Casse-toi, pôv’con, analyse et gros mots

cock.jpgJ'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.

J'ai visionné et visionné encore cette séquence unique du rapport des français au pouvoir, et inversement, de l'élite à sa plèbe. L'ai passée à l'endroit, à l'envers, avec ou sans l'image, avec ou sans le son, j'ai observé un à un les visages qui entourent l'élu, essayé de comprendre la dynamique sous-jacente au drame, même cherché en passant des indices validant la mort de Paul McCartney en 1968. Voici mon analyse.

Concentrons-nous d'abord sur la phrase, celle - inacceptable - par quoi le scandale arrive : « Touche-moi pas, tu me salis ». Touche-moi pas… non mais d'où sort ce clown analphabète ? Une première évidence s'impose, ce type a fait son primaire en France, à l'École Publique la meilleure du monde, et a probablement calcifié pendant son secondaire les dommages grammaticaux hérités de la complaisance pédagogique post soixante-huitarde. Une confirmation vivante des scores désastreux du rapport PISA, en somme. Une deuxième évidence, ce type mal embouché est malhonnête et sans doute téléguidé par Marianne. Il vient de passer des heures à patauger dans le purin annuel de la porte de Versailles et refuse de goûter au toucher régalien d'un président rasé de frais, sans doute douché moins d'une heure auparavant. On rêve. Et venons-en donc à la réaction, somme toute assez modérée, de Nicolas. Franchement, un type me dit touche-moi-pas-tu-me-salis, moi, c'est coup de boule direct, et légèrement pris de biais pour lui remonter la cloison nasale au niveau des sourcils, avec pour résultat une obstruction systématique de l'une des narines au moment de l'endormissement, rien de plus agaçant. A la place de quoi, totalement zen, le président lui susurre, bonasse, un brin complice, casse toi, pôv'con, variante batave du fameux touche à ton cul salope qu'il nous réserve pour le salon du Bourget. Le langage de la rue, quoi, celui des cités. La belle langue du sol, sans doute un exemple de mise à niveau du discours citoyen, de la connivence enfin retrouvée après toutes ces années de rupture entre le peuple et une classe politique élitiste et distante, aveugle aux préoccupations quotidiennes des Français. Car enfin, soyons honnêtes, qu'aurait dit Rocard en la circonstance ? « Et bien soit, l'arsouille ! Et mouvez-vous donc d'une canne, misérable vulve ! ». Personne n'aurait compris, ce qui est normal avec Michel, et l'événement aurait fait long pschitt.

Sarkozy, lui, reste simple, direct et rapide. C'est son style, le pays l'a compris. Les mauvaises langues, toujours de gauche, diront qu'il s'agit là d'un acte symbolique, une phrase qui n'appartient pas au hasard, l'une de ces paroles réflexives arrachées à la pensée d'autrui pour la faire sienne, la digérer en quelque sorte. En d'autres termes, casse toi pauvre con serait une restitution inconsciente des sondages par l'Élysée.

Après tout, je me souviens qu'en pleine campagne présidentielle, le candidat UMP, croisant quelques élus socialistes un peu déstabilisés dans les couloirs de l'Assemblée, leur avait lâché narquois « Surtout ne changez rien ! ». Royal et Hollande auraient beau jeu, aujourd'hui, de lui retourner le compliment, avec les conséquences que l'on connaît, car si un Sarkozy fort a su faire l'union de la droite, un Sarkozy faible aura tôt fait de la détruire et de rouvrir les plaies qui l'ont longtemps affaiblie. Auquel cas un PS anéanti ferait face à une droite ruinée.
Nous serions alors tous très enthousiastes et confiants dans l'avenir.

Vignette: combat de coqs, une tradition

Teamwork

dali.jpgProfil bas. Faut juste savoir ne pas la ramener, parler d'autres choses… Trouver des sujets de conversation parallèles… vous êtes plutôt chaudière individuelle ou chauffage collectif, vous ? Personnellement, je suis sur l'individuel mais enfin discutons-en… ou les boîtes de vitesse, c'est bien aussi, automatique ? Mécanique ? Des trucs importants.

