Power To The People !
Wednesday, January 9, 2008
Les histoires d'amour sont bouleversantes. Elles font que chacun d'entre nous, puissant ou miséreux, sait que la lumière existe pour celui qui la cherche et la cherche avec courage et opiniatritude. On le sait, l'amour frappe sa victime comme l'éclair. Il la laisse muette, nue, révélée à elle-même dans l'immense cathédrale de la vie. Ou dans le Falcon d'un copain. Elle en a le souffle coupé, les appuis flageolants, d'être ainsi roulée comme un pantin, abandonnée à la déferlante de ses sentiments, le visage noyé de larmes, bien dans l'axe des caméras… Ces images de bonheur me transportent. Heureux et en jean, Kheops, Petra, bientôt le Gange, Saint-Pétersbourg, Venise, Pattaya…
Tout cela, vous l'imaginez bien, m'a touché au cœur, comme chaque français, comme vous tous. Car chacun d'entre nous - pour certains secrètement, bien sûr - se sent éclairé par un bonheur si largement partagé. Y échapper, c'est impossible, car la Carla occupe le vide immense laissé par Cecilia dans la presse people, les journaux télé et nos cœurs fragiles et passionnés. Quant à Ségolène, ne conclut-elle pas son livre sur un appel déchirant ?
Les Verts auront beau calculer le poids de l'amour élyséen en CO2, ou en barils d'énergie fossile, Sarkozy est plus fort. Plus fort que les autres. Qui pourrait en douter maintenant ?
Ségolène pourra toujours stigmatiser les brutalités sociales de son tombeur en sillonnant les banlieues, lui, l'homme de tous les paradoxes, de tous les contrepieds, se met à la colle avec une immigrée.
La presse est inquiète pour son indépendance ? Il lui fait cadeau d'un feuilleton magnifique qui boostera les ventes au moment où la refondation du PS commençait à piétiner un peu.
La terrasse du Café de Flore pourra s'inquiéter d'une dérive impériale chronique, le voilà qui convole avec une électrice de Ségolène. L'ouverture, ça n'est pas une illusion, il la pratique à fond, jusque sous la couette.
Même Aubade reculerait devant une telle dentelle… leçon de séduction 2008 : se concentrer sur l'Elite .
L'élite mondiale, en particulier. Les copains peuvent toujours s'aligner… Allez chérie, grouille, on part au G8, tu prends ta gratte et on s'arrache. On leur en poussera une après le dîner. On leur fait un Robert Johnson, ça va casser la Barrack… ah ah ah…. Hilarant…
Un orfèvre. Je vous dis, un orfèvre. Et la presse dit qu'elle va produire un nouveau CD. En août, en plein début de grossesse, à tous les coups. Elle le sort chez Naïve, comme le premier, ce label qui la désigne si bien. Après Raphaël (plink-plonk), elle compose déjà Nicolas (bling-blong).
Mais voyons les choses sous un autre angle. Que fait donc Sarkozy sinon exprimer en toute simplicité l'un des tropismes culturels les plus caractéristiques du pays : le sens de l'exception et du luxe. Aurait-on oublié que la France est le pays de LVMH, de PPR, du Comité Colbert, de Chanel et de Dior ? Le Falcon n'est-il pas la Rolls de l'aviation d'affaires ? Ariane 6 la star des lanceurs ? Le TGV le pur-sang du rail ? Qu'elle soit industrielle, commerciale ou intellectuelle, la France s'aime dans l'exception et le luxe. Chacun aspire aux privilèges. Ceux qui y accèdent signent leur « distinction ». La presse indienne se régale à l'idée de voir Carla débarquer avec le chef, notre presse boude son bonheur… mais fait quand même ses ventes. Peut-être Nicolas prend-il un risque sondagier très passager en exprimant ouvertement ce que la tradition française invitait autrefois à masquer. Mais le monde change, le luxe discret de l'élite appartient au passé, l'ostentation claironnante des people est notre quotidien.
Et justement, Lennon, dont je parlais il y a peu, chantait Power To The People. Et je crains que nous n'ayons fini par marcher dedans.
Ce qui fait qu'il me fallait aussi réagir. Et puisqu'en ce moment la mode est aux variétés, je nous ai concocté, en l'honneur du jeune couple, rayonnant, la reprise d'une émouvante chanson de Claude François, ce proto-people hyper coiffé, visionnaire et révolutionnaire au point de mourir dans son bain comme Marat - et de créer en son temps sa propre agence de mannequins avec un sens aigu de la transformation du politique.
Le Gab à la basse.

De 2007, je garderai un bon souvenir.
On ne chipotera pas. Si le SAMU social avait croisé Muhamar entrain de faire les bouquinistes un peu tard dans l'après midi, sapé comme il l'était, même sans Plan Urgence Grand Froid Orange Niveau 4, il se voyait illico proposé une place dans un foyer pour la nuit. A moins que les Enfants de Don Quichotte ne l'ait localisé avant et lui ait réservé une tente. Il en avait déjà une, on dit.
