Alerte

nucleaire.jpgArrivé mercredi soir en Slovénie, Ljubljana. Très vert, très pluvieux, une belle terre grasse et  gorgée d'eau, la cascade feuillue des camaïeux du printemps, le sentiment que les montagnes ont été tondues pour nous, que les Porsche, les Mercedes et les 4X4 ont été lavés trois fois le matin même. Dans la logique du propre et du sale, les Slovènes ont choisi. Aux Trois Ponts, les touristes mitraillent les trois ponts. La citadelle tient bon, pas un char serbe depuis 91. L'indépendance du pays, alors, a fait sept morts. Chez nous, la moindre boîte de nuit en sortie de grande ville fait mieux tous les weekends. Bienvenue donc chez un bon élève. Un sentiment de sécurité que je pensais n'exister qu'en Suisse.

Au cours du dîner, le serveur s'approche et, avec un bon sourire, nous annonce un petit pépin dans une centrale nucléaire du pays, à cent kilomètres à l'est. Nous : ah ah ah ah, nous être français, ah ah ah, toi pas avoir peur, nuage s'arrêter à la limite du parking, as usual, baby… Toi peut retirer ton scaphandre, ah ah ah, ça être dur pour faire le service, toi en mettre partout, et  toi nous dire d'où vient le vent et nous  apporter autre bouteille de jaja. Jaja tout guérir… Jaja protéger le guerrier…

Retour à ma chambre, un petit crochet sur le net, par acquis de conscience, mais les nouvelles sont rassurantes. D'ailleurs mes mains restent bien opaques. Rien à craindre. C'est vrai, puisqu'ils le disent… L'Europe est en alerte nucléaire. Pas de quoi s'inquiéter.  Je me suis couché tôt après avoir refermé les mémoires de Suze Rotolo, à qui je dois de belles heures de sommeil. Déjà en 62, elle militait contre l'atome. Quelques rêves insolites ont traversé la nuit. J'étais seul à marcher dans une forêt profonde et majestueuse, un sous-bois au parfum lourd et puissant d'humus, j'en passais la lisière et débouchais sur une vallée verdoyante et baignée d'une belle lumière où flottaient quelques moutons et où paissaient à l'envie de belles vaches, avec cinq pattes et un seul œil. Un type phosphorescent murmurait derrière moi « la preuve est faite, merde, et qu'on ne vienne pas me seriner que le nucléaire est un danger pour la biodiversité ». 

Je lis dans la presse du lendemain qu'il s'agissait d'une erreur. Juste une petite fuite anodine. La routine. Une secrétaire se serait trompée de formulaire. Elle aurait pris  le B400 - 789 / 409999786, Alerte Nucléaire Urgente et Sérieuse Nécessitant l'Évacuation Immédiate des 25 Pays de l'UE, au lieu du H567 - 765 / 782635467, Alerte Nucléaire Incontrôlable et Sans-solution Donc Ne Rien Faire. Et envoyé le tout à Bruxelles. C'est la procédure.

Bref, comme il en va souvent dans les affaires lorsqu'un groupe d'experts ou de gens importants fait face à une connerie qui tourne à la crise, c'est la faute d'une secrétaire analphabète qui ferait mieux d'apprendre ses formulaires par cœur plutôt que de passer son temps sur les forums écologiques.

Le lendemain, en réunion avec un client. Le sujet vient naturellement dans la discussion. Le mari de la secrétaire du directeur général travaille dans la centrale. Il dit qu'il n'y a pas de danger. Nous sommes rassurés, lui, on peut le croire. Le gouvernement, non.

Rassurant.

Vérité des femmes

cuisine.jpgUn thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.

Ségolène a ouvert la voie alors que, sondage JDD aidant, en novembre 2006, il était acquis qu'elle gagnerait « puisqu'elle était une femme ».

Parlons donc des femmes. Difficile. Il y a tant à dire sur le gynécée mental qui nous habite. Je pourrais commencer par Kiev, tiens, où je suis pour trois jours, une ville qu'elles arpentent comme le blé la campagne, blondes, souples, slaves et déterminées, à sillonner Hrescatik. Je pourrais aussi parler des cariatides trépidantes qui m'ont soutenu à leur manière - des pans entiers de ma vie : Janis Joplin, Joan Baez, Nina Simone, Marie-France Garaud, Patti Smith… Billie Holiday… Cherchez l'intruse. Celles-là, elles ont tordu le siècle sur les années charnières où la musique a basculé, ces années miennes. Où bien d'autres, femmes, filles, mères, sœurs, ex, collaboratrices, étrangères entrevues dans la porte à tambour du temps qui passe ou celle d'un hôtel de Macao - de toute façon elles sont partout, bien assurées sur les tréteaux du double X .

Donc parlons d'elles et cela nous ramène naturellement à Carla.

Carla Bruni Sarkozy, dite CBS dans les studios, la plus major des indépendantes, signée par Naïve, label indépendant qui sortira bientôt son deuxième opus. On la dit en studio en ce moment avec Dominique Blanc-Francart comme ingénieur du son. Ca devrait sonner. Lancement et carton mondial assuré. Or, j'avais une demi-heure à tuer à Saint-Germain, il y quelques jours, une parenthèse spatio-temporelle qui conduit presque automatiquement à osciller entre une visite rêveuse chez La Perla, d'un côté du boulevard, et une déambulation rêveuse dans les rayons de La Hune, de l'autre. Des deux options, j'ai choisi la deuxième, je veux dire la Hune. Enfin, je me comprends. C'est ainsi que j'ai découvert le livre de Pascale Clark. C'est le titre qui m'a accroché : « Après, Fred Chichin est mort ». J'ai feuilleté pour savoir après quoi, et je suis tombé sur ça : « Elle avait surtout croqué des connus pour ceux non exhaustifs qu'on lui connaissait, l'ex top modèle n'était pas un modèle de vertu, après tout la belle faisait ce qu'elle voulait de son cul, aucun mal à se faire du bien, demandez donc à ses ex. ». C'est écrit par une femme. Pas par Bigard. A propos d'une autre femme. CBS. Choqué, j'étais, sans bien comprendre ce que ce pauvre Chichin venait faire dans ce règlement de compte au sérail.

Je me suis demandé pourquoi cette Clark, dont je ne savais rien, déversait ainsi un fiel de bréhaigne conservatrice du Chesnay sur l'Élue de l'Élu. Règlement de compte ? Dans mon souvenir, Carla avait davantage fait dans le Jagger que dans le Chichin. Jalousie de femme contrefaite ? Vrai, Carla ni ne louche ni n'a le pied varus. Mais Clark, pourtant souvent hors champ, n'est pas mal non plus… J'ai feuilleté le livre. Douloureux, décousu, très en colère contre Sarko dont la rupture n'a pourtant pour rien à voir avec l'équarrissage amoureux qui fait sangloter et renifler l'auteur dans la salle d'embarquement d'un aéroport au retour du festival de Canne. On souffre avec elle, mais qu'est-ce que CBS et NS peuvent bien y faire ? Pourquoi tant de haine ? Rêveur, j'ai reposé le livre. Je l'ai acheté depuis. Pour voir.