Bon, il avait dit qu'il ferait bouger les lignes, Nicolas, fantasme linéal très répandu dans la classe politique depuis quelques mois. Et il a fait ce qu'il a dit. D'ailleurs il l'avait bien dit. Je veux dire il avait bien dit qu'il ferait ce qu'il disait. La ligne bouge un peu, donc, y compris dans la majorité qui ne sait plus bien laquelle suivre, de la ligne d'horizon à la ligne de traîne. C'est ça, la culture du résultat, on la suit des yeux… Il n'a pas dit de la performance, il a dit du résultat. Quel que soit le résultat. On voit le résultat. Pas encore la performance. Et le fait est que même ceux qui l'ont soutenu - c'est mon cas - ont juste un petit haut-le-cœur tellement elles bougent, les lignes. Il faut s'en sniffer une costaude pour comprendre. Ou ne pas la perdre (j'en suis à six semaines sans tabac, merci). L'axe Cecilia-Carla-Neuilly-Shoa commence à sentir la ligne de fuite. Si Kerviel avait joué Sarko à la baisse, la SocGen rachetait City Bank en une semaine.

Une petite chute dans le triple salto des figures libres… La juge française note à 39% ce matin. C'est sévère… La presse, elle, avec le naturel putassier qu'on lui sait -  et Jean-François Kahn en taulière - se jette sur la viande encore chaude, ricane et pétitionne à tout va. Bref ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne… on entonne la rengaine à la Closerie. On ne pouvait pas mieux dire puisque c'est bien à la Lanterne que se complote le vaudeville perturbant du moment.
Pour être très franc, je suis beaucoup plus à l'aise quand tout prouve que j'ai raison. Quoi de plus énervant, en effet, que voir ceux d'en face grimacer un sourire genre on te l'avait bien dit.  J'évite un peu les copains de gauche. C'est prudent. Donc profil bas. Pour un moment. Mais, au fond, j'aime bien cette période, ce va et vient du triomphe. Si j'ai bon souvenir, crisis, en grec, signifie le jugement, la vérité, la lumière faite sur soi. Il y quelque chose de tranchant dans la crise, qui fait que si l'on survit, on en sort amaigri, moins complaisant, plus fort. J'avais écrit sur l'impopularité, il y a déjà un moment, sur l'expérience du rejet, du vide, du désamour. Comment Nicolas sortira-t-il de ce mauvais passage, que d'autres ont connu avant lui ?

Reste l'équipe. Et l'équipe avance, apparemment. Fillon semble tenir son cap. Si l'équipe tient, le chef tiendra et, dans le meilleur des cas, aura gagné en modestie. S'il tue son équipe, le chef saignera longtemps. L'enjeu est énorme.
Les études - certaines auxquelles j'ai même participé - mettent en évidence au moins quatre grandes qualités perçues chez les leaders qui savent développer un climat de confiance au sein de leurs équipes : la compétence, l'empathie, l'honnêteté dans le discours et la concentration.
La compétence ? C'est sûr, en vol, nous préférons que le pilote sache piloter. Sur ce point Sarkozy n'a pas vraiment démérité, du moins à mes yeux, mais Villiers-le-Bel sonne davantage comme une réminiscence ministérielle que comme un acte de leadership présidentiel, et même si l'Élysée n'y est pour rien, le planning est fâcheux. Qu'on ait gaulé avec compétence la poignée connards qui faisait des cartons sur les forces de l'ordre ne me dérange pas, mais le rapport de Nicolas aux banlieues n'est pas universellement décrit comme empathique.
Les annonces judéo-compassionnelles de la semaine dernière se sont faites sur fond de banlieue casquée… A tort ou à raison, les perceptions sont ce qu'elles sont et l'empathie n'est pas le mot qui vient naturellement en pensant au président. L'honnêteté dans la communication ? Pour autant qu'elle soit la sienne, la parole du président ne me semble pas moins honnête que celle de ses prédécesseurs. Sans doute même plus directe, moins tordue ou cynique. Reste la concentration. Ce que les anglo-saxon appellent focus ou dedication. Le président est-il dédié, concentré sur son objectif, sa tâche, son programme, son équipe… et sur eux seuls… C'est à mon avis ici que le bât blesse vraiment. On serait tenté d'ajouter que le bas blesse, tant la vie personnelle du président se superpose à l'activisme trépidant qui marque son entrée en lisse. Il tire dans tous les sens, dirait un jaloux. Il est tellement partout qu'il n'est plus nulle part, qu'il n'est plus crédible, du moins aux yeux de l'opinion. Quelque chose, dans l'horloge du pouvoir, sonne faux. L'Europe rebâtie en deux mois, un couple reformé en deux semaines, un France réformée en cinq ans, une opposition terrassée en un conseil des ministres, l'Amérique retrouvée en un été, des infirmières libérées en un voyage… il y a, pour ce pays profondément paysan, cyclique, conservateur et lent, quelque chose d'irréel dans cette accumulation, quelque chose qui, en tout cas, suscite la défiance. « Chaque chose en son temps ». « Chacun à sa place ». « Donner du temps au temps ». « Ne pas aller plus vite que la musique »… la France regorge de cette sagesse conservatrice et rurale dans laquelle elle s'enlise. Pour autant, l'ignorer est un risque. Sarkozy semble vouloir le prendre. Il ne peut pas le faire seul. Aujourd'hui, l'équipe gouvernementale est le seul lien crédible entre un Élysée qui trépigne et un pays qu'on dérange en pleine sieste. Sarko est au clairon. François assure les basses.

