L’adieu Au Blog

J'ai adoré ces presque deux années de blog. Aimé ce curieux saut dans un vide où d'autres mains pianotent et écrivent pour enrayer la chute.

Il y a ceux qui laissent un message, amical ou critique. J'ai eu de la chance. Jamais d'insultes. Parfois seulement une remise en place quand Antoine Bloch trouvait le bouchon un peu poussé, un peu « trop ». Je garde comme des signes d'amitié l'antisarkosisme instinctif et tranchant du Gab, les pages fiévreuses et baroques de Sabrina, la douceur de Lau , la fidélité d'Oppossum, l'aide précieuse d'Olivier , sans qui rien n'aurait existé, les arguments documentés de Claude, les clins d'œil de Marie Hélène et les mots de tous ceux qui sont passés par là…

Il y a ceux, blogeurs, plus puissants, qui ont ouvert une porte vers chez moi, dans leurs rolls sélectifs.

Il y a ceux et celles qui viennent boire le dernier mercredi du mois au Pavillon Baltard. J'ai fait de belles rencontres, réelles et virtuelles, Verel et son sérieux, Hugues et son humour complice, militant et libre à la fois, Koz et la belle profondeur de son engagement, Jules et son élégance dialectique, Versac et son gène entrepreneur, David qui écrit de Fribourg où j'ai tant d'amis, Toreador, matador énigmatique des veaux gras de la république, Eolas, docte et précis, et bien d'autres, … Ces soirs-là, j'ai été surpris par le tête-à-tête tendu mais chaleureux que vivaient les blogueurs de tous bords, une bière à la main, lorsque la campagne présidentielle faisait rage. Une expérience de démocratie pacifiée. Certains votaient Bayrou et personne ne se moquait.

Deux années à donner mon grain de sel sur des sujets qui me dépassent - pourquoi se gêner ? - à écrire tôt et parfois tard, des billets sans autre destin que de s'afficher un jour sur un écran inconnu, pour faire sourire ou surprendre. Je voulais connaître la blogosphère, comprendre comment tout cela marchait, observer comment cristallise une communauté au contour mouvant, où rien ne distingue les fidèles des volages puisque la règle est celle du chaos des sentiments, des idées et des connivences. Théorie des systèmes auto-organisés. Pour moi, web2.0 sonnait davantage comme le nom d'un colorant alimentaire que comme un changement de paradigme socioculturel. C'est moins le cas.

Disons-le, la période était amusante. Une campagne comme on n'en voit pas souvent. Des figures inédites. Dray et sa tête de commissaire politique, une gueule à faire interdire les coquelicots, pas assez rouges, trop libres. La Belle du Poitou, sa chevauchée, ses robes, ses légionnaires. Bayrou, funambule de l'entre-deux, suicidé du politique. Le triple salto de Besson, une réception impeccable. L'invention journalistique du marronnier permanent par Kanh et son canard. Nicolas victorieux de tout sauf de lui-même et sa Carla en piste pour sa propre Victoire… Un bonheur.

Mais aujourd'hui j'arrête. Avec au cœur le sentiment de trahir ceux qui frappaient à mes pages. J'y reviendrai peut-être, sans doute - mais plus tard - ou très occasionnellement. Je laisse donc tout en ligne. I will be Blog-free, Facebook-free, Plaxo-free, Linkedin-free, for a while. Je dois écrire autre chose, je suis engagé sur un projet qui me tient à cœur. Il faut créer un espace.

Que ceux qui ont aimé passer me laissent leur adresse mail, je préviendrai si, cold turkey, je choisi d'y revenir. Sans doute pas avant la fin 2008.

A tous, je dis merci, et souhaite un très Joyeux Noël.

Vidéo : le célèbre « I have a dream » de Maurice Chevalier, qui fit de si longs et si fréquents adieux.

Commentaires (39) to “L’adieu Au Blog”

  1. Merci pour ces moments où je suis cru trés intelligent à la lecture de ces analyses.
    Merci à ce ton énigmatique, premier et n-ième degré à la fois.
    Merci d’avoir évoqué Proust comme isolant vis à vis de l’agitation médiatico-politique.

  2. À bientôt alors, et tiens nous au courant… !

  3. Une belle plume nous quitte…ce serait un rien égoïste de dire “dommage”, alors je me limiterai à merci, et bonne route…

  4. Merci de m’avoir placé dans l’éternité de ton dernier billet, à côté de la charmante Lau ! Et regrets, énamourés, de ne plus pouvoir goûter à tes mignardises enluminées , délicatement croustillantes.
    Bon vent et bonne route à ton projet!