Et je me suis rendu compte qu'au cours des quelques mois où nous avons tous poussé de petits cris et battu des mains en suivant l'idylle élyséenne, les commentaires les plus virulent - ceux du moins que j'ai retenus - ont toujours été proférés par des femmes. Très peu d'hommes se sont laissé aller à des « Cette pute variqueuse… » pour décrire l'acrobate devenue PDF (Première Dame de France). Le commentaire masculin, dans l'ensemble, est resté dans la ligne qu'on sait. Mais côté féminin, la surprise est totale. Trente années de d'émancipation pour en arriver au radical « Cette salope, cette voleuse d'hommes… », quelques mots qui fleurent bon la province et l'adultère bourgeois… Au fond, Pascale, parfait symbole de la subversion mondaine, version télé parisienne et cryptée, retrouvait dans le drame un fragment intact de sa nature profonde et, en situation de crise, en revenait aux fondamentaux. Elle sort ses griffes.

Finalement, l'émergence des femmes dans la politique n'a jamais été aussi sensible. Mais qui anticipait qu'avec elles s'imposeraient aussi les couples ? Adultère hollandais, qui nous vaut les mises au point matrimoniales de l'ancienne candidate… Yoyo affectif et remariage d'une Cecilia plus glaçante que le papier qui la porte… Coups de foudre élyséens et défilé à Londres… on se dit que, oui, la politique a changé. Peut-on dire qu'elle se féminise ? Qui répondra ?

Pas Chichin, en tout cas…

C’est juste que je n’ai pas le temps…

… mais ça va venir. Un billet à haut risque. Sur les femmes. Promis. Un pari insensé, extravagant… un truc à m'attirer cela !
A+

6 détails insignifiants à mon sujet

rio.jpgTagué par Jules et Koz , je m'y colle et j'ose.

1. Je suis d'un naturel optimiste, positif, joyeux. Leonard Cohen m'emmerde.
2. De longue date déçu par l'eau du bain, j'ai opté pour la douche. La température est constante et c'est bon pour Gaya.
3. Un soir au Mercer (au coin de Mercer et de Prince), je lisais François Bon dans le lobby, une bière servie par une chinoise sinueuse, la biographie des Rolling Stones, page 435, je crois. Elle s'est assise à côté de moi. Elle, c'était Fiona Apple. Moi, pas moufeté.
4. Avec mes amis, un groupe folk, il y a longtemps, nous faisons l'Olympia. De Paris.
5. Chaque année, je navigue au printemps. A la voile. Discrètement, j'essaie de marcher sur l'eau. Sans illusions.
6. J'avais treize ans. Un cheval est mort, la tête sur mes genoux. Il était gris et joueur. On disait de lui qu'il avait du sang arabe.

 Je ne tague que les filles: Neirie , Clarabel et Tamara . Grand bien leur fasse !

 Vignette: Rio, comme un lundi… retour demain.

Casse-toi, pôv’con, analyse et gros mots

cock.jpgJ'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.

J'ai visionné et visionné encore cette séquence unique du rapport des français au pouvoir, et inversement, de l'élite à sa plèbe. L'ai passée à l'endroit, à l'envers, avec ou sans l'image, avec ou sans le son, j'ai observé un à un les visages qui entourent l'élu, essayé de comprendre la dynamique sous-jacente au drame, même cherché en passant des indices validant la mort de Paul McCartney en 1968. Voici mon analyse.

Concentrons-nous d'abord sur la phrase, celle - inacceptable - par quoi le scandale arrive : « Touche-moi pas, tu me salis ». Touche-moi pas… non mais d'où sort ce clown analphabète ? Une première évidence s'impose, ce type a fait son primaire en France, à l'École Publique la meilleure du monde, et a probablement calcifié pendant son secondaire les dommages grammaticaux hérités de la complaisance pédagogique post soixante-huitarde. Une confirmation vivante des scores désastreux du rapport PISA, en somme. Une deuxième évidence, ce type mal embouché est malhonnête et sans doute téléguidé par Marianne. Il vient de passer des heures à patauger dans le purin annuel de la porte de Versailles et refuse de goûter au toucher régalien d'un président rasé de frais, sans doute douché moins d'une heure auparavant. On rêve. Et venons-en donc à la réaction, somme toute assez modérée, de Nicolas. Franchement, un type me dit touche-moi-pas-tu-me-salis, moi, c'est coup de boule direct, et légèrement pris de biais pour lui remonter la cloison nasale au niveau des sourcils, avec pour résultat une obstruction systématique de l'une des narines au moment de l'endormissement, rien de plus agaçant. A la place de quoi, totalement zen, le président lui susurre, bonasse, un brin complice, casse toi, pôv'con, variante batave du fameux touche à ton cul salope qu'il nous réserve pour le salon du Bourget. Le langage de la rue, quoi, celui des cités. La belle langue du sol, sans doute un exemple de mise à niveau du discours citoyen, de la connivence enfin retrouvée après toutes ces années de rupture entre le peuple et une classe politique élitiste et distante, aveugle aux préoccupations quotidiennes des Français. Car enfin, soyons honnêtes, qu'aurait dit Rocard en la circonstance ? « Et bien soit, l'arsouille ! Et mouvez-vous donc d'une canne, misérable vulve ! ». Personne n'aurait compris, ce qui est normal avec Michel, et l'événement aurait fait long pschitt.

Sarkozy, lui, reste simple, direct et rapide. C'est son style, le pays l'a compris. Les mauvaises langues, toujours de gauche, diront qu'il s'agit là d'un acte symbolique, une phrase qui n'appartient pas au hasard, l'une de ces paroles réflexives arrachées à la pensée d'autrui pour la faire sienne, la digérer en quelque sorte. En d'autres termes, casse toi pauvre con serait une restitution inconsciente des sondages par l'Élysée.

Après tout, je me souviens qu'en pleine campagne présidentielle, le candidat UMP, croisant quelques élus socialistes un peu déstabilisés dans les couloirs de l'Assemblée, leur avait lâché narquois « Surtout ne changez rien ! ». Royal et Hollande auraient beau jeu, aujourd'hui, de lui retourner le compliment, avec les conséquences que l'on connaît, car si un Sarkozy fort a su faire l'union de la droite, un Sarkozy faible aura tôt fait de la détruire et de rouvrir les plaies qui l'ont longtemps affaiblie. Auquel cas un PS anéanti ferait face à une droite ruinée.
Nous serions alors tous très enthousiastes et confiants dans l'avenir.