J'aimerais pourtant qu'ils accélèrent.

Vignette : La Cène ; Salvador Dali, 1955

Sédiments et Sentiments

banania3.jpgParfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…

C'est comme cela qu'en levant les yeux, alors que les portes du métro pschitaient à Sablons, j'ai vu cette affiche. La RATP refait la station et l'habillage très moderniste des années soixante a été déposé. Sur les grands panneaux publicitaires de l'époque, subsistent les traces lacunaires des réclames d'un autre temps. Et là, au centre de cette enclave dévastée mais préservée des fifties, le sourire en lambeaux de l'Afrique Équatoriale Française. Banania. Et pour qui sait lire, là, en bas à gauche, le Y apostrophe de « Y'a bon », ce slogan des matins glauques, lu et relu, paupières lourdes d'avant l'école, marcher dans la nuit froide, rue Ernest Renan… Le Nègre de de Gaulle et de Senghor avait fait place au Noir de Giscard avant que le Black de Jack Lang n'impose ses rythmes dans les sous-sols nocturnes de Paris et qu'enfin, Sarko l'invite à gouverner. Une croisade mentale de cinquante années. Et le voilà qui passait un sourire, un clin d'œil, dans la muraille du temps, dans les sédiments déchirés de la ville marchande. Mercredi.
Je suis retourné le photographier.
Un peu plus loin, le Critérium, ce privilège de bakélite noire et crénelé qui laissait sur le bord de l'index ses barrettes de peau rougie. Quelle idée géniale que ce crayon qui ouvrait sa gueule de murène et qui crachait sa mine ! HB, la neutre. 2H, la décevante qui ne marquait pas mais ne cassait jamais. 2B, grasse et fragile, douce sur la feuille, qui bavait sous le pouce. Au cul du stylo, un petit cylindre de métal blanc. D'un côté la petite gomme rouge, de l'autre de quoi tailler la mine. Un système moderne et ingénieux ! Tout le monde n'avait pas un Critérium.
Là-bas, l'ancien logo du BHV, vert et massif. Ici, une jeune femme qui absorbe le chocolat renversé sur la table de la cuisine -Formica bleu pâle -, qui essuie le beau poisson qu'elle cuisinera ce soir - c'est donc vendredi -, qui fait briller le chandelier du trousseau. Elle absorbe, elle essuie, elle fait briller. Que pouvait bien faire d'autre une maman de 1957, l'année de la campagne Banania ? Une ménagère au cœur du nioudile français de l'après-guerre.