Je prenais mon petit déjeuner, ce 8 décembre là.
Le 31 octobre 1964, Dylan est au Philarmonique Hall de New York. Il a vingt-trois ans. Alors qu'il s'apprête à lancer « If You Gotta Go, Go Now », il s'adresse au public et dit "N'ayez pas peur! C'est juste Hallowen, je porte mon masque de Bob Dylan, je fais ma mascarade ! Ah ah ah… ». Plus tard, pendant sa tournée de 1975, il se présente sur scène en portant un masque… de Bob Dylan. La foule, ahurie, ne comprend pas, en entendant cette voix qui est la sienne… Jeux de masques et de miroirs.
D'une main, l'illusionniste accroche le regard, l'attire, le suborne et le fixe sur l'accessoire pendant que, de l'autre main, il accomplit l'essentiel, son mensonge, sa magie, qui charme et subjugue. Nous murmurons « Sapristi ! Comment a-t-il fait ? ». Mais que voulons-nous savoir ? Voulons-nous vraiment que cesse le frémissement qui nous parcourt devant l'impossible réalisé ? Attendons-nous l'exposé froid de la méthode, de la vérité, ou voulons-nous croire un moment à la mort du réel et de ses pesanteurs ?
Je suis un privilégié. Non pas que je cotise moins ou moins longtemps, mais pour rentrer le soir chez moi - ayant depuis quelques jours abandonné toute velléité automobile - je prends le métro à la station Pont de Neuilly, sur la ligne 1, en direction de Vincennes. Il n'y a que deux arrêts avant que moi-même et les six cents avocats d'affaires qui poirotent aussi ne nous jetions dans le dur. Après, c'est blindé, c'est la jungle, c'est à la machette qu'on dialogue, plus personne ne peut pénétrer les minces hiatus inter-corporels qui subsistent dans l'emboîtement populaire des cons que nous sommes, qui rions nerveusement car soudain, nous ressentons profondément, physiquement, que nous cotisons 40 ans, sans garantie d'emploi, pendant que le chauffeur (non-gréviste, lui, c'est vrai, on ne peut même pas l'engueuler) pense dans sa cabine climatisée à la retraite qu'il prendra à 55 ans sous les tropiques (pour avoir la prime d'éloignement réservée à la fonction publique et assimilé), dans la jolie maison qu'il aura acheté en plaçant intelligemment l'argent qu'il aura emprunté à taux zéro. Là, dans la chaleur de la bétaillère - même pas collé à un jeune mannequin bulgare qui chercherait quelqu'un pour lui faire découvrir Paris - nous rentrons chez nous assommés par nos semaines de plus de trente-deux heures. Qu'on ne vienne plus sanglotter devant les passagers sur le sort terrible des conducteurs… On me dira que je fais des amalgames avec une mauvaise foi toute poujadiste. Que je perds mes nerfs. Oui, c'est tendance. Je suis comme beaucoup, j'en ai juste un peu ras la motte. On ne parle pas assez de la pénibilité des transports les jours de grève. Pourquoi ? Pourquoi ne dit-on pas simplement qu'il s'agit de violence faite aux usagers ? On dit qu'ils sont excédés, on devrait dire qu'ils souffrent. J'avais pensé option Vélib pour les déplacements courts, j'ai trouvé une station, du côté de la Bourse, mais une phalange de militants radicaux, opprimés et minoritaires, avait crevé tous les pneus dans un geste bien compréhensible de désespoir et de dialogue.
« Chers amis,
Ce blog a un an. Une drôle d'expérience à laquelle je suis venu « pour voir ». Les six premiers mois ont été portés par une campagne suffisamment dramatique pour produire un billet par jour, puis trois par semaine depuis cet été. Le cirque politique baisse de niveau et les clowns sont moins drôles aujourd'hui, moins inspirants.
La campagne bat son plein aux États Unis et Rudolph bat la campagne. Interrogé lors d'une
C'est samedi que fermera l'exposition Rock'n Roll à la Fondation Cartier. Restent donc deux jours pour ceux qui n'ont pas visité le sanctuaire. Juke Box, banane, Gibson et Cadillac. Un joli moment en 45 tours et puis s'en vont. Mais plus touchants encore que le papier jauni des affiches de l'époque, les deux cent lycéens - Sweet Little Sixteen - nés en 1991 qui papillonnent dans l'expo, un papier et un crayon à la main, à prendre fébrilement des notes sur les idoles de Papi, encadrés par quelques profs dépassés. Lagarde et Little Michard. Ouap Ba Badou Ouap Dap Dap…
Retour d'Asie pour enchaîner sur une belle journée de grève générale en France. La semaine de travail, à Hong Kong, est souvent de soixante heures… Ca n'est pas la panacée, certes. Juste une différence qu'il faudra financer. Mais comment ? Un seul point commun avec l'Asie, j'ai passé la journée à bicyclette, entre les vélo-taxis, comme dans la concession internationale de Shanghaï en 1934. Un beau soleil de fin de saison, ça roulait très bien, merci. Juste la cuisse un peu chaude. Les chaînes avaient bien préparé l'événement, chacun y allant de son micro trottoir, les sympathisants sur France 2, les opposants sur TF1. Chacun son lot.