Vignette: combat de coqs, une tradition

Sédiments et Sentiments

banania3.jpgParfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…

C'est comme cela qu'en levant les yeux, alors que les portes du métro pschitaient à Sablons, j'ai vu cette affiche. La RATP refait la station et l'habillage très moderniste des années soixante a été déposé. Sur les grands panneaux publicitaires de l'époque, subsistent les traces lacunaires des réclames d'un autre temps. Et là, au centre de cette enclave dévastée mais préservée des fifties, le sourire en lambeaux de l'Afrique Équatoriale Française. Banania. Et pour qui sait lire, là, en bas à gauche, le Y apostrophe de « Y'a bon », ce slogan des matins glauques, lu et relu, paupières lourdes d'avant l'école, marcher dans la nuit froide, rue Ernest Renan… Le Nègre de de Gaulle et de Senghor avait fait place au Noir de Giscard avant que le Black de Jack Lang n'impose ses rythmes dans les sous-sols nocturnes de Paris et qu'enfin, Sarko l'invite à gouverner. Une croisade mentale de cinquante années. Et le voilà qui passait un sourire, un clin d'œil, dans la muraille du temps, dans les sédiments déchirés de la ville marchande. Mercredi.
Je suis retourné le photographier.
Un peu plus loin, le Critérium, ce privilège de bakélite noire et crénelé qui laissait sur le bord de l'index ses barrettes de peau rougie. Quelle idée géniale que ce crayon qui ouvrait sa gueule de murène et qui crachait sa mine ! HB, la neutre. 2H, la décevante qui ne marquait pas mais ne cassait jamais. 2B, grasse et fragile, douce sur la feuille, qui bavait sous le pouce. Au cul du stylo, un petit cylindre de métal blanc. D'un côté la petite gomme rouge, de l'autre de quoi tailler la mine. Un système moderne et ingénieux ! Tout le monde n'avait pas un Critérium.
Là-bas, l'ancien logo du BHV, vert et massif. Ici, une jeune femme qui absorbe le chocolat renversé sur la table de la cuisine -Formica bleu pâle -, qui essuie le beau poisson qu'elle cuisinera ce soir - c'est donc vendredi -, qui fait briller le chandelier du trousseau. Elle absorbe, elle essuie, elle fait briller. Que pouvait bien faire d'autre une maman de 1957, l'année de la campagne Banania ? Une ménagère au cœur du nioudile français de l'après-guerre.

En remontant dans la rame, je me suis demandé ce que seraient les sédiments de 2007, en 2057, sur quoi s'arrêteraient mes petits enfants futurs. Google ? Ce mot qui ne désigne plus le crétin poilu des voyages de Gulliver, qui n'est pas non plus ce gargouillement terriblement embarrassant qui vous sabote un premier rendez-vous à fort enjeu, je me disais qu'est-ce qui restera de nos milliards de pages digitales, de l'immense bruit blanc de la toile… Il paraît qu'il faut faire attention. Les Ptolémée de la côte ouest nous referaient une version Big Brother de la bibliothèque d'Alexandrie. De plus en plus, paraît-il, on vous Google avant une rencontre. On sait, on saura donc tout de vous. Cuidado, il ne faut rien laisser dans le Global-File, paraît-il, car bientôt, quelque hacker malveillant pénétrera votre dossier médical - et ce furoncle malencontreux sur le bord inférieur du prépuce, il y a douze ans, vous coûtera ce job tant convoité. Vos dépenses inavouées, vos trajets secrets, vos escales improbables, vos appels subreptices, ceux qui se font à voix basse, tout sera sur le net, accessible, il vous faudra en répondre, de tribunal en tribunal…

Dans le sourire de Banania, il y avait le plaisir d'un instant et le bonheur d'un futur prometteur. Le sourire s'est effacé et le futur nous fait peur. En 2057, je me serai sans doute digitalisé avec grâce et sans doute recombiné astucieusement, ou même réincarné, en Tephritida du manguier ou en clitocybe anisé.

Mais il y aura bien un type que le hasard conduira sur cette page.

Vignette: métro Les Sablons, affiche d'Hervé Morvan, Banania 1959.

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Pénibilité du transport : le privilège du passager

ballooning.jpgJe suis un privilégié. Non pas que je cotise moins ou moins longtemps, mais pour rentrer le soir chez moi - ayant depuis quelques jours abandonné toute velléité automobile - je prends le métro à la station Pont de Neuilly, sur la ligne 1, en direction de Vincennes. Il n'y a que deux arrêts avant que moi-même et les six cents avocats d'affaires qui poirotent aussi ne nous jetions dans le dur. Après, c'est blindé, c'est la jungle, c'est à la machette qu'on dialogue, plus personne ne peut pénétrer les minces hiatus inter-corporels qui subsistent dans l'emboîtement populaire des cons que nous sommes, qui rions nerveusement car soudain, nous ressentons profondément, physiquement, que nous cotisons 40 ans, sans garantie d'emploi, pendant que le chauffeur (non-gréviste, lui, c'est vrai, on ne peut même pas l'engueuler) pense dans sa cabine climatisée à la retraite qu'il prendra à 55 ans sous les tropiques (pour avoir la prime d'éloignement réservée à la fonction publique et assimilé), dans la jolie maison qu'il aura acheté en plaçant intelligemment l'argent qu'il aura emprunté à taux zéro. Là, dans la chaleur de la bétaillère - même pas collé à un jeune mannequin bulgare qui chercherait quelqu'un pour lui faire découvrir Paris - nous rentrons chez nous assommés par nos semaines de plus de trente-deux heures. Qu'on ne vienne plus sanglotter devant les passagers sur le sort terrible des conducteurs… On me dira que je fais des amalgames avec une mauvaise foi toute poujadiste. Que je perds mes nerfs. Oui, c'est tendance. Je suis comme beaucoup, j'en ai juste un peu ras la motte. On ne parle pas assez de la pénibilité des transports les jours de grève. Pourquoi ? Pourquoi ne dit-on pas simplement qu'il s'agit de violence faite aux usagers ? On dit qu'ils sont excédés, on devrait dire qu'ils souffrent. J'avais pensé option Vélib pour les déplacements courts, j'ai trouvé une station, du côté de la Bourse, mais une phalange de militants radicaux, opprimés et minoritaires, avait crevé tous les pneus dans un geste bien compréhensible de désespoir et de dialogue.

Tout s'arrête. Le « mouvement social », en France, ne fait plus que paralyser davantage un pays déjà encalminé depuis longtemps… paradoxe. Les sondages montrent que la population française, majoritairement, ne soutient pas la grève. C'est heureux, mais j'aimerais qu'on interroge uniquement les franciliens et les habitant de quelques grandes villes et de leurs banlieues. Peu m'importe qu'un commerçant d'Aurillac, même représentatif de la population française, soutienne ou non un mouvement qui, précisément, ne pénalise pas selon des méthodes statistiques. Qui relève cette absurdité dans la presse ? Opinion générale pour dommage ciblé. Sans oublier la demeurée-baba-dépeignée, toujours la même, qu'on micro-trottoirise pour faire plus vrai sur le quai de la gare du nord, qui annonce à la France au 20 heures que finalement elle comprend les grévistes. On aimerait être là. On aimerait lui faire bouffer sa carte de fidélité…

La presse, justement, qui pense toujours dans le sens de ses ventes, aime ou n'aime pas la grève selon qu'elle est ou non soutenue dans l'opinion. C'est que le bordel fait vendre, booste l'audience, et de toute façon, la presse n'a jamais aimé les bonnes nouvelles. Le Monde titre que la « base résiste » et, dans la foulée, indique 27% de grévistes à la RATP. On en conclura que la base fait 27%. Mais on se trompe, d'un jour sur l'autre, la base peut perdre 10%. Non, la base ne se réduit pas aux quelque jusqu'au-boutistes qui bloquent la vie, la base s'entasse dans les quelques rames qui roulent, pédale dans les couloirs de bus et marche le long des boulevards pour libérer la nounou à temps.