En remontant dans la rame, je me suis demandé ce que seraient les sédiments de 2007, en 2057, sur quoi s'arrêteraient mes petits enfants futurs. Google ? Ce mot qui ne désigne plus le crétin poilu des voyages de Gulliver, qui n'est pas non plus ce gargouillement terriblement embarrassant qui vous sabote un premier rendez-vous à fort enjeu, je me disais qu'est-ce qui restera de nos milliards de pages digitales, de l'immense bruit blanc de la toile… Il paraît qu'il faut faire attention. Les Ptolémée de la côte ouest nous referaient une version Big Brother de la bibliothèque d'Alexandrie. De plus en plus, paraît-il, on vous Google avant une rencontre. On sait, on saura donc tout de vous. Cuidado, il ne faut rien laisser dans le Global-File, paraît-il, car bientôt, quelque hacker malveillant pénétrera votre dossier médical - et ce furoncle malencontreux sur le bord inférieur du prépuce, il y a douze ans, vous coûtera ce job tant convoité. Vos dépenses inavouées, vos trajets secrets, vos escales improbables, vos appels subreptices, ceux qui se font à voix basse, tout sera sur le net, accessible, il vous faudra en répondre, de tribunal en tribunal…

Dans le sourire de Banania, il y avait le plaisir d'un instant et le bonheur d'un futur prometteur. Le sourire s'est effacé et le futur nous fait peur. En 2057, je me serai sans doute digitalisé avec grâce et sans doute recombiné astucieusement, ou même réincarné, en Tephritida du manguier ou en clitocybe anisé.

Mais il y aura bien un type que le hasard conduira sur cette page.

Vignette: métro Les Sablons, affiche d'Hervé Morvan, Banania 1959.

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Les oreilles et la queue

torro.jpgJe rentre de Barcelone, ça ne pouvait pas mieux tomber. Comme Toreador - qui tient depuis longtemps un blog insolent, fiévreux et virulent - n'arrivait pas à sortir des élections sans dépression post-traumatique, il a pris la décision de poursuivre et a lancé sur sa page le sondage des meilleurs blogs selon ses lecteurs. Le mien apparaît dans le toptenne, ce qui est, chacun le sait, l'ambition de toute multinationale qui se respecte.

Mais au-delà de cette reconnaissance par un cercle, certes plus étroit que celui des présidentielles, mais de qualité, disons, quelque chose me touche ici : le fait d'être associé à deux sites que j'aime particulièrement. Tout d'abord Koz , blog de droite humaniste et chrétienne, toujours pertinent à qui l'on doit des billets tour à tour pointus, touchants ou désopilants (je pense en particulier à sa participation bouleversante à un Débat Participatif de Ségo un soir de campagne présidentielle). L'autre est celui de Hugues, Com-Vat , un blog de gauche dont j'admire le style et la finesse. Hugues aime Ségolène, mais son style est tel que je le lui pardonne volontier…

Alors un conseil, allez lire chez ceux-là, vous ne le regretterez pas.

Vignette: El torro de Osborne 

Mesurer, pour quoi faire ?

luca.jpgUn bonheur de bonne heure ce matin dans la radio. Une fois n'est pas coutume.
Le journaliste présente une initiative sauvage, déviante, scandaleuse, encore un truc de ces putains de sales jeunes qui ne respectent rien : un nouveau site internet permet aux étudiants de se connecter et d'évaluer leurs cours sur une série de critères plutôt bien choisis (contenu, clarté, animation, intérêt, matériel pédagogique etc…). Les fumiers, ils ne respectent donc rien, je pense en trempant solitaire ma tartine dans un café au lait déjà tiède. Comme si leur profs n'étaient pas parfaits ? Les meilleurs du monde dans le meilleur système universitaire du monde. Mais le journaliste continue et appelle un Grand Témoin Lambda, une professeuse de fac, vaguement syndiquée, qui s'indigne en direct : « Alors si un tel système devait se développer, ça deviendrait problématique, il y aurait un risque que cela permette d'écarter un professeur simplement parce que son cours est mauvais, et ça, ça serait désastreux… ». Ca c'est envoyé ! Je reste figé, la tartine à mi-hauteur entre le bol et ma bouche. Pas de rewind sur Europe 1, mais si j'ai bien compris, il ne faudrait quand même pas courir le risque d'avoir un enseignement de qualité. On comprend facilement. Pas question de demander aux étudiants d'évaluer, ils en sont bien incapables, ils sont tellement cons, et ainsi le système scolaire et universitaire français restera le meilleur du monde. Et laissons de côté le rapport PISA , cette évaluation européenne assez contestable parce que non maîtrisée par l'Éducation Nationale, ou le palmarès de Shanghai qui souffre du même défaut.

