Singie blues
Saturday, September 8, 2007
La Chine ne menace pas que l'Europe. L'Asie aussi voit la puissance du dragon avec d'autant plus d'inquiétude que les relations de voisinage n'ont pas toujours été cordiales. La diaspora est partout, souvent puissante, victime traditionnelle de la méfiance, voire de pogroms comme aux Philippines ou en Indonésie. La voilà soudain adossée au grand frère qui non seulement ne la rejette plus, mais qui compte sur elle pour asseoir une partie de son développement international. Autrefois peu expansionniste, la Chine sinisait mécaniquement les peuples qu'elle absorbait. Aujourd'hui, héritage du timonier sanguinaire, elle se projette. Elle est ouvertement, presque violemment nationaliste.
Singapour n'échappe pas à la règle. Les chinois y sont puissants et le gouvernement s'interroge sur la raison d'être du pays quand bientôt trois ou quatre grandes places financières s'imposeront en Chine. Il a donc décidé d'asseoir sa stratégie sur trois axes : conforter sa position de place financière, au même titre que Hong Kong, et profiter de la croissance régionale en servant les fortunes extraordinaires qui se créent chaque jour dans cette région du monde, incluant l'Inde. Se positionner comme un centre d'excellence universitaire et miser aussi bien sur les formidables besoins en éducation qui existent dans cette partie du monde que sur la culture profondément confucéenne qui met l'apprentissage au cœur de la vie. Développer les services de santé et de médecine de haut-de-gamme auxquels les plus fortunés n'accèdent qu'en allant en Europe ou aux Etats-Unis. Plus discutable, une ambition dans le domaine des centres de recherche. Pour y parvenir, le gouvernement investit de façon spectaculaire. La ville est un champ de grues où poussent les unes après les autres les tours de cinquante étages, prêtes à accueillir les cliniques, banques, universités et états-majors commerciaux du monde entier. Ajoutez à cela une pincée de sexe et un casino, c'est le boom garanti.
Singapour fait aussi valoir ses atouts dont le moindre n'est pas la sécurité des citoyens, un thème qui, me semble-t-il, peut nous rappeler quelques chose, encore que sur la définition des standards, il reste quelques nuances entre eux et nous. Jeudi, le journal télévisé a ouvert sur une information qui m'a laissé sans voix. Un voyou indélicat, en pleine ville, sur un passage clouté, arrache le téléphone portable d'une jeune fille alors qu'elle traverse une avenue. Incroyable ! Par chance, une voiture de police passant par là peut intervenir immédiatement et arrête le malandrin. On respire. Il sera jugé dans l'heure et puni. C'est normal. Donc, un an de prison ferme et 6 coups de bâton. Le bâton en question, entendons-nous bien, pénètre la chair de telle sort qu'à six coups, il n'aura pas trop de son année de taule pour cicatriser. L'ordre juste, quoi.
On peut donc téléphoner en ville pour un moment sans exploser son forfait.
Vignette: au marché de Singapour, pour Carrie .
Vu du jardin la même photo donnait à peu près cela, un joli paysage de Corse où il faisait beau quand il pleuvait ailleurs. L'île, je n'en connaissais que la côte, pour en avoir exploré à peu près tous les ports et tous les mouillages, en bateau. La terre, non. Elle aussi, est d'une beauté intense et rude, de rocs et d'épines. Une gemme au doigt de la mer. Chaque jour, je parcourais Corsica Matin. Grâce à quoi j'ai pu suivre l'Affaire de la Forge. Voici les faits.
Les vacances sont un moment suspendu, un intervalle de réflexion intense, de retour sur soi. Tout stress évacué, elles permettent de s'arrêter, de revenir sur les douze mois passés, de faire le point, d'oublier Sarko, DSK, les Vélibs. Qu'ai-je appris? Qu'ai-je réussi? Qu'ai-je raté? Ai-je toujours été en accord avec ma conscience, mes quelques convictions? Ai-je vraiment progressé? Me suis-je conduit humainement et dignement avec ceux qui sont mes amis, avec tous les autres, avec Ségolène ? Ai-je consacré à ma famille le temps qu'elle mérite? Et puis fait chier, si on s'en jetait un sur le port… On fera la thérapie flash pendant le voyage du retour.
Il y a, en Asie du Sud, quelque chose de profondément perturbant dans la conjonction de la moiteur de l'air, l'exubérance végétale du sol, la ligne passive et scrutatrice de la paupière supérieure, la brûlure des épices, la beauté linéale des femmes, la cruauté qui sourd et l'effervescence triviale des villes, des néons et des ports. Beaucoup, et depuis toujours, se sont perdus dans ce guet-apens narcotique sans jamais vraiment passer le rideau de bambou derrière quoi se cache la vérité de ces pays suffocants. Pour autant qu'elle existe, ailleurs que dans une bille d'opium fumée dans un quelconque Lotus Bleu. La Chine, on le dit, pourrait tousser. Le train économique ralentira, pétaradera, mais l'inertie est telle qu'il ne s'arrêtera pas. La ligne de pente joue pour elle.

En Wallonie, Ardennes, pour trois jours.
Après La Scène,
La Scène est l'une des bonnes salles rock de Paris et sans doute pour beaucoup, elle est ce que The Cavern, le Bus Palladium ou le CBGB ont été pour d'autres, en d'autres temps, un lieu où le son pulse bien, où la bière est fraîche, où le talent se révèle.

… is equal to the love you make.







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