Bouge Ma Ligne

zebre.jpgLa dramaturgie politique et quinaire inaugurée en mai 2007 par el presidente ne ressemble pas aux autres (sa femme non plus). On reconnaîtra cela au Locataire. Ce qui s'appelle « bouger les lignes » pour les uns et « faire n'importe quoi » pour les autres est devenu la norme.

Mais Nicolas n'est pas seul à tricoter le code-barres de la République, et ça ne date pas d'hier. Souvenons-nous, Royal a démarré à la rentrée 2006 avec faisant appel à la Légion pour botter le cul des sauvageons (scandale à gauche), un encadrement de vrais hommes valant mieux que des profs perruquant chez les riches. La limite s'est encore déplacée à la Porte de Versailles en janvier 2007 avec un Jaurès bien campé sur le pas de tir sarkosien (scandale à gauche). Le mouvement s'est affirmé avec la politique d'ouverture (scandale à gauche), et se confirme aujourd'hui avec le coming-out libéral de Bertrand (scandale à gauche).

L'état major du PS, lui, continue sur sa ligne : il est nécessaire de réfléchir ensemble, d'up-grader un logiciel aux drivers un peu flous et éventuellement d'échanger le Goupil et les floppies contre autre chose, quelque chose de plus récent. Royal et Delanoe, comme deux gènes allélomorphes constitutifs d'une phraséologie désuète et révolue, s'opposent aujourd'hui sur la peau des choses et non sur le fond, le parti attendant Reims pour le toucher vraiment. Avec le Sourire. Quant à Bayrou, qui a maintenant sa droite à sa gauche et sa gauche à sa droite, il continue de réfléchir sur son schéma corporel avec une patience bien rurale. Besancenot lirait, semble-t-il, une biographie de Jeanne d'Arc.

Bref, de quoi alimenter le clabaudage politicien habituel et donner aux chroniqueurs une possibilité supplémentaire de se tromper avec brio. Un conseil : la période est idéale pour prendre du recul, pour relire Proust, par exemple, on en prend pour six mois, au bas mot. Que du plaisir.

Bouger les lignes est une expression Baudelairienne, on s'en souvient. Mais à trop les bouger, on en perd le fil. On ne voit plus ce qui les distingue. La gauche perturbée en fait aujourd'hui davantage les frais qu'une droite crispée mais installée sur les deux rives du fleuve. Elle tient les palais. Le nœud gordien socialiste, lui, n'a pas trouvé son Alexandre là où la concurrence, autrefois libérale, a bon-an-mal-an trouvé le sien. En fin de compte, ce qui relie les militants, de droite comme de gauche, c'est la perplexité croissante qui occupe leurs nuits. La confusion étant la même dans les deux camps, les réunions des compagnons ressemblant à s'y méprendre aux réunions des camarades, chacun dispose soudain d'une flexibilité supplémentaire pour gérer des horaires souvent compliqués et participer à des soirées de réflexion où le désir d'une Leffe prend vite le pas sur le désir d'avenir.

La perte de repères n'est donc plus une spécialité des lycées à risque de la Plaine Saint-Denis. Le militant erre comme un caméléon  qui aurait fait sa sieste sur une robe de Lacroix. On dit que Fabius se tient en réserve. Le come-back libéral n'est pas exclu. Mais un libéralisme peut en cacher un autre. Celui de Bertrand n'est pas économique, il est politique. C'est une nuance importante. Parce que le Maire est pour la liberté. Certes. C'est très nouveau. Et d'ailleurs le socialisme a toujours été libéral. Comme chacun sait. Sauf Ségolène, que les déclarations de son concurrent et ami ont choquée. Donc le libéralisme prôné aujourd'hui n'a rien à voir avec celui combattu hier. C'est juste le même mot, il faut être une idiote pour ne pas voir la différence. Il ne faut pas confondre libéralisme et libéralisme. D'ailleurs il ne s'agit surtout pas de faire reculer l'état qui est garant de nos libertés, d'abord parce qu'il nous protège des puissances de l'argent roi, et parce qu'il est encore un peu tôt pour s'amputer de l'aile gauche. Bref, plus y il a d'état, plus il y a de libertés. Emmanuelli est d'accord.