Mieux, pour ceux qui la font et la conduisent, la grève est une occasion unique de passer à la télé, ce privilège devenu en quelques années l'étalon de la méritocratie républicaine. Bernard Thibault est beaucoup moins beau que Didier Le Reste. La grève devrait gagner des points dans l'opinion. Et qui donc est ce Julliard, qui s'agite, se dédit et bat des mains dès qu'approche une caméra ? L'idole des mariages familiaux… ses cousines doivent se ruer sur lui… Comment ne pas sentir le sol s'effondrer en entendant cet autre abruti de la coordination étudiante exprimer au 20 heures sa solidarité avec les travailleurs du rail… comment ne pas se demander à quoi pense le con qui lui a tendu un micro ? Finkielkraut n'a pas tout à fait tort…

Par un jeu subtil de chaussette retournée, en quelques années, le dictat minoritaire est devenu la loi générale. Je souhaite que Sarkozy et son gouvernement tiennent. Quoiqu'il en coûte. Qu'ils ne lâchent pas. Je suis prêt à endurer tout cela un mois, deux mois, six mois, mais qu'enfin le pays normal échappe à l'emprise des crétins, que la clique syndicale s'effondre pour laisser place à autre chose, quelque chose de moins maffieux, de plus conscient du monde, de simplement utile au monde du travail, le vrai. Dans trois semaines, ils chercheront à nous apitoyer sur le nécessaire étalement des retenues salariales, comme d'habitude. On ne va quand même pas les gêner pour Noël. La gêne, c'est juste bon pour les passagers d'Air France qui réveillonneront en famille dans les salles d'embarquement…

Ca va mieux, merci…

Un an déjà

poste.jpgCe blog a un an. Une drôle d'expérience à laquelle je suis venu « pour voir ». Les six premiers mois ont été portés par une campagne suffisamment dramatique pour produire un billet par jour, puis trois par semaine depuis cet été. Le cirque politique baisse de niveau et les clowns sont moins drôles aujourd'hui, moins inspirants.
Les lecteurs sont venus, souvent « orientés » par des blogueurs plus mûrs qui m'ont fait l'honneur de leur blog-roll, Authueil , Comm-vat , Versac , Diner's Room , Toréador , Koz , What's Next et bien d'autres, qui sont les pages que je consulte régulièrement. Je les en remercie. C'est sans doute grace à eux que  les visiteurs, occasionnels ou réguliers, ont fait escale ici.
Ce que je retiens de cette année en ligne:
1. La République des Blogs, une belle idée de Versac, je crois, qui permet de mettre un visage sur des mots et de rencontrer des gens très attachants et intéressants, les divergences politiques ne résistant pas aux convergences sur la bière. Les blogueurs politiques sont une tribu à part, intelligente et cordiale.
2. La blogosphère est un univers passionnant, très sélectif, qui finalement répond aux mêmes critères que les médias traditionnels. La bonne maîtrise de la forme, la qualité et honnêteté du contenu, la lisibilité du concept éditorial font les bons blogs.
3. Se lancer dans le blog de façon suivie et sérieuse est un investissement en temps considérable. Cela oblige à fréquenter les autres sites, à lire la presse, se tenir au jus et à écrire. J'ai regardé le journal de Claire Chazal plusieurs fois cette année, parfois même sans me mettre à hurler.
Pourquoi faire un blog? A chacun ses objectifs, ses intentions, ses bénéfices. Pour moi il s'agit de ritualiser l'écriture. D'en faire une activité quasi quotidienne, une nécessité, une addiction, puisqu'elle est au centre de ce que j'aime faire.
J'ai pensé un moment abandonner. Maintenant. Le temps que je consacre à des activités non professionnelles et peu rémunératrices est compté (musique, écriture, édition musicale). Après deux recueils de nouvelles, mon éditeur attend un roman et je dois y travailler. La priorité ira donc à cet exercice. Je pense, pour les douze mois à venir, éditer un billet par semaine, de préférence le lundi matin. Je dois pouvoir le faire. Ca sera sans doute moins politique. J'attendrai que la gauche se refonde, que Sarko convole à nouveau et que Ségolène entre au carmel.
J'espère que ceux qui trouvent un intérêt dans les pages que je mets en ligne et en sourient resteront parmis nous. Je les remercie de tout cœur pour leur fidélité et leurs commentaires.
De tout cœur.

Vignette: l'hygiène du blog, j'ai un doute sur le point 5

Déserts

tintin.jpgNicolas Sarkozy n'a jamais vraiment subi le rejet, l'impopularité dans la durée, ces longues traversées du désert où les plus faibles rejoignent pour le compte le grand ossuaire du politique. Un peu de ridicule, certes, lorsqu'en 95 son champion pommadé s'essouffle et se fait coiffer dans le virage des Tribunes par un mangeur de pommes. Ou bien lorsque plus tard, la presse s'empare d'un petit désordre affectif et conjugal, vite réglé, mais quand même. Majoritairement impopulaire, durablement impopulaire, non, il n'a pas connu, quelle que soit la violence inefficace du récent TSS et les pamoisons de la famille Royal de Hollande.
Lorsqu'en 1984, Jacques Calvet remplace Jean-Claude Parayre à la tête de PSA, la situation économique et sociale du groupe est dramatique, baisse des ventes et grèves à répétition depuis deux ans. On ne parle que du Japon triomphant,
de l'Amérique battue, de l'Angleterre qui a abandonné son industrie automobile aux nippons… Calvet prétend d'ailleurs qu'elle est devenue la cinquième île du Japon. Il s'oppose aux syndicats, fait front, et l'opinion le lynche avec une conscience méthodique et bien française. Se coucher devant les syndicats ne serait donc plus un sport patronal ? Scandale. Lorsqu'il quitte le groupe, en 1997, il est pour les mêmes l'homme qui a sauvé PSA.
Margaret Thatcher,
de son côté, fait vite l'unanimité contre elle lorsqu'elle arrive aux affaires. Elle est attaquée de toutes parts, dans son pays, en Europe. Des artistes prennent ainsi des risques politiques insensés, comme Renaud qui dénonce son intransigeance et sa brutalité. Il nous donne là une leçon de courage en politique, c'est sûr. Un jour sans doute, Soljenitsyne lui rendra hommage. Aujourd'hui, anoblie et statufiée, nul ne doute qu'elle a transformé, modernisé et sorti son pays d'un déclin engagé de longue date par la gauche locale. Le RPF ne sauve pas de Gaulle de la lassitude populaire, il faudra l'Algérie pour le ressusciter. Mitterrand n'échappe pas à la règle qui, pour exister, s'invente la pantalonade risible du jardin de l'Observatoire… on dit maintenant de lui qu'il était un grand politique. Même Johnny connaîtra le déclin, puis le retour en grâce.
Traverser un désert est une chose, ne pas se perdre dans les dunes en est une autre. Certains, comme Giscard, n'en reviennent jamais vraiment, ou en réchappent de justesse, un peu changés, un peu à l'ouest.
Alors Sarkozy ? Est-il ou non soluble dans l'opinion ? Quelles sont les courbes, les vraies, qu'épousent son moral et sa détermination ? S'aime-t-il au point de craindre de n'être plus aimé, admiré ? Il ne s'agit plus de séduire, d'exécuter du Guaino à la tribune, mais d'affronter des bastions et des fonds de commerces syndicaux et l'opinion si frivole du pays.
Nous allons savoir enfin, et c'est bien.