Quelques minutes plus tard, je suis dans ma voiture à cracher mon poids de CO2 pour aller au bureau. J'écoute la radio. Le journaliste de BFM indique que Nicolas Sarkozy plonge dans les sondages (je le crois d'ailleurs plongé dans une aventure bien plus captivante). Tiens, c'est bizarre, je marmonne en frappant alternativement mon front et le volant de la paume de la main gauche, au feu rouge du Palais Royal, encerclé par les courageux Véliboys, lui on l'évalue une fois par semaine, mais on n'évalue pas les profs ou les fonctionnaires. Pourtant, on évalue aussi les ministres. Ca n'a donc rien à voir avec le fait d'être élu ou non. Les fonctionnaires sont notés aussi, par leur hiérarchie. Pas par leurs clients, donc. Un rapport auquel aurait participé Michel Rocard explique que la note doit impérativement être comprise entre 18 et 19,5 / 20. Sortir de cet écart est inacceptable. Simulacre, me dira-t-on ? Mauvais esprit ! Non, juste la preuve que nous avons une administration d'excellence, et que d'ailleurs le monde entier nous envie. Vous en voulez la preuve ? Voyez la moyenne de la classe.

Nicolas, de son côté, a promis d'être le président du pouvoir d'achat, et ça se mesure - et il le prouve d'ailleurs par ses fréquentation moyennement smicardes. Dont acte ! Se dit alors Jérôme K., modeste employé et trader fou d'une grande banque que je ne citerai pas par souci de discrétion. Pouvoir d'achat pour pouvoir d'achat, le gamin y va avec enthousiasme et la terre entière sait maintenant de quoi nous sommes capables ! Mais je lis ce matin dans la Figaro (sondage Opinion Way) que seulement 13% des français le considèrent comme responsable de la crise passagère que traverse son employeur. Non, la responsabilité est clairement désignée, elle est celle des dirigeants pour la majorité, et des systèmes de contrôle pour les d'autres… Nous y voilà : l'irresponsabilité est individuelle, la responsabilité est institutionnelle. Le grand coupable, on le connaît, c'est Le Système Auquel Personne Ne Peut Rien. Sinon Dieu. Et Dieu, en république, c'est le chef. Normal donc qu'il baisse dans les sondages et qu'éventuellement on en change. Personnellement, je n'ai jamais bien compris en quoi la responsabilité d'un système pouvait dépasser celle de ses concepteurs, ou même de ceux qui le subissent, s'en arrangent ou en profitent. Je ne vois pas non plus en quoi les faiblesses du chef absolvent quiconque de sa responsabilité individuelle. Peut-être, dira-t-on, que je vire parpaillot. Mais ça a du bon.

Au-delà de ce méchant syndrome, reste le problème de la mesure. Dans sa logique de l'honneur désuète et complaisante, la Réserve Nationale, je veux dire la France Publique, s'est éloignée d'un réel que l'autre moitié du pays assume et subit. Évaluer c'est reconnaître la réalité. Donc n'évaluons pas car l'ayant fait nous devrions agir pour progresser, pour changer les choses… Exposer la médiocrité là où l'illusion d'excellence survit n'est pas politiquement acceptable. Voyez le mépris de la gauche pour ceux qu'ils qualifient de « déclinistes ». Ces types vulgaires qui croient aux courbes et aux chiffres… En les nommant ainsi, on en fait les contempteurs d'une idéologie nouvelle et pessimiste, et non de simples observateurs des faits.
Réformer, changer les choses coûte cher en France. Certains mesurent aujourd'hui le risque inhérent à l'action dans un pays qui croit pouvoir durer parce qu'il est noyé de conservateur. Mitterrand, anesthésiste politique de talent, l'avait bien compris en proposant aux Français le Grand Projet du Ni-Ni. Un tabac assuré.

Non ? Mesurer c'est privilégier le réel sur l'effet l'optique ou de discours. Ca tue la complaisance. Une approche qui parfois sonne comme un réveil strident sur fin de rêve. Y compris pour un prof lambda.
A proscrire ?

Vignette: Jacopo de Barbari (vers 1495); Portrait du mathématicien Luca Pacioli (1445-1514) (Un marrant…)