  5. A bientôt, j’espère!

    Bonne route.

  6. Cher Charles, tout ça rédigé au premier jour de l’été le vrai on imagine les tongues, le rosé vin et des accords magiques. Quel sens du timing ! A très bientôt sur d’autres lignes.

  7. Bonjour,
    Au plaisir de vous lire par ailleurs et dans l’attente de lire de beaux textes, même si certains sujets ne m’inspirent guère de commentaires.
    Je suis un peu comme Oscar Wilde, j’ai horreur des discussions car elles me font souvent changer d’avis.
    Bien à vous.

  8. Cher Charles,
    Votre décision à la fois m’attriste -car vos billets étaient une voix dans le brouhaha ambiant qui reflétaient tellement bien mon point de vue que je faisais l’économie de chercher ailleurs sur d’autres blogs ce que vous résumiez si parfaitement - et me soulage car je n’éprouverai plus ces micro déceptions chaque fois que je constatais que, eh bien non aujourd’hui vous n’aviez rien écrit!
    Je comprends que vous ayez mieux à faire, à lire, à écrire…
    Bon vent et revenez nous un jour !

  9. Oh la la je suis triste .. mais merci pour tous ces bons moments !!!!

    Merci pour la note aussi et la dédicace…

    Et bon investissement dans ton projet, je ne peux que comprendre je dois aussi lacher qqes trucs pour mon autre projet…. :)

    mon mail est ci dessus (normalement tu le vois).

  10. Bien sûr, le blog ne doit pas mettre à mal d’autres projets, mais je regretterai l’élégance ciselée de tes billets, ton humour badin, tes trouvailles. Je voulais souligner “Certains votaient Bayrou et personne ne se moquait” et puis je tombe sur “Dray et sa tête de commissaire politique, une gueule à faire interdire les coquelicots, pas assez rouges, trop libres”. Une vraie citation, ça, à caser dans un recueil.

    Enfin, je sais que j’ai la chance de te voir en live. Et qu’une fin de blog n’est qu’une fin de blog. Merci pour tous ces billets et reviens nous voir.

  11. je venais juste de connaître l’élégance de votre style grâce à chafouin… je vous souhaite bon vent

  12. Cher Monsieur Gancel,
    Votre prose élégante et les pistes de réflexion que vous saviez si bien nous offrir manqueront dans le paysage inégal des blogs. Très égoïstement, je regretterai ce rendez-vous matinal qui ouvrait délicieusement mes journées, et ne puis que souhaiter que vous nous reveniez vite, sous une forme ou une autre ! Vous ne baissez pas le rideau, tous les espoirs sont donc permis…
    Belle route à vous, heureux ceux qui pourront sur votre chemin savourer votre finesse d’esprit et les trésors d’élégance que vous recelez.

  13. “j’ai eu de la chance, jamais d’insultes”…
    comme quoi l’élégance est loin d’être inutile, et si légère jamais vaine.
    Noël, c’est bien trop loin!
    see you…

  14. Zut !

    Bonne vie deconnectée et à bientôt. We surely will be missing you …

    Cecil.

  15. “Certains votaient Bayrou et personne ne se moquait”

    Voilà pourquoi je venais ici, un savant mélange d’humour froid mélangé avec de l’engagement politique et emballé dans une merveilleuse boite parfois poétique…

    La blogosphère perd un grand blog. A trés bientôt j’espère, mon adresse mail est citée dans ce commentaire, je reste aux nouvelles merci.

    A bientôt.

  16. Chouette ! je suis pressé de lire la suite , sur papier…
    Et tu vas avoir le temps de gouter ma blanquette.

  17. C’est surtout l’humour qui va manquer. Bonne continuation.

  18. Zyva mais jte jure c koi tout cé com de ouf, là ? Lé mek ysprenne tro la tet à essaier de fer des koms sérieu pour te plèr ! Obséquieu jtedit ! Tro tro tro obséquieu !

  19. tschaw, alors…

  20. versac, zyva toi même, on cherche pas à lui plaire, on a juste pas envie qu’y se casse! on veut du beau, empêche nous!

  21. Des regrets de perdre un rendez-vous de grâce littéraire. J’attendrai le projet et un retour peut-être…

  22. clairement l’un des tout tout meilleurs blogs qui se met en sommeil….j’espère que l’hibernation ne sera pas trop longue…..
    merci quand même !

