Alerte
Monday, June 9, 2008
Arrivé mercredi soir en Slovénie, Ljubljana. Très vert, très pluvieux, une belle terre grasse et gorgée d'eau, la cascade feuillue des camaïeux du printemps, le sentiment que les montagnes ont été tondues pour nous, que les Porsche, les Mercedes et les 4X4 ont été lavés trois fois le matin même. Dans la logique du propre et du sale, les Slovènes ont choisi. Aux Trois Ponts, les touristes mitraillent les trois ponts. La citadelle tient bon, pas un char serbe depuis 91. L'indépendance du pays, alors, a fait sept morts. Chez nous, la moindre boîte de nuit en sortie de grande ville fait mieux tous les weekends. Bienvenue donc chez un bon élève. Un sentiment de sécurité que je pensais n'exister qu'en Suisse.
Au cours du dîner, le serveur s'approche et, avec un bon sourire, nous annonce un petit pépin dans une centrale nucléaire du pays, à cent kilomètres à l'est. Nous : ah ah ah ah, nous être français, ah ah ah, toi pas avoir peur, nuage s'arrêter à la limite du parking, as usual, baby… Toi peut retirer ton scaphandre, ah ah ah, ça être dur pour faire le service, toi en mettre partout, et toi nous dire d'où vient le vent et nous apporter autre bouteille de jaja. Jaja tout guérir… Jaja protéger le guerrier…
Retour à ma chambre, un petit crochet sur le net, par acquis de conscience, mais les nouvelles sont rassurantes. D'ailleurs mes mains restent bien opaques. Rien à craindre. C'est vrai, puisqu'ils le disent… L'Europe est en alerte nucléaire. Pas de quoi s'inquiéter. Je me suis couché tôt après avoir refermé les mémoires de Suze Rotolo, à qui je dois de belles heures de sommeil. Déjà en 62, elle militait contre l'atome. Quelques rêves insolites ont traversé la nuit. J'étais seul à marcher dans une forêt profonde et majestueuse, un sous-bois au parfum lourd et puissant d'humus, j'en passais la lisière et débouchais sur une vallée verdoyante et baignée d'une belle lumière où flottaient quelques moutons et où paissaient à l'envie de belles vaches, avec cinq pattes et un seul œil. Un type phosphorescent murmurait derrière moi « la preuve est faite, merde, et qu'on ne vienne pas me seriner que le nucléaire est un danger pour la biodiversité ».
Je lis dans la presse du lendemain qu'il s'agissait d'une erreur. Juste une petite fuite anodine. La routine. Une secrétaire se serait trompée de formulaire. Elle aurait pris le B400 - 789 / 409999786, Alerte Nucléaire Urgente et Sérieuse Nécessitant l'Évacuation Immédiate des 25 Pays de l'UE, au lieu du H567 - 765 / 782635467, Alerte Nucléaire Incontrôlable et Sans-solution Donc Ne Rien Faire. Et envoyé le tout à Bruxelles. C'est la procédure.
Bref, comme il en va souvent dans les affaires lorsqu'un groupe d'experts ou de gens importants fait face à une connerie qui tourne à la crise, c'est la faute d'une secrétaire analphabète qui ferait mieux d'apprendre ses formulaires par cœur plutôt que de passer son temps sur les forums écologiques.
Le lendemain, en réunion avec un client. Le sujet vient naturellement dans la discussion. Le mari de la secrétaire du directeur général travaille dans la centrale. Il dit qu'il n'y a pas de danger. Nous sommes rassurés, lui, on peut le croire. Le gouvernement, non.
Rassurant.
Un thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.
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J'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.
Parfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…
Je suis un privilégié. Non pas que je cotise moins ou moins longtemps, mais pour rentrer le soir chez moi - ayant depuis quelques jours abandonné toute velléité automobile - je prends le métro à la station Pont de Neuilly, sur la ligne 1, en direction de Vincennes. Il n'y a que deux arrêts avant que moi-même et les six cents avocats d'affaires qui poirotent aussi ne nous jetions dans le dur. Après, c'est blindé, c'est la jungle, c'est à la machette qu'on dialogue, plus personne ne peut pénétrer les minces hiatus inter-corporels qui subsistent dans l'emboîtement populaire des cons que nous sommes, qui rions nerveusement car soudain, nous ressentons profondément, physiquement, que nous cotisons 40 ans, sans garantie d'emploi, pendant que le chauffeur (non-gréviste, lui, c'est vrai, on ne peut même pas l'engueuler) pense dans sa cabine climatisée à la retraite qu'il prendra à 55 ans sous les tropiques (pour avoir la prime d'éloignement réservée à la fonction publique et assimilé), dans la jolie maison qu'il aura acheté en plaçant intelligemment l'argent qu'il aura emprunté à taux zéro. Là, dans la chaleur de la bétaillère - même pas collé à un jeune mannequin bulgare qui chercherait quelqu'un pour lui faire découvrir Paris - nous rentrons chez nous assommés par nos semaines de plus de trente-deux heures. Qu'on ne vienne plus sanglotter devant les passagers sur le sort terrible des conducteurs… On me dira que je fais des amalgames avec une mauvaise foi toute poujadiste. Que je perds mes nerfs. Oui, c'est tendance. Je suis comme beaucoup, j'en ai juste un peu ras la motte. On ne parle pas assez de la pénibilité des transports les jours de grève. Pourquoi ? Pourquoi ne dit-on pas simplement qu'il s'agit de violence faite aux usagers ? On dit qu'ils sont excédés, on devrait dire qu'ils souffrent. J'avais pensé option Vélib pour les déplacements courts, j'ai trouvé une station, du côté de la Bourse, mais une phalange de militants radicaux, opprimés et minoritaires, avait crevé tous les pneus dans un geste bien compréhensible de désespoir et de dialogue.