En Thaïlande à nouveau… un an après le coup d'état du 19 septembre 2006. Hasard, hasard, j'y étais également ce jour-là. Le 16, alors que je débarquais, mon client m'avait annoncé dans la voiture : « On attend le coup d'état. La presse l'annonce, peut-être pour vendredi, ou samedi… ils attendent que le Premier Ministre soit à l'étranger ». Donc pas de quoi s'affoler… Juste quelques mouvements dans les casernes. Le lundi, c'était parti. Nous devions voler le soir même vers Taïwan… un peu inquiets sur le statut de l'aéroport. Mais non, juste un ou deux chars devant le parlement - sans doute loués par CNN - les militaires allaient le lendemain rendre hommage au roi, le premier ministre annonçait qu'il ne rentrait pas au pays, et pour le reste, business as usual.
Y avait Fernand y avait Firmin
Un livre très réjouissant vient de sortir,
Entrepreneurs, commerciaux agressifs, fins stratèges ayant accédé sans frilosité aux marchés internationaux, tels apparaissent les Talibans qui, aux yeux des grandes agences de notation, mériteraient le haut du tableau. Qui, en effet, peut bien se prévaloir de telles performances ? Une réussite qui allie avec grâce l'ambition mondiale et la tradition locale. De 2001 à 2007, le nombre d'hectares de pavot cultivés a été multiplié par vingt-cinq. 17% de croissance entre 2006 et 2007. Une part de marché mondiale qui avoisine les 93%, soit un « leader dominant » au sens bostonien du terme. 13% du PIB de l'Afghanistan. Même Google ôte sa casquette, baisse la tête et met un genou à terre ! Bravo. Une capacité d'adaptation à faire rougir nos multinationales : la paysannerie locale a bien compris que passer du blé, qui rapporte environ 500 dollars l'hectare, au pavot qui en rapporte plus de 5000, représentait un strategic shift prometteur. Pour la première fois, l'offre supplante la demande et donc - client first - les prix vont baisser !
Je suis né dans l'Aube, de parents champenois et charentais, des racines plutôt marquées qui me prédisposait naturellement à travailler un jour avec Moët-Hennessy. Ce qui arriva, plusieurs missions passionnantes pour l'esprit et dévastatrices pour mon foie, la découverte, ivre mort, des hostess clubs dans les caves de Séoul, à hurler Hotel Californa dans le karaoke privé du distributeur local, le rendez-vous du lendemain, quand je vois mes interlocuteurs bouger à la façon façon saccadée des mauvais systèmes de vidéoconférence, migraine… Tout ça pour dire que je ne suis pas animiste. Assez terre-à-terre sur fond judéo-chrétien. L'esprit de la vie, qui parcourt et relie le végétal, l'animal, l'humain et l'au-delà dans une continuité naturelle et magique, ça n'est pas mon tarot. Pourtant…
La chasse royale va bon train. A se demander qui aura le privilège d'installer le massacre dans sa cage d'escalier. On cherche en vain qui n'a pas encore tiré son missile sur la sainte, enfin révélée, enfin martyre ? Même Lionel accepte enfin - mais bien tard - d'avouer qu'il était de mon avis : Ségolène était une bavure électorale, une erreur de casting, un avatar politico médiatique issu d'une second life improbable, qui détruit aujourd'hui la matrix qui l'a engendrée, le PS. Combien faudra-t-il de livres à jaquette rose pour nous expliquer ce que nous savions tous déjà, ce que nous dénoncions alors, tancés par nos amis socialistes qui nous disaient à longueur de dîner en ville que Sarko était dangereux et que Ségo c'était - comment disait-on? - une autre façon de faire de la politique. On a vu la façon. Le PS est à terre. Même le couple n'y a pas résisté.
Nicolas Sarkozy n'a jamais vraiment subi le rejet, l'impopularité dans la durée, ces longues traversées du désert où les plus faibles rejoignent pour le compte le grand ossuaire du politique. Un peu de ridicule, certes, lorsqu'en 95 son champion pommadé s'essouffle et se fait coiffer dans le virage des Tribunes par un mangeur de pommes. Ou bien lorsque plus tard, la presse s'empare d'un petit désordre affectif et conjugal, vite réglé, mais quand même. Majoritairement impopulaire, durablement impopulaire, non, il n'a pas connu, quelle que soit la violence inefficace du récent TSS et les pamoisons de la famille Royal de Hollande.