  23. A la bonne heure… nous restent heureusement pour nous consoler les plaisirs annoncés de la découverte trop longtemps différée d’une prose de plus longue haleine - j’en retiens au moins deux : une sombre histoire d’oeufs plus ou moins brouillés, et surtout, une dissection en règle de nos hontes les mieux refoulées. A bientôt donc Monsieur Gancel !

  24. hééééé, cékoi 7 fôte doretaugraf, c pourre tairminer an boté ?

    “je choisi d’y revenir”

  25. Cher Charles,

    tu es la 3ème merveille du Oueb qui s’éteint moins de 3 mois après la fin du concours ! Mais quel virus vous frappe-tous ?

    Je te regretterai - mais tu n’es pas mort. Donne de tes nouvelles, comme d’hab…

    T.

  26. Bonne continuation, j’aimais le style tout autant que le fond du message.

  27. Sacrément mortel le départ à la Jospin….Charles tu déchires ta race grave de ouf, tu nous saccages carrément !

  28. Facebook-free, Plaxo-free, Linkedin-free, tout ça, on comprend (Plaxo, je ne savais même pas ce que c’était, j’ai cru que c’était un médicament). Mais “blog free”, pourquoi donc ? Continue plutôt à écrire quand ça te chante, quel que soit le rythme. Je pense que c’est se créer une obligation qui est chiant. En tout cas, si tu n’écrivais plus du tout ici, ce serait dommage.

  29. un regret de ne plus avoir ce RV,bi- hebdomadaire, avec une écriture intense et légère, juste avec ce petit zeste d’oxygène qui nous mettait un pied en l’air et l’autre sur terre sans trop de brutalité.Vite un livre. un nouveau bonne écriture.béatrice

  30. Bon vent à toi, Charles
    toi qui a chassé les mêmes vipères que moi avant 68, les mêmes dollars ensuite et enfin, plus récemment les mêmes démons sur les blogs.
    Sur quelles terres finiront nous nos vieux jours … ? Rendez-vous là bas.
    Bien amicalement,
    Marc
    PS : Merci à tous les commentateurs aussi. Je vous ai lu souvent, j’ai bien aimé.

  31. Je m’attendais pas du tout à cette nouvelle et je vais beaucoup regretter, mais bon, j’ai mes raisons.
    A+

  32. Me manquera zossi.

  33. Merci à tous! Voilà qui me fait à la fois regretter et réchauffe le coeur.
    Comme nombre de Français, j’attends le congrès du PS avec une immense impatience. Peut-être, le moment venu, l’urticaire dialectique agitant mes nuits, gratterai-je quelques pages afin de traiter à ma façon du scotome socialiste français.

  34. http://paris-carnet.org/
    aka erreurdechargementd’lapage

  35. Tes écrits pertinents et rafaîchissants, tes points de vue acérés, manqueront à la “blogosphère”, Charles. A moi aussi.

    Que cette suspension de ligne accouche d’une grande oeuvre!

  36. Cher charles,

    Vous me manquerez. Non que je me reconnaisse tellement dans toutes vos analyses (est-ce le mot ?), mais j’ai toujours salué, dans votre écriture, une élégance forcément symptômatique d’une certaine finesse de pensée. Même dans la polémique, vous ne vous départissiez jamais d’une distance que d’aucuns diraient aristocratique, que je préfère appeler british (les deux ne s’excluant pas), et qui rendaient les débats toujours dignes et agréables.

    Pour autant, quelques grossièretés (jamais dans l’expression, vous êtes trop chic pour cela) m’ont parfois… presque blessé. Oui, blessé, moi qui, d’une manière générale, accorde à la blogosphère une importance extrêmement relative !

    Blessé, cela signifie que quelque chose de l’ordre d’une déception s’est parfois fait sentir à l’occasion de tel billet ou de telle réponse à certains commentaires (pas toujours les miens). Or, on ne saurait éprouver de déception qu’à l’égard de ce que l’on place haut et qui nous est cher.

    Malgré nos divergences parfois profondes (et quelques convergences, aussi), vous m’avez donc bien attrapé, Charles.
    Je vous souhaite bon vent !
    Revenez vite.

  37. Merci et joyeux noël alors.

  38. Merde alors!

    :,^(

    A bientôt, alors…

  39. Finalement t’arrêtes quand ? y’a de l’actu, non ?

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