Millenium, First Bobo Polar

salander.jpgJe referme Millenium - le polar de la décennie selon la critique - bobo-thriller en trois tomes sur lequel on se doit d'avoir tremblé entre Noël et le jour de l'an, pour autant que les beaux livres publiés par Acte Sud - Actes Noirs, pour l'occasion - aient trôné sous le sapin au côté "de celui de celle dont nous sommes la plus elle histoire". C'était mon cas. J'ai beaucoup aimé Millénium, et souvent ri nerveusement, on verra pourquoi.

L'auteur, Stieg Larsson, n'a pas résisté à son intrigue. Il est mort en remettant le tome III à son éditeur. C'est affreusement triste. Il n'aura rien vu du succès mondial de sa trilogie. Mais venons-en au fait.

Le héros, Mikael Blomqvist, est un journaliste de gauche, donc naturellement épris de vérité et profondément révolté par l'injustice. Il a fondé un journal insolent et contestataire, Millenium, dont la mission principale est de faire toute la lumière sur les abominations économiques et sexuelles du monde des finances et du grand capital. Donc jusque là, tout est normal.

Après un divorce très smooth, très adulte-adulte, avec une femme dont il est resté le véritable ami, il est resté très lié à sa fille. Mais la gamine a dû disjoncter car elle s'est mise à croire en Dieu. Forcément, ça secoue son père qui se demande s'il n'est pas un peu responsable d'une telle défaillance psychologique. Mikael passe de femme en femme avec une prédilection pour son associée, une fille superbe, de la haute, avec qui il couche très régulièrement. Mais Erika est simplement une « copine de baise avec un vrai feeling », et tout se fait avec l'assentiment de son mari qui trouve tout très bien mais qui - allez, il est un peu coincé, un peu ringard, un hétéro borné, même pas bisexuel - hésite à rejoindre les deux amants au cœur de leurs ébats. Ca fait sourire Blomqvist, cette timidité un peu déplacée. Pas relax, l'artiste. Jusque là, donc, tout est normal.

Dans sa croisade contre le Grand Capital, il est épaulé par Lisbeth Salander, une gamine très attachante parce que totalement asociale, semi-autiste, couverte de tatouages et de piercings, d'une violence primale, radicale, extrêmement intelligente et, par conséquent, en révolte aigüe contre l'oppression institutionnelle, policière et médicale, dont elle a eu à subir l'aveuglement, en HP (pas les imprimantes, l'asile). Lisbeth est la victime d'un complot qui la dépasse et de la brutalité stupide et forcément masculine d'un père monstrueux, d'un psychiatre pervers et du modèle suédois. Lisbeth est un génie de l'informatique et du net, une hackeuse de talent qui peut s'introduire dans votre Ipod en se connectant de Macao ou des toilettes du TGV et vous chourer tous vos titres de Gérard Palaprat ou d'Enrico Macias. Elle est naturellement bisexuelle et aime beaucoup Mimi, une autre fille sympa, tatouée, hyper-destroy, qu'elle a rencontrée à la Gay Pride et qui l'attache sur le plancher avec des chaînes et des lanières de cuir pour lui donner davantage de plaisir. Une vraie copine, donc, très en vogue dans les milieux SM très sympas. En lisant Millenium, on kiffe vite pour Lisbeth. Elle a une vingtaine d'année, mais un corps d'adolescente, voire de lolita pré-pubère. C'est un détail important. Ca permet à Mikael de s'éclater sans aller au gnouf. Mais comme il a aussi une copine de plus de cinquante ans, on se dit simplement que c'est un gland à spectre large. Jusque là, tout est normal, relax.

Les ennemis de Mikael et de Lisbeth sont tous des hommes riches, puissants et en surcharge pondérale. Plutôt des avocats ou des banquiers d'affaires, des capitaines d'industrie - donc pervers - même pas féministes, pas forcément antiracistes et peu respectueux de l'environnement. Ils ont en général un parent proche qui a été dans la Waffen SS. Ce sont des types affreux, d'une façon générale sadiques et tous résolument pédophiles. Sur le disque dur de leur PC, on trouve des étagères entières de culottes Petit Bateau, davantage que dans le catalogue de La Redoute. Apparemment ils ne sautent que des mineures, à Tallinn ou ailleurs. Ca prouve bien que l'argent pourrit tout. Mais c'est compter sans Millenium. Jusque là, tout est normal, on respire.