On n’est pas v’nus pour se faire engueuler…

technoparade.jpgLes basses ont noyé le boulevard vers quinze heures, des basses tsunamiques à décrocher les burnes d'un percheron, la Techno Parade commençait. Boum - boum - boum - boum - boum… J'étais au balcon, à regarder passer le flot, un torrent de têtes et de bras levés, agglutinés aux culs de camions bariolés, dans la vibration des baffles empilés, avec le désordre canalisé des mouettes au cul des chalutiers. Ici le pêcheur est DJ, plutôt rasé et fait route au 160, sur République Bastille. Il a du monde dans les filets. Je regardais ça de là-haut. On va attendre un peu pour aller chez Picard. "Mes observations prirent d'abord un tour abstrait et généralisateur. Je regardais les passants par masses, et ma pensée ne les considérait que dans leurs rapports collectifs. Bientôt, cependant, je descendis jusqu'au détail, et j'examinai avec un intérêt minutieux les innombrables variétés de figure, de toilette, d'air, de démarche, de visage et d'expression physionomique." dit Edgar Poe dans L'homme des foules (traduction Ch. Baudelaire).
Poe a raison. La masse, généralisatrice, ne dit rien, elle n'est qu'un flux indifférencié. C'est entrant dans le détail, dans la répétition de certains d'entre eux, que la foule prend lentement son sens. Crêtes dressées et piercings scintillants, bonheur des acariens dans les dreadlocks malmenés, dragons tatoués, lovés autour d'un nombril, scarifications rituelles, transes extasiés, poitrines soulevées dans les tam-tams citadins de la modernité, conformisme désarticulé, bref, la tribu des primitifs urbains cristallisait sagement dans son brouet de décibels, dans une coulée de concrétions sonores, rendues indéchiffrables par l'insupportable empilement des rythmes, camion après camion. Une foule black-blanc-beur, lointaine cousine du « Tous à la manif ! » cher au Libé des années soixante-dix, mais qui semble ne revendiquer que le droit d'être là. Même pas une banderole anti-Sarkozy. On est là pour remuer. On remue. Même pas une grosse bagarre ou l'intervention d'un commando à capuche en mal de téléphone portable. Même pas Jack Lang pour chanter la jeunesse et sa liberté. Rien.
Je déteste la Fête de la Musique. Je ne vais pas me mettre à aimer la Techno Parade. Fin de cortège. Tout rentre dans l'ordre. Trois rangs de CRS casqués, en carré, trois voitures de police, gyrophares tournoyant sans musique. Une dizaine de cars bleus. On s'attend à voir l'intendance, la popote, le Bordel Militaire de Campagne. Non, juste quatorze monstres mécaniques verts, propreté de Paris, qui vrombissent et aspirent noires et croches abandonnées, les résidus de la fête, et détergent l'espace dans un nuage corrosif et gris.
C'est bouclé pour un an.

Vignette: Techno Parade, de mon balcon. 

Des Chiffres et des Lettres

victor_hugo.jpgAmusant, Yasmina Reza est l'anagramme de yesman razia et donc, à un détail près, renvoie bien à la politique d'ouverture engagée par son héros.
Je ne crois plus au hasard. Depuis longtemps. En lisant son livre - pardon, en me pénétrant du texte - je me disais qu'il n'aurait pas été le même si Yasmina avait suivi Guy Roux sur la durée d'un championnat… Forcément.
Il y aurait beaucoup à dire sur ce tropisme français du rapport à la littérature, de son prestige, du rapport entre l'écriture et le politique, entre l'auteur et le pouvoir, chacun maître de sa grammaire et jalousant celle de l'autre, les deux s'observant, s'aimant ou se haïssant. Toujours trop. Y aurait-il dans l'écriture une intension dominatrice (mâle?), concurrente, que le prince ne saurait admettre ?
« A moi, qui suis au terme, vous écrivez que « le pouvoir et la foi sont des humilités ». A vous, qui passez à peine les premiers ormeaux du chemin, je dis que le talent, lui aussi, en est une », écrivait de Gaulle à Jean-Marie Le Clézio, le 9 décembre 1963, après avoir lu Le procès verbal, que lui avait adressé l'auteur, âgé alors de 23 ans. Est-ce un mot d'apaisement, est-ce une réprimande ? C'est que de Gaulle, comme Mitterrand (mais avec moins de souffle que son prédécesseur), était aussi un homme de lettre, une plume. Il avait été celle de Philippe Pétain, avant guerre. On pense aussi à cette lettre de Victor Hugo à Baudelaire, dans laquelle l'exilé enjoint le poète à tenir pour un honneur d'être censuré par un régime inepte. On pense à tant d'autres.
On sent bien, en lisant Reza, qu'avec Nicolas le risque est limité. Nous échapperons sans doute à ses méditations. Et Yasmina à l'exil. Au mieux aurons-nous quelques opuscules de campagne, rewrités par Henri ou un autre, ou à quelques principes bien sentis d'halieutique électorale. Nicolas, le style n'est pas son problème. On l'aurait remarqué.
Plus j'avançais dans ce livre, plus je pensais à Depardon, à Cartier-Bresson ou à d'autres, qui savent mettre en scène la réalité, souvent triviale et l'habiller, l'éclairer d'une esthétique qu'elle n'a pas - ou que nous ne voyons pas. Au fil des pages, l'abyssale normalité de Sarko est contournée, encerclée, enchâssée, magnifiée par la profondeur du style. Je trouve que Reza écrit bien.
Qu'est-ce que cela nous dit sur Sarkozy ? Et bien justement, que l'intuition gagnante est là. Il a fait écrire ce qu'il ne pourrait écrire. Il fallait que quelqu'un de légitime, d'incontestable - pas un plumitif de meetings, pas un nègre électoral, ça c'est bon pour les Goudard et les Guaino de la place - il fallait donc que quelqu'un prît la plume et donnât à la campagne sa profondeur romanesque et poétique, quel qu'en fût le risque. Il a su le prendre, et c'est sans doute là son vrai génie, celui du calcul, celui d'avoir pensé en juin 2006 qu'il faudrait, en septembre 2007, que l'épopée soit chantée.
Juste, si possible.