C'est donc la ligne actuelle. A l'Élysée comme à Hôtel de Ville, apparemment.

Vignette: le zèbre; Georges-Louis Leclerc de Buffon 

Commentaires (11) to “Bouge Ma Ligne”

  1. Tiens une nouvelle délicieuse délicatesse à faire fondre sur le palais !
    Mais qui donc est le zèbre ? … et rayé noir sur fond blanc ou l’inverse ?

  2. l’aile gauche bousillera immanquablement ce libéralisme dont nous nous faisons chacun une idée idéale et personnelle mais valant la peine d’être vécue car cela peut être une forte vitalité ou un espoir…

  3. Et, en parlant de ligne, une équipe ecclectique qui se baptise les reconstructeurs et n’a comme point commun que l’ambition de reconstruire la ligne maginot.

  4. Maginot, désolée.

  5. Le libéralisme est décidément mal traité, y compris par les pouvoirs politique et économique: le sauvetage d’Alstom, Gandrange, pour la façade médiatique; les restrictions des grands patrons et des organisations patronales à la transparence pour le volet économique; avec en toile de fond la multitude de définitions quand on interroge son entourage sur le sens du mot. Un mot, juste un mot, en quête de sens. Si au moins on pouvait cesser de faire bouger en permanence la ligne conductrice. On n’a pas encore récupéré la boussole.

  6. source wikipedia :

    “Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né dans l’Europe des Lumières, qui affirme les principes de liberté et de responsabilité individuelle…
    …Le libéralisme est d’abord une morale individuelle, ensuite une philosophie de la vie en société dérivée de cette morale, enfin seulement une doctrine économique qui se déduit logiquement de cette morale et de cette philosophie…”

    Ne pas confondre avec “neoliberalisme” :

    “..Le terme de néolibéralisme est aujourd’hui utilisé pour désigner un ensemble multidimentionnel d’analyses d’inspiration libérale ou supposées telles qui critiquent généralement le développement d’un important État-providence dans les pays développés après 1945 et l’accroissement des interventions publiques dans l’économie..”

    Si Besancenot avait internet il aurait cessé de confondre libéralisme,neoliberalisme et capitalisme.

    Sarkozy, lui, cache derrière le mot “libéral” posé en cache-sexe, l’héritage du capitaliste pépère dont il est issu.

  7. Car en effet le libéralisme peut être politique. Et en effet on peut être de gauche et aimer la liberté en affirmant la responsabilité individuelle.

  8. @ Legab, Sarkozy ne cache ni ne démontre rien, il est juste un détonateur (élu) face à notre précieuse sclérose. après, on peut tjs gloser sur le sexe des anges, je persiste à penser que c’est là sa mission fondamentale: faire trembler les lignes.

  9. @jane, Sarkozy n’a pas fait bouger grand chose jusqu’à aujourd’hui, mis à part son indice de popularité. Les riches sont plus riches et les pauvres encore plus pauvres. la classes moyenne se paupérise et avoir un travail n’est plus la garantie de pouvoir gagner sa vie. Le capital, lui, se porte bien et ne redistribue pas….Sarkozy n’est pas un libéral, il est dans la ligne de la droite patrimoniale classique.
    Et celle ci, la ligne, ne tremble pas.

  10. @ Legab , C’est pas pour çà qu’il a été élu: être dans la ligne de la droite patrimoniale classique et il le sait fort bien.
    Pour votre constat, je ne puis qu’y souscrire, hélas, quiconque d’autre aurait été élu, cela n’aurait rien changé.
    pour ce qui est de la vraie vie, je suis en ce moment en pleine période de formalités, d’immatriculation, etc…pour le démarrage d’une activité et toute la journée, je cours de bureaux en préfecture en chambre de métiers , en commerces etc…et l’impression que j’en ai est que tout le monde, même dans les administrations les plus redoutables, est volontaire, partie prenante de cette notion de travail, d’efficacité. c’est dans l’air, vraiment et je ne l’avais jamais perçu auparavant. les constats, même lucides, restent des constats et donc déjà du passé.

  11. @jane, et dans quel pays d’asie immatriculez vous votre entreprise ?

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