Mikael et Lisbeth se trouvent donc emportés trois tomes durant dans un tourbillon crypto fasciste ou la droite haineuse apparaît enfin sous son vrai jour. Mais nos héros sociaux-démocrates triomphent. Lisbeth fait main basse sur la fortune colossale et mal gagnée du plus méchant des gros en pénétrant le système de sa banque. Mikael, de son côté, pénètre Lisbeth et semble prendre enfin conscience de son schéma corporel. Enfin je crois.

Bref, sur presque deux-mille pages, on navigue de poncif en poncif mais, il faut bien le reconnaître, avec passion tant les histoires sont bien construites, les personnages attachants et le mystère nourri avec patience. L'univers de référence de Stieg m'a fait sourire, c'est vrai, mais son talent de storyteller était exceptionnel.

Cette mort, comme beaucoup d'autres, est un véritable scandale. Lisez Larsson !

Commentaires (11) to “Millenium, First Bobo Polar”

  1. Bonsoir,
    Je ne connaissais pas, mais j’en ai l’eau à la bouche. (plutôt aux yeux, car c’est avec eux que je lis )
    Dramatique de décéder au moment du succés.

  2. Jusque là rien d’anormal, c’est une petite soirée au “troisième lieu” ?!

    je regretterai le tome 4, où, puisque l’argent pourri tout et que Lisbeth est maintenant fortunée par vol, abusée par Mickael, elle prendra rapidement une large surcharge pondérale fumera le cigare et choisira définitivement l’hétérosexualité (ah beurk !)

    Encore heureux que le style sois bon.

  3. J’ai aimé les 3 bouquins - sauf celui du milieu - mais c’est vrai qu’il y a une volonté de bâtir un système de valeurs alternatif en faisant l’apologie de tout ce qui est libertaire.

  4. O.o

    En fait, je ne suis pas certain d’avoir envie de le lire…

  5. Le libertinage, l’adultère, l’asociabilité, la tribu, la théorie du complot, la bisexualité, le vol, la lutte contre l’injustice (dont l’individu est seul juge), sont des valeurs libertaires ?

    Peut être par ce qu’elles portent d’individualisme, d’égocentrisme, de la préference de l’individu sur la société…..en somme ce qui tout ce qui rapproche le libertaire du libéral ….

  6. Qu’est ce qui sépare Mikael et Lisbeth (de gauche) des pervers (de droite) qu’ils combattent ?
    Ni la méthode, le vol et le viol , ni le but, le plaisir et le profit.

  7. Et ben c’est bien résumé!

  8. Je viens de finir le premier tome… J’avoue, du coup, être fatigué car j’ai refusé de me coucher avant de le terminer hier soir.. Satanée dépendance à la lecture. Surtout celle d’un polar aussi bien ficelé.

  9. Je trouve que votre en-tête est juste : il n’y a d’ailleurs eu que des bobos pour me conseiller cette trilogie. (je suis une grande amatrice de polars)Je me suis contentée de lire les deux premiers tomes… je ne trouve pour ma part pas la construction révolutionnaire. il n’y a que le personnage du journaliste dans le premier tome qui est original, pour le reste, le roman est très classique et me fait penser à L.block ou H.Mankel. Je pense que c’est la légende qui entoure le livre, (le story telling comme on dirait aujourd’hui) qui a contribué à son succès.
    eh oui, Stig ne serait pas mort, il n’aurait pas eu le même succès :-)

  10. Ai lu le tome I durant les vacances. Que cette chronique est juste et pertinente.

    Bis spaeter - cecil.

  11. Le 1er tome est un thriller de haut niveau. Ensuite, dès la fin du 1er tome, ca se gâte (Lisbeth Salander super héros à la fois Arsène Lupin et Spiderman). Le 2e tome: trop de coincidences et trop de moments super héros. Le 3e tome est d’une lenteur extrême: pourquoi écrire 100 pages quand on peut en écrire 700!

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