Vignette : est-ce bien nécessaire ?

D’un 9/11 l’autre

intel.jpgLa radio l'a annoncé ce matin, George W Bush observera aujourd'hui une minute du silence en mémoire des victimes du 11 septembre 2001, ce qui lui donne la possibilité (i) de ne pas dire de connerie pendant ladite minute et (ii) de réfléchir au 11 septembre 1973 , ce moment d'histoire au cours duquel le général Pinochet inaugurait à Santiago du Chili - avec l'aide des USA - une façon nouvelle et vivifiante d'exercer la démocratie. Allende - dont on peu légitimement critiquer certaines options - était renversé et le « virus », son régime selon les termes d'Henry Kissinger, était extirpé. Le compte officiel des victimes de ce premier 9/11 fait état de 3,200 morts. Peace upon them. La réalité est probablement proche du double ce qui, ramené à la population américaine, porterait le nombre de victimes autour de 100,000. Sans compter les 30,000 et quelques autres qui seront interrogés courtoisement dans les prisons de la junte et qui, selon le même calcul, correspondraient à quelques 700,000 Américains. C'est ce que fait remarquer Noam Chomsky dans Interventions , une série de tribunes proposées par l'intellectuel au NY Times entre 2002 et 2007, tribunes jamais publiées parce que politiquement incorrectes dans une Amérique désireuse avant tout de venger ses morts et de casser du mahométan à Kaboul et à Bagdad. A l'irrationnel, réponse irrationnelle. Résultat sans appel.
Chomsky nous promène dans un paysage où l'Amérique dominante mais paranoïaque, par messianisme, intérêt et maladresse, a transformé en quelques décennies le monde en une poudrière atomique qui incite avant tout à profiter des vacances. Tant qu'on en a. Tout est parfaitement posé dans le livre, avec le talent polémique de l'auteur. C'est d'ailleurs une conviction que j'avais exprimé ici . A horizon de dix ans, la probabilité qu'un feu nucléaire soit déclenché quelque part, intentionnellement ou non, est très haute. Le choc du sous développement, le choc des cultures et des religions, l'accès crucial aux ressources énergétiques et la volonté américaine de les contrôler et de contrôler le monde, l'émergence de l'Asie comme puissance stratégique, la dissémination du savoir-faire nucléaire, tout cela nous mène vers un Nouveau Désordre Mondial dont les rues de Bagdad sont aujourd'hui la sanglante ébauche.

Vignette: Un porte parole de la CIA entrain de révéler les principales sources de renseignement qui ont justifié l'intervention en Irak en 2003. "Vous remarquerez que le point de vue unique du président lui donnait des raisons d'envahir que personne n'était en position de corroborer". 

Les Bienveillantes; Jonathan Littell. Lire en vacances

blobel.jpgPour définir les techniques de lecture rapide, Woody Allen disait « Guerre et paix : ça parle de Russie ». Les Bienveillantes, 900 pages, ça donnerait « Un officier SS franco-allemand, criminel de masse, matricide et sodomite, plutôt dérangé sur un plan gastrique et intestinal, se con-fusionne avec sa sœur jumelle ».  En passant, on peut d'ailleurs dire, en évitant toute contrepèterie déplacée, que le sodomite a le cul bordé de nouille. Il s'en tire toujours. Il termine même obersturmbannfürher. Et j'arrive à le dire en mangeant des cacahuètes.
Ecrivant un peu moi-même, j'hésite toujours à gloser sur ce qu'un autre a écrit. Mais là, j'ai envie. Le bouquin a fait parler de lui et de son auteur à la rentrée dernière. Il y a eu scandale, éloges, des articles et, depuis, des livres sur le livre. Il a eu des prix. On a dit que Les Bienveillantes était un phénomène littéraire. Je le pense aussi.
Un curieux bouquin, en tout cas, un vagabondage triangulaire et souterrain  entre mort, sexe et merde, les trois exhalant leur bouquet visqueux tout au long d'un texte continu, sans retour à la marge, ou presque, qui coule comme une longue fresque excrémentielle et musicale, pour reprendre un symbolisme cher à l'auteur. On circule dans les sous-sols du corps, des villes et de l'humanité.
Un livre fascinant, c'est vrai, qui nous place d'emblée dans la position du voyeur. Car faire de nous le spectateur repu et satisfait d'une horreur méthodique, celle de la solution finale entre 41 et 45, narrée à la première personne, tel semble être l'objectif. Un livre qui, semble-t-il, veut chatouiller un peu le monstre qui sommeille en nous - dans notre sous-moi - et n'attend qu'un signe pour s'étirer. De fait, l'ouvrage fournit à la scène culturelle un équivalent littéraire au docu-fiction et à la télé réalité. En invoquant aujourd'hui la solution finale de façon parfaitement référencée, détaillée, documentée, l'auteur nous invite à découvrir qu'éliminer quelques millions d'hommes, femmes et d'enfants à coup de pelle, de gaz, de balle, d'obus, de barre de fer, de corde, de tout, quoi, ça n'est jamais que « faire bord » avec un syndrome d'élimination persistant, à commencer par celle de Régine à La Ferme, des victimes hebdomadaires de toutes les Staracs du genre ou la reconduction aux frontières des clandestins indésirables. Tout cela est donc la norme d'une société normale. On élimine dans ce livre toutes les matières possibles, par toutes les voies possibles : vomissure, diarrhée, menstrues, sperme, sueur, cervelle, viscère et, bien sûr, sang. Ca évacue à tout va, sur fond de destruction par un corps social malade d'une partie haïe de lui-même. Belle métaphore. Mais quand même…
Quand même… Littell est juif, né à New York en 1967. Le même livre, écrit par le petit fils d'un milicien aurait sans doute connu un destin différent. Il est écrit à la première personne. Ca n'est pas gratuit. Identification à l'Autre, ou identification au Même ? Se couler dans la peau du monstre pour en maîtriser la rémanence, ou pour s'y soumettre absolument ? Vieille histoire que celle du maître et de l'esclave. Au cours de la première scène qui fait intervenir Hitler, le narrateur (auteur) ne le voit-il pas sous les traits d'un rabbin ? Et fallait-il vraiment convoquer l'Histoire (le travail documentaire est époustouflant), le front de l'est, les massacres, Stalingrad, les camps, Berlin en feu, fallait-il absorber, digérer tout cela, pour finalement répandre ce qui, au fur et à mesure que le livre avance, ressemble à un travail énorme de mise en forme et d'évacuation d'une névrose personnelle ? Car enfin la différence entre le travail de l'historien et celui du romancier, c'est bien que l'objet même de ce dernier reste clos sur lui-même, là où le premier tente de s'effacer derrière l'objet de son étude. Or la couverture le précise, c'est un roman, une fiction… Pourtant les personnages sont bien là, bien réels, Blobel, pendu après Nuremberg, Eichmann, pendu à Tel-Aviv… et les autres. Un pied sans le réel, un pied dans la fiction, on avance. Je me suis demandé d'où parlait Littell, et qui parlait vraiment.
La fin du livre, en effet, se détache progressivement du documentaire de l'horreur la plus monstrueuse, pour n'être plus que la longue évocation d'une sexualité plutôt fangeuse, un moment de littérature où le narcisse perturbé se mélange symboliquement au corps de sa sœur jumelle - cet autre Lui-même - mais sans jamais l'atteindre. Une fin de livre qui, par moment, flirte avec le vaudeville ou la bande dessinée, comme si sur la fin, son coup enfin tiré, le narrateur avait un peu molli…
Dans tout cela, seule la Femme est singulièrement épargnée. Distante, compatissante, sereine ou victime, elle laisse le narrateur muet, tétanisé devant ce qu'il n'atteindra jamais, je veux dire le réel, le corps, mais pas celui du délit, le vrai, celui de la vie. Le héros reste noyé dans la mort qu'il administre et dans les rêves tour à tour luminueux, souterrains ou purulents qu'il secrète. En refermant le livre, je me suis demandé mais qu'est-ce que ce type peut bien écrire après cela. S'il en a  même envie. Sur quoi rebondir quand on a produit un tel travail ? Peut-être sur des recettes. Des fiches cuisines.
Pour Elle?

