Teamwork

dali.jpgProfil bas. Faut juste savoir ne pas la ramener, parler d'autres choses… Trouver des sujets de conversation parallèles… vous êtes plutôt chaudière individuelle ou chauffage collectif, vous ? Personnellement, je suis sur l'individuel mais enfin discutons-en… ou les boîtes de vitesse, c'est bien aussi, automatique ? Mécanique ? Des trucs importants.

Bon, il avait dit qu'il ferait bouger les lignes, Nicolas, fantasme linéal très répandu dans la classe politique depuis quelques mois. Et il a fait ce qu'il a dit. D'ailleurs il l'avait bien dit. Je veux dire il avait bien dit qu'il ferait ce qu'il disait. La ligne bouge un peu, donc, y compris dans la majorité qui ne sait plus bien laquelle suivre, de la ligne d'horizon à la ligne de traîne. C'est ça, la culture du résultat, on la suit des yeux… Il n'a pas dit de la performance, il a dit du résultat. Quel que soit le résultat. On voit le résultat. Pas encore la performance. Et le fait est que même ceux qui l'ont soutenu - c'est mon cas - ont juste un petit haut-le-cœur tellement elles bougent, les lignes. Il faut s'en sniffer une costaude pour comprendre. Ou ne pas la perdre (j'en suis à six semaines sans tabac, merci). L'axe Cecilia-Carla-Neuilly-Shoa commence à sentir la ligne de fuite. Si Kerviel avait joué Sarko à la baisse, la SocGen rachetait City Bank en une semaine.

Une petite chute dans le triple salto des figures libres… La juge française note à 39% ce matin. C'est sévère… La presse, elle, avec le naturel putassier qu'on lui sait -  et Jean-François Kahn en taulière - se jette sur la viande encore chaude, ricane et pétitionne à tout va. Bref ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne… on entonne la rengaine à la Closerie. On ne pouvait pas mieux dire puisque c'est bien à la Lanterne que se complote le vaudeville perturbant du moment.
Pour être très franc, je suis beaucoup plus à l'aise quand tout prouve que j'ai raison. Quoi de plus énervant, en effet, que voir ceux d'en face grimacer un sourire genre on te l'avait bien dit.  J'évite un peu les copains de gauche. C'est prudent. Donc profil bas. Pour un moment. Mais, au fond, j'aime bien cette période, ce va et vient du triomphe. Si j'ai bon souvenir, crisis, en grec, signifie le jugement, la vérité, la lumière faite sur soi. Il y quelque chose de tranchant dans la crise, qui fait que si l'on survit, on en sort amaigri, moins complaisant, plus fort. J'avais écrit sur l'impopularité, il y a déjà un moment, sur l'expérience du rejet, du vide, du désamour. Comment Nicolas sortira-t-il de ce mauvais passage, que d'autres ont connu avant lui ?

Reste l'équipe. Et l'équipe avance, apparemment. Fillon semble tenir son cap. Si l'équipe tient, le chef tiendra et, dans le meilleur des cas, aura gagné en modestie. S'il tue son équipe, le chef saignera longtemps. L'enjeu est énorme.
Les études - certaines auxquelles j'ai même participé - mettent en évidence au moins quatre grandes qualités perçues chez les leaders qui savent développer un climat de confiance au sein de leurs équipes : la compétence, l'empathie, l'honnêteté dans le discours et la concentration.
La compétence ? C'est sûr, en vol, nous préférons que le pilote sache piloter. Sur ce point Sarkozy n'a pas vraiment démérité, du moins à mes yeux, mais Villiers-le-Bel sonne davantage comme une réminiscence ministérielle que comme un acte de leadership présidentiel, et même si l'Élysée n'y est pour rien, le planning est fâcheux. Qu'on ait gaulé avec compétence la poignée connards qui faisait des cartons sur les forces de l'ordre ne me dérange pas, mais le rapport de Nicolas aux banlieues n'est pas universellement décrit comme empathique.
Les annonces judéo-compassionnelles de la semaine dernière se sont faites sur fond de banlieue casquée… A tort ou à raison, les perceptions sont ce qu'elles sont et l'empathie n'est pas le mot qui vient naturellement en pensant au président. L'honnêteté dans la communication ? Pour autant qu'elle soit la sienne, la parole du président ne me semble pas moins honnête que celle de ses prédécesseurs. Sans doute même plus directe, moins tordue ou cynique. Reste la concentration. Ce que les anglo-saxon appellent focus ou dedication. Le président est-il dédié, concentré sur son objectif, sa tâche, son programme, son équipe… et sur eux seuls… C'est à mon avis ici que le bât blesse vraiment. On serait tenté d'ajouter que le bas blesse, tant la vie personnelle du président se superpose à l'activisme trépidant qui marque son entrée en lisse. Il tire dans tous les sens, dirait un jaloux. Il est tellement partout qu'il n'est plus nulle part, qu'il n'est plus crédible, du moins aux yeux de l'opinion. Quelque chose, dans l'horloge du pouvoir, sonne faux. L'Europe rebâtie en deux mois, un couple reformé en deux semaines, un France réformée en cinq ans, une opposition terrassée en un conseil des ministres, l'Amérique retrouvée en un été, des infirmières libérées en un voyage… il y a, pour ce pays profondément paysan, cyclique, conservateur et lent, quelque chose d'irréel dans cette accumulation, quelque chose qui, en tout cas, suscite la défiance. « Chaque chose en son temps ». « Chacun à sa place ». « Donner du temps au temps ». « Ne pas aller plus vite que la musique »… la France regorge de cette sagesse conservatrice et rurale dans laquelle elle s'enlise. Pour autant, l'ignorer est un risque. Sarkozy semble vouloir le prendre. Il ne peut pas le faire seul. Aujourd'hui, l'équipe gouvernementale est le seul lien crédible entre un Élysée qui trépigne et un pays qu'on dérange en pleine sieste. Sarko est au clairon. François assure les basses.

J'aimerais pourtant qu'ils accélèrent.

Vignette : La Cène ; Salvador Dali, 1955

Commentaires (29) to “Teamwork”

  1. Puisque je suis de gauche je peux la ramener et j’en profite en posant une question qui m’a réveillée cette nuit : “Qu’est ce que Delanoe, au mieux Edenbaum (75003), à fait pour me rendre la vie meilleure depuis 7 ans”….

    1) nous débarrasser des verts, simplement en observant les résultats de l’élection présidentielle.

    2) Concentrer l’essentiel