Sédiments et Sentiments

banania3.jpgParfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…

C'est comme cela qu'en levant les yeux, alors que les portes du métro pschitaient à Sablons, j'ai vu cette affiche. La RATP refait la station et l'habillage très moderniste des années soixante a été déposé. Sur les grands panneaux publicitaires de l'époque, subsistent les traces lacunaires des réclames d'un autre temps. Et là, au centre de cette enclave dévastée mais préservée des fifties, le sourire en lambeaux de l'Afrique Équatoriale Française. Banania. Et pour qui sait lire, là, en bas à gauche, le Y apostrophe de « Y'a bon », ce slogan des matins glauques, lu et relu, paupières lourdes d'avant l'école, marcher dans la nuit froide, rue Ernest Renan… Le Nègre de de Gaulle et de Senghor avait fait place au Noir de Giscard avant que le Black de Jack Lang n'impose ses rythmes dans les sous-sols nocturnes de Paris et qu'enfin, Sarko l'invite à gouverner. Une croisade mentale de cinquante années. Et le voilà qui passait un sourire, un cli