Vignette: Paul Blobel, SS responsable du massacre de Babi Yar, à Kiev, 1941, l'une des scènes du livre. Exécuté par pendaison en 1951.

Gastronomix

saturne.jpgJe me suis mis au vélo, boboïsme oblige et Paris le veut. Je n'avais pas mis les pieds depuis deux ans au Centre Pompidou. Un coup de pédale hollandaise et m'y voilà. Un passage par les expositions, par le musée, par les tripes façadières du lieu, et un long moment dans la librairie. Je feuillette un ouvrage récent, Performance  Art in China Today. Beaucoup de belles choses et soudain une photo vaguement dérangeante: l'artiste conceptuel Zhu Yu attablé, entrain de grignoter le membre d'un fœtus  humain rôti, le reste attendant dans son assiette. Une performance réalisée en marge du Shanghai Art Festival en 2000, pourtant refusée par les organisateurs. Zhu Yu est assimilé au groupe Cadavre, des artistes qui ont choisi la dépouille humaine comme terrain d'expérience esthétique. Je referme. Le temps de laisser passer une petite nausée et je clos la visite avec un bel ouvrage sur la gradation de la couleur, par Paul Klee. Ca va mieux. Merci. Une blague, je me dis, un truc fait avec de la pâte d'amandes… On en discute encore sur le net.
Mais non, de retour à la maison, je Google le Zhu et oui, ça semble vrai. Créateur inspiré, il explique son geste: "Aucune religion n'interdit le cannibalisme, pas plus que je ne trouve de lois qui nous empêcheraient de manger les gens. Je tire parti de l'espace laissé entre la morale et la loi et je base mon travail sur lui". Voilà qui va faire du bien à la valeur travail. L'événement avait semble-t-il provoqué une agitation forte sur la toile à l'époque, mais pas en France où seuls France Culture et quelques revues d'art contemporain avaient relayé la prouesse. En poursuivant la recherche, sur des sites de Hong Kong, il semble que la pratique se développe en Chine et qu'on prête à la consommation de fœtus humains des vertus régénératrices… on les vendrait à la sortie des hôpitaux où sont pratiquées des IVG en masse. Certains s'interrogent sur la résurgence d'un cannibalisme très apprécié pendant la révolution culturelle et pendant les purges maoïstes. Jamais vraiment exorcisé… Le devoir de mémoire – imposé par la solution finale en Europe -  n'encombre pas les colonnes de la presse chinoise. Quelle morale développe un peuple privé de son histoire quand s'y substitue un système politico-répressif maîtrisé par une petite oligarchie ?
L'occident est aujourd'hui fasciné par la Chine, par son développement, par sa mutation fulgurante et, à bien des égards, l'empire du milieu donne aujourd'hui une leçon de dynamisme au monde, mais changer la culture n'est pas construire des tours sur le Bund et la figure de l'ogre économique vient faire bord avec celle de l'artiste dérangé, pas seulement en Chine, mais aussi celle d'un monde qui consomme ses enfants par la lobotomie digitale et pornographique qu'il leur impose. Les délires occidentaux du Body Art né dans les années 60 ne valaient et ne valent encore guère mieux que les délires de l'artiste anthropophage.
Le mythe veut que Chronos ait dévoré ses enfants mais que Zeus, sauvé par sa mère Réha, fille de la terre et du ciel, ait grandi élevé par des chèvres pour un jour renverser son père et régner sur l'Olympe. Aujourd'hui, Réha a bien mauvaise haleine.
Waiting for Zeus?

Vignette: Saturne-Chronos dévorant ses enfants; Francisco Goya; ver 1820; Musée du Prado

Le Blog de Carrie

carrie2.jpgCarrie vient d'ouvrir son blog. Carrie est une jeune photographe américaine d'une beauté révoltante et sans doute inusable puisqu'elle allie celle de l'âme à celle du corps - sur quoi je ne m'étendrai pas, façon de parler - d'autant qu'elle vient d'épouser Olivier, un garçon avec qui pourtant je partage beaucoup, sauf en politique, ce qui nous entraîne souvent, tard dans la nuit, à hurler quelques convictions et s'accorder finalement sur les vertus d'un Macon frappé. Il a pu convaincre Carrie, je le crains, que Royal pouvait être une option pour la France, en profitant de façon subreptice des tendances hillaro-clintoniennes de son épouse, encore ivre de son jeune bonheur. La confusion des gauches, en somme.
Joy Of Cooking est un blog tout-pour-la-bouffe, donc un blog intéressant.
J'ai connu Carrie il y a maintenant quelques années. Elle sortait d'un école de photographie parisienne et shootait fiévreusement des légumes, des soirées entières. De façon inégalable. Carrie sait éclairer un concombre à faire s'évanouir Pierre & Gilles, trouver dans le violacé d'un artichaut les réminiscences de la peau quand et où il lui prend de virer au mauve, faire de quelques bananes l'antidote du plus dur des régimes, éventrer une tomate avec la malice sensuelle d'une enfant perverse. Pas un chou-fleur ne lui résisterait. Carrie a bouleversé mon rapport à la Lollo Rossa, au Wasabi et au Topinambour. 
Elle s'intéresse aussi aux guitares électriques - et aux miennes en particulier - et s'en approche au point d'en révéler l'identité motocycliste, avec en fond sonore SRV ou la bande d'Easy Rider. Allez voir.
Personnellement, j'irai régulièrement sur Joy Of Cooking, pas seulement pour les recettes ou les billets d'humeur de Carrie - la présence d'extraits de porc dans la crème allégée, par exemple - mais parce qu'on peut y voter et que depuis quelques semaines, l'isoloir et l'urne citoyenne me manquent. La vraie démocratie, ça se déguste aussi.
Comme diraient Hollande, Fabius et DSK.