Ce blog a un an. Une drôle d'expérience à laquelle je suis venu « pour voir ». Les six premiers mois ont été portés par une campagne suffisamment dramatique pour produire un billet par jour, puis trois par semaine depuis cet été. Le cirque politique baisse de niveau et les clowns sont moins drôles aujourd'hui, moins inspirants.
Nicolas Sarkozy n'a jamais vraiment subi le rejet, l'impopularité dans la durée, ces longues traversées du désert où les plus faibles rejoignent pour le compte le grand ossuaire du politique. Un peu de ridicule, certes, lorsqu'en 95 son champion pommadé s'essouffle et se fait coiffer dans le virage des Tribunes par un mangeur de pommes. Ou bien lorsque plus tard, la presse s'empare d'un petit désordre affectif et conjugal, vite réglé, mais quand même. Majoritairement impopulaire, durablement impopulaire, non, il n'a pas connu, quelle que soit la violence inefficace du récent TSS et les pamoisons de la famille Royal de Hollande.
Les basses ont noyé le boulevard vers quinze heures, des basses tsunamiques à décrocher les burnes d'un percheron, la Techno Parade commençait. Boum - boum - boum - boum - boum… J'étais au balcon, à regarder passer le flot, un torrent de têtes et de bras levés, agglutinés aux culs de camions bariolés, dans la vibration des baffles empilés, avec le désordre canalisé des mouettes au cul des chalutiers. Ici le pêcheur est DJ, plutôt rasé et fait route au 160, sur République Bastille. Il a du monde dans les filets. Je regardais ça de là-haut. On va attendre un peu pour aller chez Picard. "Mes observations prirent d'abord un tour abstrait et généralisateur. Je regardais les passants par masses, et ma pensée ne les considérait que dans leurs rapports collectifs. Bientôt, cependant, je descendis jusqu'au détail, et j'examinai avec un intérêt minutieux les innombrables variétés de figure, de toilette, d'air, de démarche, de visage et d'expression physionomique." dit Edgar Poe dans L'homme des foules (traduction Ch. Baudelaire).
Amusant, Yasmina Reza est l'anagramme de yesman razia et donc, à un détail près, renvoie bien à la politique d'ouverture engagée par son héros.
La radio l'a annoncé ce matin, George W Bush observera aujourd'hui une minute du silence en mémoire des victimes du 11 septembre 2001, ce qui lui donne la possibilité (i) de ne pas dire de connerie pendant ladite minute et (ii) de réfléchir au
Pour définir les techniques de lecture rapide, Woody Allen disait « Guerre et paix : ça parle de Russie ». Les Bienveillantes, 900 pages, ça donnerait « Un officier SS franco-allemand, criminel de masse, matricide et sodomite, plutôt dérangé sur un plan gastrique et intestinal, se con-fusionne avec sa sœur jumelle ». En passant, on peut d'ailleurs dire, en évitant toute contrepèterie déplacée, que le sodomite a le cul bordé de nouille. Il s'en tire toujours. Il termine même obersturmbannfürher. Et j'arrive à le dire en mangeant des cacahuètes.
Je me suis mis au vélo, boboïsme oblige et Paris le veut. Je n'avais pas mis les pieds depuis deux ans au Centre Pompidou. Un coup de pédale hollandaise et m'y voilà. Un passage par les expositions, par le musée, par les tripes façadières du lieu, et un long moment dans la librairie. Je feuillette un ouvrage récent, Performance Art in China Today. Beaucoup de belles choses et soudain une photo vaguement dérangeante: l'artiste conceptuel
Carrie vient d'ouvrir son
Il est sorti, chez
Dire "Je vais faire un blog" prend 0,8 seconde, en général un soir de biture.
D'après Google, 2 650 000 pages existent déjà, qui traitent de la campagne électorale. On ne dit pas combien sont lues. J'ai tout lu. Enfin, je crois… J'ai relevé plusieurs coquilles. Ma page est la 789 452ème. Je pense… Enfin, je me suis senti extrêmement seul, d'un coup. J'ai eu le sentiment d'être au Parc des Princes, un soir de finale OM-PSG et, dans la demi seconde hurlante qui suit le premier but des parisiens, de murmurer très doucement dans leur tribune "Finalement, je trouve que Balladur a de bons côtés, et vous?…".
Il va falloir avoir une idée par jour… Se creuser. C'est là que ça commence, dans ce foutoir de fils et de trucs. En tout cas ce qu'il en reste… Pourvu que ça tienne. C'est donc au champignon gris que ceux que ça agace devront s'en prendre. Mais pas seulement, bientôt une radio des coronnaires.
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