay down in both our arms
    Over here, at Villa Paradiso

    And there’s a greater sense of kindness all around us
    And beyond… and so far above… and even below
    Over there, where tomorrow becomes eternity
    At Villa Paradiso

    Oogie
    25 June 2005

    Exclusive Property of Twin Machine.
    This publication may not be reproduced, stored, transmitted or altered
    in any way without the written consent of the copyright owner.

  26. U see, Charles’

    I have been writing a shitload of material in the past couple of years, and even before. One way or the other, it’s gonna end up on a piece of plastic… as soon as I set up my studio again. ‘Cause, for the moment, I’m sweating on a fishin’ boat.

    Regardless, at present, I’m looking to do some experimental writing with a 4 handed novel. You’re up to it? Two pages a day, each. At least. We’ll have a novel in no time. I’ll start with a good premisce. It’s in me. It’d be interesting 2 play ping pong with each other, on paper.
    But I can play ping pong alone as well.

  27. Félicitations pour la chanson.
    Quant à Sarko, je ne suis pas fan et je trouve qu’il a souvent les pieds qui décollent, mais sa rivale était pire que pire et on y a échappé.
    Je n’aime pas le bling bling et j’apprécie la retenue, mais je trouve sain qu’on en ait fini avec les présidents morts. Miterrand à la fin, c’était le retour de la momie et Chirac nous a joué l’empaillé 1 et 2.

  28. Très bien l’interview sur Fr Inter! A quand l’invitation au 20 heures de TFI?

  29. Ah Butch, a voice from the past! Welcome

  30. Charles a écrit :

    On me dira, ça ne date pas d’hier et Giscard avait ouvert une voie que ses successeurs n’ont pas dédaignée.
    —–
    C’était avant l’épisode du “stylo roumain” qui renvoie aux fameux “diamants de Bokassa” dans la mémoire collective …

    Les peuples ont la mémoire longue, quoiqu’on dise…

    Obliger après tout ça chaque élève de CM2 au “devoir de mémoire” sera peut-être l’impro de trop .

Poster un commentaire
*Obligatoire
*Obligatoire (mais jamais publié)
 

*
Prouvez-moi que vous n'êtes pas un robot et recopiez le mot.
Anti-Spam Image