Vérité des femmes

cuisine.jpgUn thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.

Ségolène a ouvert la voie alors que, sondage JDD aidant, en novembre 2006, il était acquis qu'elle gagnerait « puisqu'elle était une femme ».

Parlons donc des femmes. Difficile. Il y a tant à dire sur le gynécée mental qui nous habite. Je pourrais commencer par Kiev, tiens, où je suis pour trois jours, une ville qu'elles arpentent comme le blé la campagne, blondes, souples, slaves et déterminées, à sillonner Hrescatik. Je pourrais aussi parler des cariatides trépidantes qui m'ont soutenu à leur manière - des pans entiers de ma vie : Janis Joplin, Joan Baez, Nina Simone, Marie-France Garaud, Patti Smith… Billie Holiday… Cherchez l'intruse. Celles-là, elles ont tordu le siècle sur les années charnières où la musique a basculé, ces années miennes. Où bien d'autres, femmes, filles, mères, sœurs, ex, collaboratrices, étrangères entrevues dans la porte à tambour du temps qui passe ou celle d'un hôtel de Macao - de toute façon elles sont partout, bien assurées sur les tréteaux du double X .

Donc parlons d'elles et cela nous ramène naturellement à Carla.

Carla Bruni Sarkozy, dite CBS dans les studios, la plus major des indépendantes, signée par Naïve, label indépendant qui sortira bientôt son deuxième opus. On la dit en studio en ce moment avec Dominique Blanc-Francart comme ingénieur du son. Ca devrait sonner. Lancement et carton mondial assuré. Or, j'avais une demi-heure à tuer à Saint-Germain, il y quelques jours, une parenthèse spatio-temporelle qui conduit presque automatiquement à osciller entre une visite rêveuse chez La Perla, d'un côté du boulevard, et une déambulation rêveuse dans les rayons de La Hune, de l'autre. Des deux options, j'ai choisi la deuxième, je veux dire la Hune. Enfin, je me comprends. C'est ainsi que j'ai découvert le livre de Pascale Clark. C'est le titre qui m'a accroché : « Après, Fred Chichin est mort ». J'ai feuilleté pour savoir après quoi, et je suis tombé sur ça : « Elle avait surtout croqué des connus pour ceux non exhaustifs qu'on lui connaissait, l'ex top modèle n'était pas un modèle de vertu, après tout la belle faisait ce qu'elle voulait de son cul, aucun mal à se faire du bien, demandez donc à ses ex. ». C'est écrit par une femme. Pas par Bigard. A propos d'une autre femme. CBS. Choqué, j'étais, sans bien comprendre ce que ce pauvre Chichin venait faire dans ce règlement de compte au sérail.

Je me suis demandé pourquoi cette Clark, dont je ne savais rien, déversait ainsi un fiel de bréhaigne conservatrice du Chesnay sur l'Élue de l'Élu. Règlement de compte ? Dans mon souvenir, Carla avait davantage fait dans le Jagger que dans le Chichin. Jalousie de femme contrefaite ? Vrai, Carla ni ne louche ni n'a le pied varus. Mais Clark, pourtant souvent hors champ, n'est pas mal non plus… J'ai feuilleté le livre. Douloureux, décousu, très en colère contre Sarko dont la rupture n'a pourtant pour rien à voir avec l'équarrissage amoureux qui fait sangloter et renifler l'auteur dans la salle d'embarquement d'un aéroport au retour du festival de Canne. On souffre avec elle, mais qu'est-ce que CBS et NS peuvent bien y faire ? Pourquoi tant de haine ? Rêveur, j'ai reposé le livre. Je l'ai acheté depuis. Pour voir.

Et je me suis rendu compte qu'au cours des quelques mois où nous avons tous poussé de petits cris et battu des mains en suivant l'idylle élyséenne, les commentaires les plus virulent - ceux du moins que j'ai retenus - ont toujours été proférés par des femmes. Très peu d'hommes se sont laissé aller à des « Cette pute variqueuse… » pour décrire l'acrobate devenue PDF (Première Dame de France). Le commentaire masculin, dans l'ensemble, est resté dans la ligne qu'on sait. Mais côté féminin, la surprise est totale. Trente années de d'émancipation pour en arriver au radical « Cette salope, cette voleuse d'hommes… », quelques mots qui fleurent bon la province et l'adultère bourgeois… Au fond, Pascale, parfait symbole de la subversion mondaine, version télé parisienne et cryptée, retrouvait dans le drame un fragment intact de sa nature profonde et, en situation de crise, en revenait aux fondamentaux. Elle sort ses griffes.

Finalement, l'émergence des femmes dans la politique n'a jamais été aussi sensible. Mais qui anticipait qu'avec elles s'imposeraient aussi les couples ? Adultère hollandais, qui nous vaut les mises au point matrimoniales de l'ancienne candidate… Yoyo affectif et remariage d'une Cecilia plus glaçante que le papier qui la porte… Coups de foudre élyséens et défilé à Londres… on se dit que, oui, la politique a changé. Peut-on dire qu'elle se féminise ? Qui répondra ?

Pas Chichin, en tout cas…

Commentaires (26) to “Vérité des femmes”

  1. Très bon, j’aime toujours autant tes articles …. celui là est parfait. Personnellement, je trouve que dans le domaine de l’intelligence des hommes qu’on aime ou on aime pas Carla n’a aucune leçon à recevoir de personne… Celle-là, il est évident qu’elle sait y faire.. et finalement à sa place, tout le monde pourrait être fier. Cette fille fait ce qu’elle veut, comme elle veut, obtient ce qu’elle veut… On peut ne pas partager ses valeurs morales etc… certes cette femme va sans aucun doute changer l’image de la femme politique …

    Pour la question de fin, la politique se féminise certainement, comme la société…. savoir ensuite ce que ça va donner… c’est une autre histoire, mais de tous temps derrière les grandes hommes j’ai tendance à penser qu’il y a eu des femmes… ;) peut-être sont elles plus “visibles” à présent ;)

  2. Elle change la politique, c’est sur. Derrière cette grande femme il y a un petit homme.

  3. Tu as eu plusieurs mères ?

    Bon, mais quelle idée tout de même de partir à la recherche de l’éternel féminin dans un livre de Pascale Clark…

  4. Excellent. Mais quechtion péniche , ch’est Pachcale qu’a dégotté la plus groche.

  5. @Hugues. Oui, pas toi? Je ne connaissais de Clark que la jolie chaussure en peau frottée des sixties. Celle-ci m’a l’air moins confortable…
    @Oppossum, vacances de Pâques à Hazebrouck?
    @Lau, plus elles sont visibles, plus la ville est belle. Hein, Gab? Vive l’été…
    @Legab; tu ne l’aimes pas, hein, tu ne l’aimes vraiment pas mon Nico…