Vignette: Carrie, 2004

Scalpels…

scalpels2.jpgIl est sorti, chez Buchet-Chastel. Il sera en librairie le 13 février, mais disponible déjà sur Amazon ou sur Fnac. Drôle d'histoire que celle de ce recueil, né d'un chapitre abandonné, exclu d'un roman encore inachevé, dix pages qui ne voulaient pas mourir dans un tiroir, qui en imposent cent cinquante autres pour ne pas disparaître…
Comme il s'agissait de honte, j'ai demandé autour de moi "C'est quoi, votre plus grande honte?" J'ai prévenu, c'est pour publication, mais les gens ont raconté. Des histoires drôles ou bouleversantes, ces moments qui sonnent comme un gong dans leur vie et qui souvent résonnent encore bien des années après. Certains m'ont dit "Moi, je n'ai jamais honte…". Je ne les ai pas crus. Léonard de Vinci disait "La sottise est le bouclier de la honte…".
Je n'ai gardé de ces histoires que l'essentiel, ce moment où la honte jaillit de l'intérieur de soi, comme le sang jaillit d'une plaie ou monte au visage. J'ai gardé aussi la raison pour laquelle la honte s'est imposée. Le reste, je l'ai romancé, maquillé.
En interrogeant autour de moi, j'ai remarqué quelque chose. Elle fera réagir les spécialistes - d'autant que mon échantillon n'est pas représentatif de la population mondiale. Voilà. La majorité des femmes que j'ai interrogées m'ont raconté une honte ordonnée à la relation qu'elles entretenaient avec leur mère, ou plus exactement à l'image qu'elles se faisaient de leur mère (ou de leur fille), à l'intégrité soudain atteinte de cette image. Comme s'il y avait entre mère et fille un double miroir de perfection qui ne peut mener qu'à la faute, insupportable. Ma mère doit être parfaite, ma fille doit être parfaite. Et comme ni l'une ni l'autre ne le sont… Je me demande ce qu'en pensent les femmes.
Apparemment ça n'effleure pas les hommes. Trop cool…
J'ai mis l'une des nouvelles (Chouquette) dans la section Scalpels de ce blog, pour ceux qui veulent y jeter un coup d'œil.
Pour d'autres, rendez-vous avec le papier. Ne l'oublions pas complètement.

I Did It Myyyy Blog

sinatra.jpgDire "Je vais faire un blog" prend 0,8 seconde, en général un soir de biture.
Le faire, environ une heure par jour en vitesse de croisière. Davantage pendant le weekend. Sans compter, au début, le temps de conception et de mise en place, (fortement soutenu par Olivier - voir HeliogabaleWebsite and blog wizzard).

Quelques leçons:
1.
Digresser sur la campagne électorale impose de lire la presse - je veux dire très sérieusement – y compris les billets sur Clémentine Autain et les (d)ébats de l'ultra gauche. Ca, ça détend. La télé, j'hésite encore. C'est un peu comme reprendre la cigarette. Quand on a fait l'effort d'arrêter, c'est trop con… et revoir toujours le même capitaine des pompiers occitan parler inondations chez Claire Chazal, ça casse le moral.

2. Ecrire oblige à mettre en forme des pensées flottantes qu'on croyait intelligentes quand elles vous ont traversé, bloqué dans les embouteillages sur le Quai François Ni-Ni. Et même après publication, quelques missiles d'internautes de bon sens viennent tempérer l'enthousiasme. Cela oblige aussi à prendre parti. C'est le risque, c'est aussi le bénéfice.

3. Pénétrer la "blogosphère" tient du labyrinthe. De nuit. Soudaine empathie avec les souris de laboratoire. Consommateur de temps, aussi. J'ai listé sur cette page les sites amis et ceux que je trouve intéressants, essentiellement politiques, sans distinction d'appartenance. Mon premier critère est la qualité du style. J'ouvrirai dans un deuxième temps vers des blogs plus littéraires ou poétiques.

4. J'ai appris l'écran. Le blog m'a pris la main pour passer du papier au digit. And I dig it! (Lennon-McCartney, Let It Be, 1969). J'y suis à l'aise maintenant. Je nage sans bouée dans les octets. L'abonnement électronique du Monde m'a permis de garder un œil sur Ségo, l'autre sur le Bund ou le port de Hong Kong (!).

5. La fréquentation, au deuxième mois, a été de 2000 visiteurs. C'est extrêmement bas comparé aux grands aînés du genre, mais la courbe croît très vite. N'hésitez pas à transmettre le lien, ou à pointer sur mon site. Merci.

6. De vieux amis sont sortis des replis du temps et ont renoué. C'est sans doute le plus beau cadeau du hasard et des mots.

J'attends donc vos réactions et suggestions sur ce blog, pour avancer mieux dans ce drôle de projet.
Bonne année à tous!

Trop seul…

bruit-blanc.jpgD'après Google, 2 650 000 pages existent déjà, qui traitent de la campagne électorale. On ne dit pas combien sont lues. J'ai tout lu. Enfin, je crois… J'ai relevé plusieurs coquilles. Ma page est la 789 452ème. Je pense… Enfin, je me suis senti extrêmement seul, d'un coup. J'ai eu le sentiment d'être au Parc des Princes, un soir de finale OM-PSG et, dans la demi seconde hurlante qui suit le premier but des parisiens, de murmurer très doucement dans leur tribune "Finalement, je trouve que Balladur a de bons côtés, et vous?…".
Tout le monde s'accorde pour dire que l'internet et les blogs vont avoir sur les élections une incidence réelle, profonde. C'est certainement vrai, mais laquelle. Et je ne le sens pas encore vraiment autour de moi… 2 650 000, ça fait à peu près autant de commentateurs aujourd'hui sur le net qu'il y en avait un soir de campagne, accoudés à zinc du bistrot du coin, pendant les présidentielles de 65. Le petit blanc en moins. Mais, point commun, ça tient du bruit blanc.
On dit qu'un système complexe, auto-organisé, et communiquant, produit du sens mécaniquement. Mais lequel? Comment ne pas penser que l'immense vide Ségolénien répond à merveille au magma aléatoire et digital de la blogosphère.
Donc je vais continuer, en me servant un petit blanc avant d'écrire.

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irm2.jpgIl va falloir avoir une idée par jour… Se creuser. C'est là que ça commence, dans ce foutoir de fils et de trucs. En tout cas ce qu'il en reste… Pourvu que ça tienne. C'est donc au champignon gris que ceux que ça agace devront s'en prendre. Mais pas seulement, bientôt une radio des coronnaires.
Qu'ils soient critiques ou approbateurs, faites vos commentaires généraux sur ce blog.
La maison ne censure pas.