Chine et désinformation occidentale

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A Shanghai depuis quelques jours où, comme partout, on parle du Tibet. Mais dans d'autres termes, plus feutrés, différents. Par exemple, ce matin, à la une de China Daily , un long article illustré dénonce les manipulations éhontées et staliniennes de la presse occidentale dans sa couverture crapuleuse des événements de Lhassa.

Ainsi, ce manifestant, prétendument emmené et brutalisé par le police n'est rien d'autre qu'un civil chinois, un Han, arraché in extremis aux mains d'une foule ivre de violence. Cet autre, à terre, se protégeant naïvement de la longue matraque chinoise et policière prête à s'abattre sur lui… même pas vrai ! Le policier est tibétain. Et CNN, de son côté, qui n'hésite pas à diffuser des vidéos inquiétantes de camions militaires chinois acheminant par dizaines les soldats en armes, mais qui tronque l'image et omet d'exposer la foule vindicative qui caillasse la soldatesque…

On se déchaîne sur le net. « Je pensais que les médias occidentaux étaient corrects. Mais comment peuvent-ils fermer les yeux sur les tueries et les méfaits des manifestants ? »

Personnellement, j'ai voulu vérifier. J'ai donc branché CNN le soir même à l'hôtel, pour voir à quel point nous étions désinformés sur la situation. Je n'ai pas eu à attendre longtemps, moins d'une demi-heure après que je me sois installé dans mon fauteuil avec un Jack Daniel, le speaker annonce un focus sur la situation à Lhassa et, Tchiumph ! écran noir, genre hard disk failure, chérie il faut changer le poste… quelques minutes de vacuum communicationnel anxiogène, et hop ! retour sur une pub rassurante, ventant l'effort d'un industriel en matière de sustainable developement, puisque plus personne ne peut faire de réclame chez CNN sans vouloir sauver la planète. Donc en Chine, pas de nuance. Swich on / off. Facile. Lhassa, connais pas… Vous avez des états d'âme ?

Mais l'internet aidant, le débat va bon train. Hier soir, au cours d'un dîner, la seule question qui préoccupe est : les occidentaux vont-ils boycotter les Jeux ? N'étant pas expert mais un peu normand, j'y vais d'un couci-couça convaincant, et l'un des convives a cette phrase qui me taraude depuis : « Ca serait terrible ! La Chine ne pourrait pas supporter une telle perte de face ! »

Je me suis demandé ce qu'elle ferait.

Vignette: Shanghai evening 

6 détails insignifiants à mon sujet

rio.jpgTagué par Jules et Koz , je m'y colle et j'ose.

1. Je suis d'un naturel optimiste, positif, joyeux. Leonard Cohen m'emmerde.
2. De longue date déçu par l'eau du bain, j'ai opté pour la douche. La température est constante et c'est bon pour Gaya.
3. Un soir au Mercer (au coin de Mercer et de Prince), je lisais François Bon dans le lobby, une bière servie par une chinoise sinueuse, la biographie des Rolling Stones, page 435, je crois. Elle s'est assise à côté de moi. Elle, c'était Fiona Apple. Moi, pas moufeté.
4. Avec mes amis, un groupe folk, il y a longtemps, nous faisons l'Olympia. De Paris.
5. Chaque année, je navigue au printemps. A la voile. Discrètement, j'essaie de marcher sur l'eau. Sans illusions.
6. J'avais treize ans. Un cheval est mort, la tête sur mes genoux. Il était gris et joueur. On disait de lui qu'il avait du sang arabe.

 Je ne tague que les filles: Neirie , Clarabel et Tamara . Grand bien leur fasse !

 Vignette: Rio, comme un lundi… retour demain.

Back In USSA’

stars.jpgA la va-vite. En voyage
South Carolina pour quelques jours, dans une Amérique en campagne, elle aussi. Il a plu, hier, en milieu de journée. A Hard Rain's Gonna Fall, elle a balayé les Appalaches… Ca faisait un moment que je n'avais pas posé le pied sur la terre promise. En 1969, les Beatles sont agacés par cette propension qu'ont les américains à sangloter en descendant de l'avion, en retrouvant My Land, This Land in My Land etc. Ils écrivent et enregistrent Back In USSR, en ouverture du Double Blanc, chanson-hymne trépidante dédiée aux « canons » soviétiques : And Moscow girls make me sing and shout, and Georgia's always on my-my-my-my-my-my-my… mind !

Ici, à table, on parle des primaires, mais sans excès, en mâchant une salade craquante et insipide. Business d'abord. Les choses importantes. Mais quand même, l'Amérique pour la première fois de son histoire va devoir choisir entre (i) une Femme de Pouvoir et épouse abusée mais miséricordieuse, pur produit de la matrice féminine américaine, moyennement sexy, qui a voté la guerre sans le faire exprès ; (ii) un half-black hyper-charismatique qui trouve le moyen d'être noir et américain sans être noir-américain de souche… sans doute son plus efficace competitive advantage, qui occupe le lieu d'un rêve oublié depuis le 24 août 1963, quand M. L. King partageait le sien avec foule de la Grande Marche, ou même celui d'un Kennedy qui réveillait l'Amérique et la prenait par la main, direction la Lune. Et pour finir, les primaires bouclées, (iii) « The Right Stuff », un ancien militaire, un type qui en a, merci, prisonnier des Viets en son temps, qui n'a pas voulu l'apocalypse #2 de GWB et fait aujourd'hui don de son corps retraité à l'oncle Sam. La guerre des archétypes a commencé. Beau pays qui nous surprend toujours.

Mais si la diversité s'invite au cœur de la campagne - et c'est rassurant - comment ne pas voir que dans les carcasses démolies et encore chaudes des tours de Manhattan, d'autres ont trouvé le prétexte au recul démocratique le plus significatif de l'Amérique moderne. En 1969, Lennon et McCartney s'amusent du démocratisme larmoyant de l'Amérique et ridiculisent naïvement le totalitarisme soviétique. En 2008, force est de constater - par exemple pendant les deux heures passées à faire la queue pour passer l'Immigration à l'aéroport - que le masque sécuritaire de GWB camouflait une grimace subrepticement totalitaire.

Le mécanisme démocratique est plus fort et, quel que soit le résultat des élections de novembre, nombreux sont ceux qui pensent ici que la déconstruction du système Bush, même lente et compliquée pour des raisons structurelles, aura lieu.
Espoir donc.

PS : Jules m'a  tagué , Koz m'a tagué , sur un petit jeu. Je les en remercie : merci Jules, merci Koz. J'y répondrai dans quelques jours avec pudeur et sincérité.